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Opinion

Un accord avec l’Iran mettrait fin à un cessez-le-feu coûteux pour Trump – mais poserait un sérieux problème à Israël

Le président américain se montre optimiste quant aux chances de conclure un accord de 60 jours avec Téhéran, et Netanyahu semble ne pas savoir comment réagir. Présenter cela comme une victoire avant les élections ne sera pas chose facile

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Montage : le président américain Donald Trump (Crédit : AP Photo/Alex Brandon) ; des manifestants pro-gouvernementaux à Téhéran, après l'annonce d'un cessez-le-feu, tôt le matin du 8 avril 2026 (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi) ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Shalev Shalom/Pool)
Montage : le président américain Donald Trump (Crédit : AP Photo/Alex Brandon) ; des manifestants pro-gouvernementaux à Téhéran, après l'annonce d'un cessez-le-feu, tôt le matin du 8 avril 2026 (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi) ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Shalev Shalom/Pool)

Jeudi soir, Donald Trump a fait ce qu’il n’a cessé de faire pendant les 65 jours de son cessez-le-feu avec l’Iran, qui a débuté le 8 avril : le président américain a lancé de nouvelles menaces grandiloquentes contre la République islamique, pour finalement annuler l’attaque annoncée, à la veille d’une percée imminente dans les négociations.

Trump a insisté sur le fait que les « derniers points » d’un accord – qui ont été discutés « en détail » – avaient été approuvés par plusieurs alliés des États-Unis, notamment Israël, et qu’une cérémonie de signature pourrait avoir lieu dès ce week-end en Europe.

Il n’a pas révélé les détails du prétendu protocole d’accord, mais selon Axios, ce dernier prolongerait le cessez-le-feu de deux mois supplémentaires, pendant lesquels le détroit d’Ormuz serait entièrement rouvert et le blocus américain progressivement levé. Des négociations seraient menées sur le programme nucléaire iranien, mais aucune mesure ne serait prise tant qu’un deuxième accord n’aurait pas été conclu.

Source d’inquiétude pour Israël, ce cessez-le-feu inclurait également le Liban, ce qui lierait les mains de l’armée israélienne dans sa lutte contre un Hezbollah en pleine renaissance – qui est également le principal allié de l’Iran.

Netanyahu, après s’être entretenu avec Trump, a d’abord adopté une approche optimiste.

« Bien qu’Israël ne soit pas partie au protocole d’accord », a déclaré le cabinet de Netanyahu dans la nuit de jeudi, « le Premier ministre a salué l’engagement du président Trump selon lequel l’accord final conclu à l’issue des négociations inclura l’élimination des matières enrichies, le démantèlement des infrastructures d’enrichissement, des restrictions sur la production de missiles et la cessation du soutien de l’Iran à ses proxys terroristes dans la région. »

Le ministre de la Défense, Israel Katz, a également déclaré vendredi qu’Israël attendait de Trump qu’il « respecte… les principes concernant les missiles et les proxys terroristes ».

Un vœu pieux.

Des partisans du Hezbollah, groupe terroriste soutenu par l’Iran, agitent des drapeaux et brandissent un portrait de leur chef assassiné, Hassan Nasrallah, lors d’une manifestation anti-américaine et anti-israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 10 juin 2026. (Crédit : Anwar AMRO / AFP)

À l’origine, la Maison Blanche avait fait savoir que l’un des objectifs déclarés de la guerre était de « détruire l’arsenal de missiles balistiques et les capacités de production de l’Iran », ainsi que de « mettre fin à son soutien à ses proxys terroristes ». Aujourd’hui, Trump a pratiquement abandonné ces exigences, semblant avoir accepté la position de l’Iran selon laquelle la conclusion d’un accord sur le nucléaire implique de renoncer aux restrictions sur les missiles ou au soutien aux groupes terroristes.

Lors des rares occasions où le dirigeant américain évoque le programme balistique ou le soutien aux proxys terroristes, il en minimise l’importance. « Écoutez, les missiles, c’est mal, mais oui, ils doivent les limiter, mais l’essentiel, c’est qu’ils ne puissent pas se doter de l’arme nucléaire », a affirmé Trump le mois dernier.

Lors de la même interview, il a refusé de dire si l’Iran serait empêché de financer ses proxys, se contentant d’affirmer qu’il ne serait pas en mesure de le faire pour des raisons économiques, compte tenu des dégâts causés à ses infrastructures énergétiques.

Vendredi, dans une deuxième tentative vissant à orienter le débat autour de l’accord en cours de négociation, Netanyahu a renoncé à toute prétention quant à la nécessaire cessation par l’Iran de son programme balistiques ou au démantèlement de son réseau de proxys. À l’instar de Trump, il s’est exclusivement concentré sur la question nucléaire : « Tant que je serai Premier ministre d’Israël, l’Iran ne disposera pas de l’arme nucléaire. Le président Trump et moi-même sommes en parfait accord sur cette question. »

Le ministre de la Défense, Israel Katz, assiste à un événement en l’honneur de soldats distingués dans le cadre des célébrations du 78ᵉ Yom HaAtsmaout à Jérusalem, le 20 avril 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Katz, pour sa part, a semble-t-il reconnu qu’Israël comptait bien continuer à lutter contre l’Iran à l’avenir pour mettre un terme à son programme nucléaire, et qu’aucun accord avec les États-Unis ne permettrait de parvenir à ce dernier point.

