Les trois quarts des démocrates américains actifs, qui un haut niveau d’éducation et de revenu, les « leaders d’opinion », croient qu’Israël a trop d’influence sur la politique étrangère américaine, presque la moitié d’entre eux considère qu’Israël est un pays raciste, et un peu moins de la moitié pense qu’Israël veut la paix avec ses voisins.

Voici les conclusions d’une nouvelle enquête menée par le consultant politique Frank Luntz.

Détaillant les résultats de l’enquête au Times of Israel dimanche, Luntz a qualifié les conclusions de « désastre » pour Israël. Il les a résumées en expliquant que les leaders d’opinion démocrates passent dans le camp des Palestiniens, et « qu’Israël ne peut plus prétendre à un soutien bipartisan en Amérique ».

« Israël a gagné les cœurs et les esprits des républicains d’Amérique, tandis que dans le même temps, il perd les démocrates », a-t-il déclaré. Sur la politique américaine, « Je suis de centre-droit », a-t-il ajouté. Mais le gouvernement israélien et les Juifs américains doivent se concentrer sur la réparation des relations avec les démocrates.

Luntz a posé une série de questions liées à Israël à 802 leaders d’opinion et ses conclusions ont une marge d’erreur de 3,5 %. L’enquête, sponsorisée par le Fonds national juif, a été menée la semaine dernière. Parmi les chiffres clefs :

• Interrogés quant à l’influence israélienne sur la politique étrangère américaine, une majorité écrasante – 76 % – des démocrates – contre 20 % des républicains – considèrent qu’Israël a « trop d’influence ».

• Interrogés pour savoir si Israël est un pays raciste, 47 % des démocrates le pensent, contre 13 % des Républicains. 21 % des démocrates ne savaient pas ou étaient neutres (contre 12 % des républicains) et seulement 32 % des démocrates n’étaient pas d’accord avec l’idée qu’Israël est un pays raciste, contre 76 % des Républicains. (En tout, 32 % des personnes interrogées ont déclaré qu’Israël est un pays raciste).

• Interrogés pour savoir si Israël veut la paix avec ses voisins, alors qu’une majorité écrasante de 88 % des républicains le pensent, seulement 48 % des démocrates le croient. 21 % des démocrates ne savaient pas ou étaient neutres (et 7 % des républicains). Et 31 % des démocrates ne pensent pas qu’Israël veuille la paix (5 % des républicains).

• Interrogés pour savoir s’ils voteraient plus pour un politicien local soutenant Israël et son droit à se défendre, une majorité de 76 % des républicains a répondu oui, mais seulement 18 % des démocrates. Dans le même temps, 7 % des républicains, contre 32 % des démocrates, ont déclaré qu’ils seraient moins prêts à soutenir un politicien local favorable à Israël.

• Interrogés pour savoir s’ils auraient plus tendance à soutenir un politicien local qui critique la présence israélienne en Cisjordanie et le mauvais traitement des Palestiniens, 45 % des démocrates ont répondu oui – alors que seuls 6 % des républicains ont répondu oui.

• Interrogés pour savoir s’ils auraient moins tendance à soutenir un politicien local qui critique la présence israélienne en Cisjordanie et le mauvais traitement des Palestiniens, une écrasante majorité de 75 % des républicains a répondu oui – contre 23 % chez les démocrates.

• Interrogés pour savoir si les Etats-Unis devraient soutenir Israël ou les Palestiniens, 90 % des républicains et 51 % des rémocrates ont déclaré Israël.

8 % des Républicains et 31 % des démocrates étaient neutres. 18 % des démocrates ont déclaré les Palestiniens, à comparer aux 2 % des républicains. Dans l’ensemble, 68 % des sondés ont déclaré que les Etats-Unis devraient soutenir Israël, et 10 % ont déclaré que les Etats-Unis devraient soutenir les Palestiniens.

• Interrogés pour savoir quel camp ils soutenaient eux-mêmes, 88 % des républicains et 46 % des démocrates ont déclaré être pro-israéliens. 4% des républicains et 27 % des démocrates ont déclaré être « pro-palestiniens ».

• Interrogés pour savoir si les implantations étaient un obstacle à la paix, 75 % des démocrates et 25 % des républicains pensaient que oui.

Spécialiste pour trouver et tester un discours ayant de l’influence sur l’opinion publique, Luntz a clairement exprimé que la « communication » d’Israël doit être différente s’il veut raviver son soutien parmi les démocrates américains. « Bien évidemment, la politique a son importance, mais la communication est essentielle », a-t-il déclaré.

