Des habitants de Jérusalem gênés par la paralysie des transports publics le jour du shabbat ont décidé de briser un tabou en faisant circuler leurs propres bus à partir de ce vendredi, a indiqué une des organisatrices de l’opération.

Trois minibus affrétés par ces habitants constitués en coopérative devaient circuler dans la Ville sainte ce vendredi à partir de 20H00 (17H00 GMT), heure du début du shabbat, jour du repos juif hebdomadaire pendant lequel aucun transport public ne circule. Le service devait s’arrêter samedi matin à 03H00 (00H00 GMT).

L’objectif de « Shabus », contraction de shabbat et bus, est « de permettre à tous ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une voiture ou qui ne veulent pas s’en servir le jour du shabbat de pouvoir se déplacer à Jérusalem », a expliqué à l’AFP Tamar Mokady.

Les transports publics sont interdits durant le shabbat en vertu d’un statu quo informel convenu depuis 1947, quelques mois avant la création de l’Etat d’Israël, entre les autorités et les juifs ultra-orthodoxes.

Durant ce jour sacré qui commence avec la tombée de la nuit le vendredi et s’achève avec les trois premières étoiles le samedi soir, il est interdit de travailler, d’allumer du feu, d’utiliser l’électricité ou de conduire une voiture.

Un appel à la souscription pour un service de substitution a été lancé sur internet par « l’Association des transports coopératifs de Jérusalem », qui a illustré sa campagne avec une vidéo sur Youtube. La coopérative a levé 110.000 shekels (27.500 dollars) auprès de 859 donateurs privés, dit Mme Mokady.

La coopérative s’est assurée les services d’une compagnie privée arabe de Jérusalem-est.

« Seuls les 500 membres de notre coopérative qui ont acquitté un droit d’entrée d’un minimum de 50 shekels (12 dollars) pourront monter à bord de ces minibus gratuitement pendant un mois », a expliqué Mme Mokady.

L’opération n’a pas vocation à durer au-delà, a-t-elle précisé. « Le but n’est pas de nous substituer en permanence à l’Etat, mais de faire pression sur le gouvernement pour qu’il autorise les transports publics (…) comme dans toutes les grandes villes du monde ».

Aucun gouvernement n’a jusqu’alors remis en cause le statu quo de 1947. Le ministre sortant des Transports Yisraël Katz, du Likud, le parti du chef du gouvernement Benjamin Netanyahu, s’est encore prononcé ces dernier jours contre le fonctionnement des transports publics pendant le shabbat.

Les efforts pour remettre ces règles en cause devraient être encore plus compliqués avec le probable retour, dans le nouveau gouvernement que M. Netanyahu est en train de former, de deux partis ultra-orthodoxes.

Les transports publics ne fonctionnent le jour du shabbat qu’à Haïfa, ville du nord où vit une importante communauté d’Arabes israéliens, et à Eilat (sud), une station balnéaire sur la mer Rouge, dit Mme Mokady.