L’ONU a exhorté les belligérants au Yémen à épargner les hôpitaux et à rétablir l’approvisionnement en carburant, dont la pénurie contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à stopper la distribution de vivres dans certaines régions du pays.

Après cinq semaines de guerre, le programme d’assistance aux civils envisagé par le coalition arabe, conduite par l’Arabie saoudite, ne s’est pas matérialisé en raison de la poursuite, voire de l’intensification des opérations militaires.

Or 7,5 millions de Yéménites, soit le tiers de la population, sont affectés par le conflit, a indiqué vendredi l’Organisation mondiale de la santé, en révisant à la hausse le bilan des victimes du conflit.

« Du 19 mars au 27 avril, il y a eu 1 244 décès signalés dans les établissements de santé et 5 044 blessés », a détaillé l’agence de de l’ONU dans un rapport de situation.

Selon l’OMS, la plupart des routes reliant la capitale Sanaa aux régions de Taëz, d’Aden, de Dhaleh et de Lahej (sud) sont de moins en moins accessibles ce qui limite la distribution de médicaments.

La dégradation de la situation humanitaire a poussé Ban Ki-moon, le chef de l’ONU à pousser un cri d’alarme. Il a demandé jeudi « à toutes les parties de faire en sorte que les agences humanitaires aient un accès fiable et sécurisé » à la population.

Après avoir réitéré son appel à « un cessez-le-feu immédiat » et dans l’intervalle à des « pauses humanitaires », Ban a demandé « instamment le rétablissement immédiat des importations de carburant pour ne pas aggraver une situation humanitaire déjà catastrophique ».

« Le système de santé du Yémen et les service sanitaires et de télécommunications sont sur le point de s’effondrer », a-t-il averti, ajoutant que « les opérations humanitaires cesseront dans les jours qui viennent si l’approvisionnement en carburant n’est pas rétabli ».

Pour Ban, « les attaques contre les infrastructures civiles, dont les hôpitaux, les dépôts des organisations humanitaires et les installations de l’ONU sont inacceptables et violent les lois internationales ».

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé jeudi l’arrêt progressif, faute de carburant, de ses distributions de nourriture.

Le PAM a indiqué avoir fourni ces deux dernière semaines une aide alimentaire d’urgence à 700 000 personnes à travers le Yémen.

Depuis le 26 mars, l’Arabie saoudite sunnite, rivale de l’Iran chiite, dirige une coalition de neuf pays arabes qui bombardent par les airs les positions de rebelles chiites houthis pour les empêcher de prendre le contrôle de l’ensemble du Yémen.

Au sol, les partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, sont impliqués dans de violents combats, contre les Houthis, soutenus par l’Iran, qui tentent de prendre le contrôle total d’Aden et de Taëz, respectivement la deuxième et la troisième ville du pays situées dans le sud et le sud-ouest.

Aden au bord du désastre

La situation humanitaire est particulièrement critique à Aden, où près de cinquante personnes, dont une majorité de Houthis, sont mortes dans les derniers raids aériens et les combats, a indiqué vendredi un responsable des hôpitaux.

29 Houthis et leurs alliés parmi les soldats fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh ont été tués dans les raids aériens. Leurs adversaires ont perdu 10 hommes dans les combats de rue, tandis que 8 civils étaient tués et 59 autres blessés, a ajouté ce responsable.

Selon des habitants, l’aviation de la coalition a pris pour cible plusieurs convois de renforts des Houthis venant des provinces d’Abyane et de Lahej, au nord d’Aden.

Les Houthis imposent notamment un blocus aux quartiers proches du port, « empêchant l’acheminement de l’aide et l’évacuation des blessés », a affirmé à l’AFP Bassam al-Qhadi, un volontaire des services de secours.

Imad Batata, un habitant du quartier de Moualla, dans ce secteur, parle d’un risque de famine. « Il y a une seule boulangerie d’ouverte et on y attend des heures pour pouvoir espérer acheter du pain ».

Le Comité international de la Croix-Rouge a indiqué dans un rapport publié jeudi à Sanaa que son personnel avait été contraint d’évacuer l’hôpital Al-Joumouriah à Aden, l’établissement s’étant retrouvé sur « la ligne de front » des combats.