Trump : Avoir tué les dirigeants iraniens « est un changement de régime »
Selon le président américain, l'élimination des hauts dignitaires a permis de faire passer le pouvoir à des personnes "très raisonnables" , il y a des discussions en vue d'une opération terrestre visant notamment à s'emparer de l'île de Kharg
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Dimanche, le président américain Donald Trump a affirmé que les frappes lancées contre les plus hauts dirigeants de la république islamique équivalaient de fait à un changement de régime – répétant une thèse qu’il avait exprimée pour la première fois lors de l’annonce des pourparlers visant à mettre un terme à la guerre contre l’Iran.
Trump a déclaré que ces discussions avançaient bien et que les Iraniens avaient accepté la plupart des demandes américaines, notant que Téhéran laisserait passer plusieurs pétroliers par le détroit d’Ormuz.
Le régime de la République islamique dans son ensemble n’est pas tombé en réalité – mais Trump s’efforce apparemment de présenter l’élimination du guide suprême Ali Khamenei et de dizaines d’autres hauts responsables comme équivalant à un effondrement de l’ancien gouvernement.
« Le premier régime a été décimé, détruit, ils sont tous morts. Le régime suivant est pratiquement mort, et le troisième régime — nous avons affaire à des personnes différentes de celles avec lesquelles tout le monde avait pu avoir affaire auparavant… et franchement, elles se montrent très raisonnables », a dit Trump aux journalistes qui se trouvaient à bord d’Air Force One.
Les États-Unis ont cherché à collaborer avec le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, mais ce dernier est profondément lié au Corps des gardiens de la révolution islamique. La majorité des analystes le considèrent comme tout aussi intransigeant que ceux qui, jusqu’à présent, ont refusé de céder aux exigences américaines.
« C’est véritablement un changement de régime… on ne peut pas faire beaucoup mieux que ça », a affirmé Trump.
Quant-à Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, que les religieux iraniens ont choisi pour remplacer son père au poste de guide suprême, Trump a répété qu’il était passé dans la clandestinité, entouré du plus grand secret. « Il est peut-être en vie, mais il est manifestement très grièvement… blessé », a-t-il indiqué.
Le jeune Khamenei aurait, semble-t-il, été blessé lors des frappes du premier jour de la guerre, lorsque son père et d’autres responsables avaient été tués.
Interrogé sur une éventuelle opération terrestre contre l’Iran, Trump est resté évasif.
« Nous nous en sortons extrêmement bien dans ces négociations. Mais on ne sait jamais avec l’Iran : on négocie avec eux et au final, on doit quand même les frapper », a-t-il déclaré.
« Je pense que nous allons parvenir à un accord avec eux, mais l’échec est toujours possible », a poursuivi Trump. « Je vois un accord en Iran. Bientôt. »
Trump a ensuite affirmé, sans preuve, que l’Iran avait accepté la plupart des demandes américaines ramassées dans la proposition en 15 points de Washington pour mettre fin à la guerre.
L’Iran n’a pas officiellement répondu à cette offre, les négociateurs américains espérant que le pays le fasse d’ici vendredi.
« Ils vont abandonner leurs armes nucléaires. Ils vont nous donner leur poudre nucléaire », a déclaré Trump en parlant des stocks iraniens d’uranium hautement enrichi, que les experts estiment sans utilité civile mais à quelques pas de la qualité militaire.
« Ils vont faire tout ce que nous attendons d’eux, [et] peut-être retrouver un grand pays. Mais s’ils ne le font pas, ils n’auront plus de pays », a menacé Trump.
Interrogé sur une possible opération terrestre contre l’Iran, Trump n’a pas pris position.
Il a redit que la guerre avait « plusieurs semaines » d’avance sur le calendrier du conflit, même si la Maison Blanche a de nouveau confirmé jeudi que ce dernier était de quatre à six semaines. Depuis samedi dernier, la guerre a passé la barre des quatre semaines.
Dans une interview accordée au Financial Times, Trump a donné le sentiment d’être plus enclin à déployer des troupes sur le territoire iranien pour s’emparer des actifs pétroliers. Il a déclaré qu’il aimerait « prendre le pétrole de l’Iran » et s’emparer de l’île de Kharg.
« Si je suis honnête avec vous, je vous dirais que j’aimerais m’emparer du pétrole de l’Iran, mais des gens stupides, aux États-Unis, me disent : ‘Pourquoi faire une chose pareille ?’ Mais ce sont des gens stupides », a-t-il répété en comparant la situation à celle du Venezuela, où les États-Unis ont capturé le président Nicolás Maduro et où ils espèrent contrôler son pétrole.
Il a refusé de préciser s’il approuverait une opération visant à s’emparer de l’île de Kharg, terminal d’exportation de 90 % des expéditions de pétrole iraniennes, ce qui pourrait être essentiel à la réouverture du détroit d’Ormuz. L’Iran bloque en effet ce détroit, qui est une voie d’acheminement clé pour 20 % du pétrole et du gaz mondial, ce qui a fait flamber les prix du pétrole et ce qui a provoqué un choc économique un peu partout dans le monde.
