Avec sa thèse à terminer, Nathalie Lastreger doit devenir cet été rabbin ordonné par le Mechon Schechter de Jérusalem, affilié aux conservateurs.

Ironiquement, elle pourrait bientôt se retrouver avec un emploi du temps lui laissant libre cours à l’écriture : Lastreger est confrontée à un mandat d’arrestation et à une éventuelle peine de prison pour avoir refusé d’entrer dans un tribunal rabbinique israélien pour sa procédure de divorce.

Dans un scénario classique de la religion versus l’Etat, Lastreger a été choquée en apprenant – par assignation à comparaître au tribunal rabbinique – que, malgré ses efforts pour empêcher cette situation, les rabbins ont maintenu la légalité de son mariage halakhique, mais non déclaré, il y a 12 ans.

Si Lastreger, Juive pratiquante, quoique libérale, a besoin d’un guet (jugement de divorce) pour dissoudre son mariage, elle préférerait passer par le mouvement conservateur, ce qui était une condition préalable à son mariage.

Mais depuis les années 1950, dans un Israël qui a divisé les juridictions entre les autorités laïques et religieuses, la loi exige que tout Juif israélien qui souhaite divorcer a besoin d’un décret de la cour rabbinique sanctionné par l’État.

Selon Itim, une organisation à but non lucratif qui aide les Israéliens à affronter la bureaucratie religieuse dans des événements du cycle de la vie, « le tribunal rabbinique est la bonne adresse pour les divorces de chaque couple juif [il répertorie une variété de scénarios] … y compris d’un couple marié lors d’un service privé juif (non reconnu en Israël), par exemple, dans le cadre des mouvements conservateur et réformé ».

En outre, « pour éviter toute incertitude, vous serez appelé à obtenir un guet lechumra (un guet requis comme mesure de rigueur) ou un guet messafek (un guet nécessaire suite à une incertitude), au cas où votre mariage est en fait valide selon la Loi juive, et contraignant jusqu’à l’émission d’un guet ».

Ayant fait vœu après son divorce de son premier mari de ne jamais remettre les pieds dans un tribunal rabbinique israélien, Lastreger n’a pas répondu à sa convocation en juin. Une ordonnance d’interdiction subséquente de quitter le pays a précédé le mandat actuel de son arrestation, valable depuis le 3 juillet.

Avec des sacs d’urgence emballés et ses objets de valeur sous clé, Lastreger a déclaré au Times of Israel qu’elle est prête à faire de la prison pour défendre sa cause de pluralisme et de séparation de la religion et de l’État.

Ces questions pleuvent sous le radar du public, dit Lastreger. « Je ne suis pas la première qui n’a pas été enregistrée comme mariée mais a été envoyée au rabbinat. »

Depuis qu’elle a publié son histoire, un post Facebook en hébreu illustrant sa situation a été vu plus de 700 000 fois et les médias hébreux traditionnels ont parlé de son cas.

« Les gens en parlent. Ils disent, ‘rega, rega, rega [attendez une minute], qu’est-ce que cela signifie pour moi ? C’est incroyable le nombre de gens qui viennent avec leurs propres histoires effrayantes », dit-elle.

« Je suis contre l’anarchie : il doit y avoir une voie civile pour le mariage pour éviter le chaos », dit Lastreger. « Mais si je suis déjà là, dans cette situation, je serai la Rosa Parks du mariage civil. »

Se faire avoir une fois, pas deux

L’immigrante française de 48 ans a grandi dans un foyer orthodoxe à Paris. Ce n’est qu’après son alyah, son mariage à un rabbin orthodoxe moderne et son divorce amer via le Grand Rabbinat d’Israël, qu’elle a quitté l’orthodoxie et a commencé à explorer le judaïsme libéral.

Le temps est passé et Lastreger, jeune mère de trois enfants, a commencé à de nouveau rencontrer des hommes. Elle raconte, cependant, qu’après son tout premier rendez-vous avec l’orthodoxe moderne qui deviendra son second mari, elle a posé plusieurs conditions à un futur mariage. Parmi elles, a-t-elle déclaré au Times of Israel cette semaine, elle refusait de se couvrir les cheveux, et ne voulait en aucun cas se marier via le Grand Rabbinat.

En 2004, Lastreger s’est remariée – lors d’une cérémonie conservatrice, officiellement non reconnue par la Loi juive et non déclarée. Après une décennie de mariage, malheureusement, elle et son second mari ont récemment décidé de divorcer. Encore plus malheureusement pour Lastreger, bravant l’accord pré-mariage verbal conclu entre le couple, son mari a ouvert un dossier pour un guet officiellement reconnu par l’État par le biais du rabbinat.

Une assignation devant les tribunaux rabbiniques a été remise à Lastreger à la mi-juin. « J’étais souffrante et je n’y ai pas vraiment prêté attention », dit-elle. Elle dispose d’une documentation sur son voyage en ambulance et son séjour à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, qu’elle a présentée à la cour.

Mais elle ne pensait pas que l’assignation était significative : ils n’étaient pas enregistrés comme mariés au ministère de l’Intérieur, alors comment le rabbinat aurait-il une quelconque compétence sur ce divorce « non officiel » ?

Lastreger, membre active des Femmes du Mur, affirme que pour le rabbinat, l’une de ses préoccupations est la peur « à Dieu ne plaise, qu’il y ait des mamzerim [enfants issus d’un mariage interdit] ».

