Contrairement au gouvernement des États-Unis, l’Union européenne ne réévalue pas actuellement son approche du conflit israélo-palestinien, a indiqué dimanche l’envoyé spécial de l’organisation européenne.

Mais si le nouveau gouvernement israélien continue à étendre les implantations en Cisjordanie et à construire à Jérusalem-Est, Bruxelles va intensifier ses efforts pour faire pression sur Israël, met en garde l’ambassadeur Lars Faaborg-Andersen. Il a également ajouté que l’UE soutient en principe une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant la création rapide d’un Etat palestinien.

« Ce que les États-Unis déclarent est le reflet de la politique américaine. Notre point de vue reste que nous devons juger le gouvernement [israélien] sur les actions réelles qu’il prendra. Comme le gouvernement n’est pas encore formé, cela reste à voir », a déclaré l’ambassadeur au Times of Israël. « Evidemment, nous défendons la solution à deux Etats, donc nous allons surveiller attentivement les mesures que le gouvernement prend et déciderons si elles sont favorables ou défavorables à une solution à deux Etats. Et ce sera la base sur laquelle nous évaluerons ce gouvernement. »

Faaborg-Andersen a réitéré la ferme opposition de Bruxelles à la construction des implantations. « Nous avons était clairs, et l’avons répété encore et encore, sur un point : l’expansion des implantations est très préjudiciable aux pourparlers sur le statut final. Et, évidemment, si elle continue, nous allons prendre les mesures appropriées. »

A la lumière des déclarations qu’avait faites le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant les élections, qui semblaient revenir sur son engagement en faveur d’un Etat palestinien, Washington a annoncé qu’il allait réévaluer son approche du processus de paix.

« Le Premier ministre Netanyahu a, pendant la campagne, déclaré qu’un Etat palestinien ne serait pas créé tant qu’il serait Premier ministre, et je l’ai pris au mot », a déclaré le président américain Barack Obama, la semaine dernière. Obama a été insensible à l’insistance de Netanyahu à affirmer par la suite qu’il soutenait encore une « solution pacifique et durable à deux Etats ».

L’UE, pour sa part, veut attendre et voir quelles politiques le nouveau gouvernement mettra en place sur le front palestinien, précise Faaborg-Andersen. « Nous espérons qu’ils vont poursuivre des politiques [menant à] une solution au conflit basée sur deux Etats. Il est clair que, pendant les deux dernières années, nous avons connu un pic dans l’expansion des implantations, en termes de planification ainsi que dans la construction à proprement dite et le démarrage de la construction », a poursuivi l’envoyé.

« Si nous observons une poursuite de cette tendance, alors j’affirme que nous verrons également un durcissement de la politique européenne dans ce domaine particulier. »

Concrètement, cela signifierait la mise en œuvre de mesures telles que l’introduction d’un régime d’étiquetage à l’échelle de l’Union pour les produits israéliens fabriqués au-delà des lignes de 1967, a-t-il expliqué. « Maintenant, ce qu’un resserrement de notre politique dans ce sens signifierait est très clair », a-t-il déclaré.

Faaborg-Andersen a refusé de commenter un document interne de l’UE qui a été divulgué à la presse la semaine dernière et qui recommandait plusieurs mesures que l’Union devrait prendre pour faire pression sur Israël, comme le renforcement « des efforts visant à sensibiliser les citoyens de l’UE et les entreprises sur les risques liés aux activités économiques et financières dans les implantations ».

Le site d’informations Ynet a cité un diplomate de l’UE qui explique que les déclarations préélectorales de Netanyahu sur la solution à deux Etats ont augmenté la probabilité que ces recommandations soient mises en œuvre. « Nous sommes sur une ligne de collision », a ajouté le diplomate, qui accepté de témoigné sous couvert d’anonymat.

Benjamin Netanyahu et Federica Mogherini à la Knesset le 16 juillet 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Benjamin Netanyahu et Federica Mogherini à la Knesset, le 16 juillet 2014 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Faaborg-Andersen a réfuté le contenu de cet article. La chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a appelé Netanyahu un jour après l’élection, l’a félicité pour sa victoire et a déclaré que l’UE s’engageait à travailler avec le nouveau gouvernement d’Israël, a-t-il tenu à rappeler. « Cela ne semble pas être une ligne de collision. »

L’UE regarde favorablement la perspective d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui appellerait à la création d’un Etat palestinien sur la base des lignes de 1967 avec Jérusalem comme capitale, a également ajouté Faaborg-Andersen. « Tout dépendra du contenu d’une telle résolution, mais nous, en principe, pensons que c’est une option qui vaut la peine d’être étudiée. »

Bruxelles examinerait de près le contenu et le calendrier d’une telle résolution, mais estime généralement que « ce serait potentiellement une chose utile », a-t-il ajouté.

Le gouvernement français s’apprête à proposer une résolution qui va dans ce sens, a indiqué vendredi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. La résolution fera suite à la tentative des Palestiniens, qui n’a pas abouti, d’obtenir les neuf voix nécessaires au Conseil de sécurité.

Faaborg-Andersen a salué la décision de Jérusalem de transférer les recettes fiscales de l’Autorité palestinienne retenues au cours des trois derniers mois pour punir l’Autorité palestinienne d’avoir déposé une demande d’adhésion à la Cour pénale internationale. Cependant, le fait qu’Israël libère les fonds n’oblige pas nécessairement les Palestiniens à retirer leur demande d’adhésion à la CPI, comme certains Israéliens l’ont demandé, précise l’ambassadeur.

« Israël a choisi de lier les deux questions – je ne vois pas de lien entre eux, logiquement parlant. C’est un lien que nous n’acceptons pas [de reconnaître] », a-t-il expliqué.

En vertu du Protocole de Paris de l’Accord d’Oslo, Israël a l’obligation claire de transférer les recettes fiscales à l’Autorité palestinienne chaque mois, explique l’ambassadeur. L’adhésion de la CPI, d’autre part, ne viole aucun accord, at-il soutenu. « C’est le droit de tout le monde d’adhérer au Statut de Rome [qui régit la Cour]. Ces deux choses sont d’une nature différente, pour autant que je sache. »