Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a été propriétaire d’un million de dollars d’actions de Noble Energy, la firme américaine co-propriétaire des plates-formes de gaz israéliennes, dans un arrangement que l’autorité antitrust a exigé de rompre pour cause de duopole.

La révélation fait suite au vote du cabinet de sécurité sur la définition de la question du gaz et ses implications sécuritaires ou politiques, lui permettant de contourner l’Autorité antitrust israélienne.

La mesure controversée permettra à l’Etat d’accepter un compromis avec les propriétaires des champs de gaz naturel Leviathan et Tamar, en dépit des objections de l’autorité alléguant que les opérateurs Noble Energy et le Groupe Delek israélien ont trop de contrôle sur les installations de gaz.

Les détails de l’actionnariat de Kerry ont été révélés par le site Opensecrets jeudi et sont basés sur des déclarations financières de Kerry à partir de 2013.

Kerry détenait apparemment entre 500 000 et 1 million de dollars d’actions de Noble Energy et a vendu au moins certaines d’entre elles en 2015, lorsque leur valeur a chuté.

Le diplomate américain aurait contribué à mettre sur pied, en septembre 2014, une entente entre le gouvernement jordanien et les propriétaires israéliens du champ de gaz Leviathan.

En décembre, il a poussé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à signer des accords d’approvisionnement énergétique impliquant Noble, après l’échec de l’accord avec la Jordanie.

« Nous continuons d’inciter toutes les parties à promouvoir l’accord du gaz naturel signé entre Noble Energy et les entités en Jordanie et en Egypte », a déclaré le porte-parole du Département d’Etat Jeff Rathke le 30 décembre. « Nous croyons fermement que ces accords renforceront la sécurité énergétique dans la région. »

Rathke n’a pas révélé l’intérêt financier de Kerry dans la société à l’époque.

Le commissaire de l’Autorité antitrust David Gilo a annulé le 23 décembre le partenariat permettant à Noble et à Delek de développer les sites Leviathan et Tamar dans la mer Méditerranée, suite à des objections sur le prix auquel les entreprises se préparent à vendre du gaz à l’économie israélienne.

En mai, Gilo a démissionné en signe de protestation après l’initiative du gouvernement laissant le conglomérat américain et son partenaire israélien seuls opérateurs des deux plates-formes de gaz offshore.

Le différend a pris une autre tournure quand le lendemain, le ministre des Finances Moshe Kahlon s’est auto-disqualifié en raison de son amitié personnelle avec l’un des propriétaires du champ Tamar.

Kahlon a informé Netanyahu qu’il ne prendrait pas part dans l’affaire en raison de son lien avec Koby Maimon.

Alors que le projet révisé promu par le gouvernement réduisait les avoirs de Noble dans Tamar de 36 % à 24 % dans les six ans et supprimait ses droits de veto dans le partenariat, la société basée au Texas gardait le privilège de commercialiser le gaz des deux réservoirs.

En avril, Netanyahu et le ministre de l’Energie et de l’Eau, Silvan Shalom, ont autorisé la vente de gaz naturel à partir du champ de gaz Tamar à des clients privés en Jordanie.

Selon les termes de l’accord de 500 millions de dollars, le partenariat de Tamar devait vendre 1,87 milliard de mètres cubes de gaz naturel aux entreprises jordaniennes Arab Potash et à leur filiale Jordan Bromine dans les 15 prochaines années.

En 2013, Israël a décidé d’exporter 40 % des découvertes de gaz du pays, pour passer de simple importateur d’énergie à acteur mondial majeur dans le marché du gaz.

Tamar Pileggi contribué à cet article