« Je suis déjà grand-mère ! Mamzerim est en fait un autre mot pour ‘Femme, connais ta place’. C’est une manière politiquement correcte de dire : ‘Que se passera-t-il si nous ne vous contrôlons plus’ », observe Lastreger.

Lastreger affirme qu’elle pense être mise à part en raison de son affiliation avec le mouvement conservateur. Elle déclare que les protocoles de la procédure se réfèrent à elle jusqu’ici comme à une « reformi » – argot hébreu péjoratif pour « rebelles » juifs qui ne respectent pas la Loi juive.

Le chef du mouvement Massorti israélien, l’avocat Yizhar Hess, soutient la lutte de Lastreger et souligne que la seule chose plus assourdissante que le silence de la classe politique du pays est l’incarcération potentielle de Lastreger.

Être une Juive libérale pratiquante connue peut être un avantage en prison, plaisante à moitié Lastreger. Elle a émis l’hypothèse que si elle était enfermée, elle pourrait pousser le système encore plus loin et demander l’accès à une Torah et à un minyan [quorum de prière] pour ses prières trois fois par jour, ce que le rabbinat trouverait sans nul doute problématique.

Se préparer pour affronter la Cour suprême

En juin, Ella Cahan, l’avocate que Lastreger avait embauchée pour superviser la séparation de la propriété mutuelle du couple, l’a avertie quant à la gravité de son cas. Cahan a conseillé à Lastreger de demander immédiatement le divorce devant un tribunal civil pour éviter une éventuelle juridiction rabbinique sur le capital du couple.

« Elle m’a avertie, suite à d’autres cas dans lesquels elle fut impliquée, que le rabbinat allait me poursuivre. Elle m’a sauvée », a déclaré Lastreger.

Aujourd’hui, alors que Lastreger se prépare à affronter la prison pour ses principes et à sensibiliser le public, l’avocate Batya Kahana-Dror, présidente de Mavoi Satum, une organisation qui s’occupe en grande partie des agunot – femmes dont les maris refusent de leur donner le guet – prépare son appel devant la Cour suprême.

« La lutte de Nathalie n’est pas une bataille privée. Cette lutte met en lumière la situation impossible des citoyens israéliens qui voient leurs cérémonies de mariage, qu’elles soient religieuses ou privées, rejetées », a écrit Kahana-Dror, une orthodoxe moderne, dans un e-mail.

« De manière absurde, le fait que Nathalie s’est mariée lors d’une cérémonie halakhique l’a amenée à devenir une criminelle parce qu’elle n’a pas coopéré avec les institutions étatiques », pointe-t-elle.

« L’Etat d’Israël doit comprendre la nécessité d’un mariage civil immédiat qui accordera aux citoyens la liberté religieuse de choisir la manière dont ils souhaitent s’engager l’un envers l’autre », dit Kahana-Dror.

Le chef de Itim, Rabbi Seth Farber, fait écho à l’indignation de Kahana-Dror, affirmant que le cas de Lastreger est « un excellent exemple d’un système en mauvais état ».

S’exprimant depuis New York, Farber affirme que le gouvernement a adopté une « loi ridicule » en 2013, lorsqu’il a rendue illégale une chuppa privée. (Il y a une tendance croissante, en particulier parmi les orthodoxes modernes, de couples qui choisissent de contourner le rabbinat avec des cérémonies de mariage alternatives. Mettant cette question au centre du débat, la Deuxième chaîne a rapporté que le couple et ceux qui dirigent la cérémonie risquent jusqu’à deux ans en prison.)

« Le consensus était alors que cela ne serait jamais appliqué », Farber.

Il avertit, cependant, que si deux Juifs veulent divorcer en Israël, c’est entièrement sous la juridiction du rabbinat de décider comment. « Même s’ils se sont mariés à Chypre, le rabbinat tranche. »

Pour Lastreger, et des milliers d’Israéliens qui essaient de contourner le rabbinat, c’est un coup.

« Le rabbinat ne reconnaît pas le rabbin qui a célébré la cérémonie », mais la force à divorcer sous ses auspices, déplore-t-elle.

Elle dit qu’elle se sent traquée. Elle a ajouté une serrure codée à la porte de son jardin, même si elle sait qu’elle peut facilement être brisée, et attend le Shabbat, jour où la police ne viendra jamais légalement. Elle se demande si Tisha BeAv sera également un refuge, même si un jour de deuil, plaisante-t-elle, sera peut-être un moment approprié pour son arrestation.

« Je ne veux pas aller en prison. Il me sera très triste d’apprendre [que, selon l’Etat] il y a un Juif meilleur et un Juif pire », dit-elle.

Lorsqu’on lui demande comment sa famille réagit à la situation, elle dit que ses enfants espèrent qu’elle passera rapidement, et que sa mère orthodoxe a annoncé qu’elle dresserait une tente de soutien devant la prison.

« C’est ma guerre, ma vie, mes décisions, j’en paie le prix. Ceci est ma foi », dit-elle. « Je ne suis pas une fondamentaliste – je rejette le système de tribunal rabbinique… et je pensais avoir tout fait pour que le rabbinat ne puisse pas contrôler ma vie », dit-elle avec mélancolie.