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Une université britannique suspend une chercheuse ayant relayé la calomnie du meurtre rituel

L’University College London a saisi la police après qu’une chercheuse a affirmé à des étudiants anti-Israël que les Juifs mélangeaient du sang non-juif à la matzah

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Détail d'une peinture du 18ᵉ siècle représentant une accusation de meurtre rituel dans l'église Saint-Paul de Sandomierz, en Pologne. Illustration (Crédit : domaine public, Wikimedia Commons)
Détail d'une peinture du 18ᵉ siècle représentant une accusation de meurtre rituel dans l'église Saint-Paul de Sandomierz, en Pologne. Illustration (Crédit : domaine public, Wikimedia Commons)

L’University College London (UCL), prestigieuse université britannique, a annoncé jeudi avoir ouvert une enquête et suspendu une chercheuse qui avait relayé, en cours, la calomnie antisémite du meurtre rituel.

La chercheuse, la Dr Samar Maqusi, a relayé mardi cette calomnie de meurtre rituel lors d’une conférence donnée pour la section universitaire de Students for Justice in Palestine (SJP).

L’accusation de meurtre rituel est un mythe antisémite très ancien qui prétend à tort que les Juifs assassinent des non-Juifs pour utiliser leur sang dans la matzah de Pessah. Cette calomnie sanguinaire, l’une des plus notoires de l’histoire antisémite européenne, a déclenché au fil des siècles des violences récurrentes contre les communautés juives en Europe et ailleurs.

Le cours de Maqusi portait sur l’affaire de Damas, un épisode survenu en Syrie en 1840, lorsqu’un moine disparut et que la communauté juive fut faussement accusée de l’avoir assassiné pour utiliser son sang dans les cérémonies de Pessah. Huit membres éminents de la communauté juive furent torturés pour leur extorquer de faux aveux.

Maqusi a affirmé que le moine, le père Thomas, avait disparu pendant une « fête juive », qu’elle a identifiée comme Souccot, confondant cette fête avec Pessah. Elle a également donné une date erronée, situant l’affaire en 1838.

« Pendant cette fête, ils préparent des crêpes spéciales, ou du pain, et l’une des étapes sacrées consiste à ajouter à ce pain quelques gouttes de sang provenant d’une personne non juive, qu’ils appellent ‘gentille’ », a déclaré Maqusi, selon un enregistrement audio partagé par le groupe de défense StandWithUs, dont un membre assistait à la conférence et l’a enregistrée.

« L’histoire raconte qu’une enquête a été menée pour retrouver la trace du père Thomas. Ce dernier a été retrouvé assassiné et un groupe de Juifs vivant en Syrie a avoué l’avoir kidnappé et tué pour obtenir des gouttes de sang destinées à la confection du pain sacré », a-t-elle déclaré, sans mentionner les tortures.

« Faites vos propres recherches, tirez vos propres conclusions », a-t-elle ajouté.

La section universitaire de SJP avait annoncé l’événement de mardi dans le cadre d’une série de conférences intitulée « Palestine : de l’existence à la résistance ». La conférence de Maqusi s’intitulait « La naissance du sionisme ».

Le président et recteur de l’université, le Dr Michael Spence, s’est dit « profondément choqué par ces propos antisémites odieux ».

« L’antisémitisme n’a absolument pas sa place dans notre université, et je tiens à présenter mes excuses les plus sincères à nos étudiants, à notre personnel, à nos anciens et à la communauté juive dans son ensemble pour les propos qui ont été tenus à l’UCL », a déclaré Spence dans un communiqué transmis au Times of Israel.

Il a précisé que la conférencière ne faisait pas partie du personnel actuel de l’établissement, que l’université avait signalé l’incident à la police et qu’elle avait été interdite de campus, sans toutefois nommer Maqusi.

« L’université a ouvert une enquête complète pour comprendre comment cela a pu se produire et a interdit au groupe d’étudiants qui a organisé l’événement de tenir d’autres activités sur le campus dans l’attente de ses conclusions », a-t-il déclaré.

« Comme de nombreuses universités britanniques, nous continuons malheureusement d’être confrontés à des incidents antisémites, et nous sommes déterminés à les éradiquer de notre campus », a-t-il poursuivi, précisant que des procédures disciplinaires avaient été engagées contre certains étudiants pour des actes antisémites et que plusieurs affaires avaient été transmises à la police « lorsque cela était approprié ».

« La liberté d’expression et la liberté académique sont fondamentales dans la vie universitaire, mais elles ne sauraient servir de paravent à la haine. L’UCL reste fermement engagée à garantir un environnement sûr, respectueux et inclusif pour tous », a affirmé Spence.

La page de Maqusi sur le site de l’université semble avoir été supprimée. Une version archivée indiquait qu’elle était doctorante à la Bartlett School of Architecture, où elle menait des recherches sur « la politique spatiale des camps de réfugiés palestiniens », et qu’elle avait auparavant travaillé pour l’UNRWA, l’Office des Nations unies pour les réfugiés de Palestine.

Maqusi avait déjà donné une conférence à l’Institut pour la prospérité mondiale de l’université plus tôt dans l’année, où elle avait qualifié Israël de « projet de colonialisme sioniste ».

L’accusation de meurtre rituel remonte à plus de 2 000 ans. Selon le United States Holocaust Memorial Museum, ce mythe a joué un rôle central dans la persécution des Juifs en Europe, notamment avec l’affaire célèbre de Norwich, en Angleterre, en 1144.

Cette calomnie sanguinaire s’est ensuite propagée à travers tout le continent, déclenchant des vagues de violences antijuives en France, en Espagne, en Italie et en Allemagne au Moyen Âge.

Elle a perduré jusqu’au 20e siècle, alimentant des pogroms en Europe de l’Est avant et après la Shoah, et devenant un élément de la propagande nazie.

Des versions de cette accusation ont également émergé ailleurs, notamment en Syrie, en Iran et dans le nord de l’État de New York.

Ces dernières années, des étudiants juifs ont signalé un antisémitisme croissant dans plusieurs universités du Royaume-Uni.

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