« Et les républicains doivent se rendre compte que leur rhétorique est une partie du problème : ce n’est pas la sécurité qui doit être soulignée, mais la justice sociale et les droits de l’homme [en Israël] ». Insister sur le rôle d’Israël comme protecteur des droits de l’homme et de l’égalité pourrait avoir un écho particulier, a-t-il déclaré.

Les « mots qui ont le plus de succès » parmi les républicains, a-t-il dit, sont ceux avec des formules du genre, « Israël est notre allié le plus puissant au Moyen-Orient, et des tentatives de détruire le pays économiquement et politiquement pourrait directement nuire aux Etats-Unis ».

En contraste, les « mots qui ont le plus de succès » parmi les démocrates sont ceux du type : « Nous devrions favoriser plus de communication et de coopération, pas moins. Nous devrions encourager plus de diplomatie et plus de discussion, pas moins. »

Plus précisément, quand il s’agit de faire passer le message le plus efficace, Luntz a conclu que l’argument « Les femmes en Israël ont exactement les mêmes droits que les hommes. Aucun autre pays du Moyen-Orient n’offre pleinement aux femmes l’égalité des droits », a été particulièrement bien perçu chez les démocrates, de même que l’affirmation « Tout le monde en Israël est libre de pratiquer sa religion et de prier son Dieu. Aucun autre pays du Moyen-Orient n’offre des garanties de libertés religieuses similaires. »

En revanche, les réponses étaient nettement moins positives concernant les affirmations sur la nécessité d’un foyer juif après la Shoah, les revendications israéliennes sur la Terre Sainte, et les prouesses d’Israël en matière technologique.

Il a constaté qu’un argument qui passe bien parmi toutes les personnes interrogées est le suivant : « Malgré le conflit en cours avec la bande de Gaza, Israël continue de donner des dizaines de millions de dollars d’aide humanitaire aux Palestiniens et ouvre ses hôpitaux pour les soigner. »

« Ils ne se soucient pas de la « Start-Up Nation », dit-il platement à propos des élites de l’opinion américaine. « Il est tragique que tant d’efforts aient été consacrés à la vente d’une image d’Israël que beaucoup ne sont pas intéressés à acheter. »

Encore plus radicalement, Luntz affirme que le mot « sionisme » pourrait ne jouer aucun rôle dans le discours conçu pour réparer les relations avec les démocrates américains. Il faut « cesser d'[utiliser le] mot sionisme », a-t-il dit.

« Vous ne pouvez pas défendre votre cause si vous utilisez ce terme. Si vous êtes à Berkeley ou à Brown et commencez par décrire une vision sioniste, vous n’arriverez pas à plaider pour Israël parce qu’ils n’écoutent déjà plus. »

Il a également affirmé qu’Israël est « beaucoup plus en difficulté » depuis la campagne de BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions). Une fois qu’ils avaient été informés de la campagne de BDS, 19 % des répondants s’y sont déclarés favorables – 31 % des démocrates et 3 % des républicains.

Et, a souligné Luntz, 60 % des sondés ont dit qu’ils ne connaissaient pas BDS. « Israël a déjà des problèmes avec BDS, et les Américains ne savent même pas ce que cela signifie. Pouvez-vous imaginer à quel point cela risque d’arriver ? »

Il a également prévu une bataille imminente aux États-Unis sur l’aide étrangère pour Israël. Environ 33 % des démocrates et 22 % des républicains, a révélé son sondage, étaient contrariés qu’ « Israël obtienne des milliards et des milliards de dollars de financement du gouvernement américain qui devraient aller au peuple américain. »

Luntz a également demandé aux sondés s’ils considéraient l’antisémitisme comme un problème aux États-Unis.

Globalement, 58 % sont d’accord avec l’idée que l’antisémitisme est un problème en Amérique (57 % des républicains et 6 4% des démocrates), comparativement à 28 % qui sont en désaccord. « Les non-Juifs sont conscients du problème, même si certains Israéliens veulent le minimiser, » a-t-il dit.

Ironiquement, le sondage a également révélé que 50 % des démocrates et 18 % des républicains (et 36 % de tout l’échantillon) étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les Juifs étaient trop sensibles et étiquetaient trop souvent des critiques légitimes d’Israël comme une attaque antisémite ».