« Peut-être s’emparera-t-on de l’île de Kharg, peut-être pas. Nous avons beaucoup de possibilités », a déclaré Trump au Financial Times. « Cela impliquerait d’y rester un moment. »
Interrogé sur les défenses iraniennes au niveau de l’île de Kharg, il a répondu : « Je ne pense pas qu’ils en aient vraiment. On pourrait s’en emparer très facilement. »
Les États-Unis ont déjà mené des frappes aériennes qui, de leur point de vue, ont visé des positions militaires sur cette île. Ce à quoi l’Iran a réagi en menaçant de lancer des opérations terrestres dans les pays arabes du Golfe et de nouvelles attaques si des troupes américaines débarquaient sur son territoire.
Trump a affirmé que les États-Unis avaient fait de gros progrès au niveau des frappes contre l’Iran et qu’un accord mettant fin aux combats serait sans doute bientôt conclu.
« Il nous reste environ 3 000 cibles — nous en avons bombardé 13 000 — il y en a encore quelques milliers à traiter », a-t-il noté. « Un accord pourrait être conclu assez rapidement ».
Passage dans le détroit d’Ormuz
Trump a déclaré que l’Iran avait accepté de laisser passer 20 navires par le détroit d’Ormuz, en guise de bonne volonté.
« Ils ont laissé passer 10 » pétroliers battons pavillon pakistanais, a-t-il dit au FT. « Maintenant 20 et ces 20 ont déjà commencé : ils sont déjà en train de remonter le détroit. »
Le président a déclaré que c’était Ghalibaf qui approuvait lui-même les mouvements des navires.
« C’est lui qui a autorisé le passage des navires », a déclaré Trump au journal à propos de Ghalibaf. « Vous vous souvenez que j’avais dit qu’ils me feraient une faveur ? Tout le monde disait : « Mais quelle faveur ? » … Quand ils l’ont appris, ils n’ont rien dit, mais les négociations se passent très bien. »
C’est la dernière fois que les Américains relèvent l’importance de Ghalibaf au sein de la théocratie iranienne.
Depuis le début de la guerre, Ghalibaf s’est montré très combatif, se moquant des Américains et proférant des menaces son compte X. Cet ex-commandant des Gardiens de la Révolution a gagné en notoriété depuis que des membres de haut rang de la théocratie ont été tués.
Le vice-Premier ministre pakistanais Ishaq Dar, dont le pays est l’un des principaux médiateurs entre les États-Unis et l’Iran, a lui aussi évoqué ce geste de la République islamique, selon lui destiné à freiner la hausse des prix du pétrole, comme il l’a écrit sur les réseaux sociaux samedi.
À bord d’Air Force One, Trump a déclaré que ces « gros bateaux » traverseraient détroit d’Ormuz lundi et les jours suivants.
Interrogé au sujet des droits de péage que l’Iran aurait imposés aux navires traversant le détroit d’Ormuz, Trump a répondu : « Je dois vérifier si c’est vrai. »
« Nous pourrions fermer [le détroit d’Ormuz] en deux minutes », a-t-il ajouté avant de redire, sans preuve, que les États du Golfe avaient riposté contre l’Iran.
Selon les informations disponibles, la riposte des monarchies du Golfe aux attaques iraniennes sur leur territoire se limitent à des mesures défensives visant à intercepter drones et missiles.
Trump a également été interrogé sur sa satisfaction envers la directrice du renseignement américain, Tulsi Gabbard, laquelle s’est abstenue de dire que l’Iran représentait une menace imminente avant la guerre, préférant déclarer aux législateurs américains, lors d’un témoignage au Congrès ce mois-ci, que seul le président américain était habilité à le faire.
« Elle et moi n’avons pas le même cheminement de pensée. Je ne veux sous aucun prétexte que l’Iran ait l’arme nucléaire… Je crois qu’elle est un peu plus indulgente sur ce sujet, mais ce n’est pas grave », a déclaré Trump.
Les propos très optimistes de Trump ont précédé la réouverture des marchés boursiers, lundi matin.
Lundi, les actions ont chuté en Asie, les investisseurs anticipant un conflit de longue durée dans le Golfe qui fait d’ores et déjà culminer les prix du pétrole, entraînant une flambée de l’inflation et un risque de récession dans une grande partie du monde. Au Japon, l’indice Nikkei a reculé de 4,7 %.
Par ailleurs, les prix du pétrole semblent rester sur leur tendance haussière avec un Brent en route pour signer un nouveau record. Les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de 3,09 $, soit 2,74 %, pour atteindre 115,66 $ le baril à 23h53 GMT après avoir terminé à la hausse de 4,2 % vendredi dernier.
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