« Israël doit veiller à ce que, à l’avenir également, nous conservions la capacité d’agir de manière indépendante pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire », a-t-il expliqué dans un communiqué. « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et moi-même avons donné pour instruction à l’armée israélienne de se préparer en conséquence. »

C’est tout à fait logique – pour l’Iran

Si un protocole d’accord est effectivement signé dans les prochains jours, ce qui n’est toujours pas du tout garanti, celui-ci ne constituera pas une grande concession de la part de l’Iran.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, à droite, rencontre le chef de l’armée pakistanaise Syed Asim Munir à Téhéran, en Iran, le 23 mai 2026. (Crédit : Ministère iranien des Affaires étrangères / AFP)

Le détroit d’Ormuz sera entièrement rouvert, comme avant la guerre.
L’Iran et les États-Unis discuteront de certaines restrictions concernant le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement massif des sanctions, ce que Téhéran était déjà disposé à accepter avant la campagne américano-israélienne. Mais l’Iran n’aura pas à faire de concessions concrètes sur le plan nucléaire tant qu’un deuxième accord plus complet n’aura pas été conclu.

Des navires à l’ancrage dans le détroit d’Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, sur la péninsule de Musandam, au nord d’Oman, le 17 mai 2026. (Crédit : AFP)

Cela semble tout à fait logique pour l’Iran. Il peut soit récupérer des milliards de dollars dans ses caisses en échange de restrictions nucléaires qui ne seront pas plus strictes que celles prévues dans l’accord JCPOA de 2015 conclu avec l’administration de Barack Obama, soit faire traîner les négociations avec Trump jusqu’en août, deux mois avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Trump serait-il prêt à relancer une campagne militaire, laquelle conduirait l’Iran à refermer le détroit d’Ormuz et éventuellement à détruire les infrastructures énergétiques des pays arabes du Golfe, faisant ainsi grimper les prix aux États-Unis quelques semaines avant les élections ? Téhéran mise sur le fait qu’il ne le fera pas.

Un cessez-le-feu raté

Quoi qu’il en soit, le cessez-le-feu de Trump aura été une erreur colossale. Les États-Unis et Israël avaient durement frappé l’Iran, et au lieu de tirer parti de cet avantage, Trump a donné à Téhéran une bouffée d’oxygène.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à une conférence de presse à Jérusalem, le jeudi 19 mars 2026. (Crédit : Ronen Zvulun via AP)

Pire encore : il a pleinement validé la théorie de la victoire de l’Iran, suivant laquelle le fait d’imposer des conséquences économiques aux pays arabes et aux contribuables américains finirait par alourdir le coût politique pour Trump, le contraignant ainsi à mettre fin au conflit.

L’Iran a également réussi à sauver le Hezbollah. Avant la guerre, Israël éliminait les combattants du Hezbollah dans tout le Liban, y compris à Beyrouth, sans aucune riposte de la part de la milice chiite. Dans le cadre du cessez-le-feu, l’Iran a réussi à obtenir des États-Unis qu’ils limitent la riposte israélienne aux tirs de roquettes et de drones visant les communautés israéliennes et aux attaques meurtrières contre les soldats de l’armée israélienne.

Les défenseurs de Trump affirment qu’il a la responsabilité de protéger les intérêts américains et de veiller aux intérêts économiques des citoyens américains. C’est vrai – mais le détroit d’Ormuz est néanmoins resté de facto fermé pendant le cessez-le-feu de Trump. Son sort et celui des citoyens qu’il représente n’auraient pas été pires si la guerre s’était poursuivie ces deux derniers mois, période durant laquelle elle aurait très bien pu soit pousser la République islamique à conclure un accord bien plus avantageux pour les États-Unis, soit la faire finalement céder.

Alors que Trump poursuit son accord avec l’Iran – et probablement ses propres intérêts politiques -, Netanyahu se retrouve dans une position précaire face à ses propres défis électoraux. Sur les trois fronts principaux – Gaza, le Liban et l’Iran – , les ennemis d’Israël se réorganisent, protégés par un cessez-le-feu imposé par Trump, qui ne conduira au désarmement d’aucun d’entre eux.

Netanyahu, s’il a a su gérer ses relations avec Trump jusqu’à la guerre contre l’Iran, se retrouve désormais à la traîne en matière d’information, pendant que des pays comme la Turquie, le Pakistan et les États du Golfe exercent une influence bien plus déterminante sur la politique américaine.

Et alors que les deux dirigeants se rencontraient en personne tous les deux mois au cours de l’année qui a précédé la campagne de février contre l’Iran, cela ne s’est plus produit depuis le lancement des attaques.

Chaque semaine qui passe réduit les chances qu’Israël puisse crier victoire sur un quelconque front avant que la nation ne se rende aux urnes. Même si Netanyahu est un politicien hors pair, il n’a pas encore trouvé de solution à cette situation difficile. Et on ne sait toujours pas à quoi pourrait ressembler une campagne électorale réussie si le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran venait à être signé.

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