Répondant à un appel lancé par des militants de Gaza de participer à une journée de solidarité internationale, des manifestants israéliens se sont rassemblés mercredi soir à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, pour demander au gouvernement de mettre fin au blocus militaire de huit ans imposé au territoire contrôlé par le Hamas.

En face de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, quelque 50 manifestants portaient des pancartes « arrêter le siège de Gaza » et « L’espoir pour Gaza c’est l’espoir pour nous » tout en scandant « Gaza, Gaza ne désespère pas, nous mettrons fin à l’occupation » et « Pour chaque bombe et chaque drone, quelqu’un gagne du fric ».

Ils n’ont pas été dissuadés par l’information publiée sur la page Facebook de l’événement quelques heures plus tôt selon laquelle la manifestation parallèle à Gaza a été violemment dispersée par le gouvernement du Hamas.

Sahar Vardi, une étudiante en histoire de 24 ans à l’université hébraïque, vêtue d’un t-shirt noir sur lequel il y avait écrit « Gaza ma chère », en hébreu et en arabe, déclare qu’elle et un groupe d’amis activistes ont organisé la manifestation à Jérusalem après avoir été invités à le faire par une étudiante de Gaza avec qui elle est en contact par Facebook et Skype.

« Nous savons que notre message n’est pas non plus populaire auprès du Hamas », a-t-elle dit à l’assistance à l’aide d’un haut-parleur.

« Nous sommes ici pour dire que ce ne sont pas les gouvernements qui devraient décider. Nous devons amener le changement nous-mêmes. »

« Le dénominateur commun de toutes les personnes à qui je parle à Gaza, c’ est qu’ils sont dans le désespoir », a affirmé Vardi. « Voilà pourquoi cet événement me donne beaucoup d’espoir. Il y a ici de jeunes Gazaouis, dont un grand nombre n’avaient jamais quitté la bande de Gaza et qui, malgré tout, croient dans le pouvoir des manifestations et dans la capacité de changer. Je pense que c’est incroyable. »

L'étudiante Sahar Vardi de Jérusalem  (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Sahar Vardi (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Vardi a reconnu être déçue par le faible participation, mais a noté que la simple existence de trois manifestations simultanées en Israël était un bon signe.

« Les habitants de Gaza, nous ont explicitement demandé de porter leur voix en Israël, a-t-elle dit. C’est impressionnant. »

Israël n’aurait pas dû imposer un siège à Gaza « en réponse à des élections démocratiques » pour commencer, a ajouté Vardi, et il comprend désormais que les restrictions ne provoquent que la radicalisation du Hamas et des autres factions de Gaza.

« Le gouvernement israélien négocie déjà tout le temps avec le Hamas, après chaque opération militaire. Il discute de l’assouplissement du siège. Donc, il devrait le rendre officiel et dire ‘voici ce que nous faisons' ».

Pour Vardi, le gouvernement israélien continue à faire obstacle aux efforts palestiniens visant à forger une unité entre le Hamas et le Fatah, plutôt que de négocier avec le gouvernement d’union « qui représente réellement les Palestiniens ».

Israël et l’Egypte maintiennent un blocus de sécurité pour empêcher le Hamas, une organisation terroriste ouvertement engagée dans la destruction d’Israël, d’importer des armes dans la bande de Gaza pour les utiliser contre Israël.

Le Hamas a tiré plus de 4 500 roquettes et d’autres projectiles sur Israël pendant la guerre de 50 jours de l’été dernier, et effectué plusieurs attaques par des tunnels qu’il avait creusés sous la frontière.

Des responsables militaires israéliens disent que le Hamas a repris la construction de tunnels ainsi que la fabrication et les essais de roquettes après le conflit. Le Hamas avait pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007 par un violent coup d’État contre l’Autorité palestinienne, deux ans après qu’Israël a évacués toutes ses implantations et son armeé de Gaza.

Au coin de la rue, un autre étudiant, Amit Biton, faisait face au trafic avec une pancarte affirmant « Les guerres dans la bande de Gaza ne sont pas une fatalité ». Durant l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, Biton a été agressé physiquement lors d’une manifestation analogue au même coin de rue en brandissant une pancarte « Arrêtez l’occupation ».

« C’est un petit sacrifice en comparaison à ceux d’autres personnes », a-t-il dit.

Selon Biton, les « mesures de confiance » israéliennes tels que la levée du blocus militaire, affaibliront le Hamas et encourageront les forces modérées dans la bande de Gaza. Ouvrir la bande de Gaza à Israël est un risque, a-t-il reconnu, mais il en est de même de la poursuite du siège, une situation qui va inévitablement conduire à de nouvelles violences.

L'étudiant Amit Biton de Jérusalem manifeste contre le blocus de Gaza en face de la résidence du Premier ministre , le 29 avril 2015 (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

L’étudiant Amit Biton de Jérusalem manifeste contre le blocus de Gaza en face de la résidence du Premier ministre, le 29 avril 2015 (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

« Nous nous tirons une balle dans le pied par notre façon de gérer la bande de Gaza et la Cisjordanie », estime-t-il.

« Notre politique ne consiste qu’à les envahir par la force, plutôt que de permettre l’émergence de relations normales… il est temps pour nous d’être l’adulte de la région, et non pas la brute. Nous méritons beaucoup plus que cela. »

Judy Blanc, 86 ans, qui se definit elle-même comme une « personne progressiste », a déclaré au Times of Israel, qu’elle participe à toutes les manifestations qui appellent à « mettre fin à l’occupation ». Cette native de New York, qui a immigré en Israël en 1954, a confié que l’Israël de sa jeunesse lui manque.

« Je pense qu’Israël ne va pas dans la bonne direction. Quand je suis arrivée en 1954, c’était un pays social-démocrate. Les kibboutz constituaient l’élite, et c’était une bonne chose. »

Blanc dit s’être rendue à Gaza il y a 30 ou 40 ans, « mais cela était aussi difficile à l’époque ».

« Israël est si puissant et les Palestiniens si faibles que je pense que nous devons commencer par le commencement. Il y a des Israéliens et des Palestiniens qui peuvent négocier. »

Au milieu d’un groupe de jeunes d’Amérique du Nord, Isaac Kates Rose de Toronto, qui travaille avec le New Israel Fund / Shatil Social Justice Fellow et l’association ‘Rabbins pour les droits de l’homme’ à Jérusalem, est venu pour montrer son soutien aux jeunes de Gaza et pour « investir dans l’espoir pour la prochaine génération, tant en Israël que dans les territoires palestiniens ».

L'activiste canadien Isaac Kates Rose manifeste à Jérusalem  le 29 avril 2015 (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

L’activiste canadien Isaac Kates Rose manifeste à Jérusalem, le 29 avril 2015. (Crédit photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

« L’un des pièges les plus dangereux dans lequel le monde juif en général et le public israélien en particulier sont tombés, c’est l’idée est que la politique du gouvernement de Netanyahu a apporté la sécurité », a-t-il affirmé. Pour lui, la violence nationaliste de ces derniers mois à Jérusalem a démontré que l’opération Bordure protectrice a été contre-productive.

« Des gens dans cette ville, Jérusalem, semblent mourir chaque semaine et la sécurité est introuvable. »

Alors que la manifestation tirait à sa fin, une participante a informé la foule que l’armée israélienne venait de décider de restituer 15 bateaux de pêche palestiniens confisqués à leurs propriétaires de Gaza.

« Je ne pense pas que ce soit une coïncidence, a-t-elle dit. Si nos actions apportent des changements positifs, nous devons manifester chaque semaine. »