42 auteurs juifs américains dénoncent le parti pris pro-Israël du Jewish Book Council
Dans une lettre ouverte, ils affirment que la mise en avant des "voix israéliennes et sionistes" depuis le 7-Octobre donne "la fausse impression que les livres juifs sont intrinsèquement sionistes"
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

JTA — Des dizaines d’auteurs juifs antisionistes et non sionistes ont critiqué le Jewish Book Council (JBC), un groupe littéraire historique, pour ce qu’ils ont qualifié de « partialité en faveur des voix israéliennes et sionistes » et de « vision réductrice de la culture juive, cantonnée à une approche sioniste ».
Une nouvelle lettre ouverte, qui a été signée par 42 auteurs, affirme que le JBC, fondé en 1925, devait davantage mettre en avant les voix juives en désaccord avec le sionisme traditionnel, et qu’il n’aurait pas dû mettre en avant les voix israéliennes et sionistes après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023.
« Le JBC étant notre institution littéraire juive la plus visible et la plus ancienne, l’accent qu’il met sur les auteurs et sur les livres sionistes donne aux lecteurs juifs comme non juifs la fausse impression que les livres juifs sont intrinsèquement sionistes », affirme la lettre ouverte, publiée jeudi par « un groupe d’écrivains juifs inquiets ».
Parmi les signataires notables figurent la romancière israélo-néerlandaise Yael van der Wouden, dont le premier roman The Safekeep, publié en 2024, une romance juive LGBTQ+ se déroulant dans l’Amsterdam d’après-guerre, a été sélectionné pour le Booker Prize et a remporté un prix décerné par le Jewish Book Council ; l’auteure de mémoires Qian Julie Wang, dont le livre Beautiful Country a été un best-seller du New York Times, recommandé par l’ancien président Barack Obama et lauréat d’un prix décerné par le JBC ; la romancière Adelle Waldman, auteure de Help Wanted ; et Michael David Lukas, professeur à l’université d’État de San Francisco et ancien lauréat du National Jewish Book Award ainsi que du prestigieux prix Sami Rohr de littérature juive pour son roman de 2018 The Last Watchman of Old Cairo (« Le dernier gardien du Caire »).
Le Jewish Book Council a été fondé pour soutenir et récompenser les auteurs et les thèmes juifs. Outre la remise des National Jewish Book Awards, il met en relation les auteurs avec des conférences juives, il publie des critiques de livres juifs et il apporte d’autres formes de soutien. En 2024, après la diffusion en ligne d’une liste prétendant dénoncer les auteurs « sionistes », le JBC a lancé une ligne d’assistance téléphonique permettant de signaler les actes d’antisémitisme dans le monde littéraire.
Naomi Firestone-Teeter, la PDG du JBC, a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que cette lettre reflétait une « divergence d’attentes » quant à ce que l’institution peut représenter.
Les auteurs ont déclaré avoir initialement contacté la direction du JBC en privé l’an dernier pour engager un dialogue sur une liste de préoccupations spécifiques. Celles-ci comprenaient l’absence de définition de l’antisémitisme dans l’outil de signalement du JBC, ainsi que son soutien affiché à Israël et aux auteurs israéliens lors de récentes cérémonies de remise de prix.
Les auteurs ont également exhorté le JBC à déclarer que la critique d’Israël « n’est pas intrinsèquement antisémite » et à « créer, au cours de l’année à venir, des programmes et des contenus reflétant une diversité plus authentique des points de vue juifs sur Israël/Palestine, ainsi que des espaces permettant aux Juifs et aux acteurs culturels engagés dans le judaïsme d’avoir ces conversations difficiles ».
Le JBC n’ayant pas donné suite à leurs demandes, les auteurs ont décidé de rendre leur lettre publique.
« Nous étions, et sommes toujours, préoccupés par le parti pris apparent de l’institution en faveur des voix israéliennes et sionistes, qui est non seulement exclusif, mais aussi préjudiciable, contribuant à la déshumanisation des Palestiniens et favorisant un système d’apartheid culturel », ont-ils écrit.
Cette lettre ouverte est la dernière d’une série de polémiques concernant les Juifs et Israël dans le monde du livre.
Après des mois de protestations contre son penchant sioniste perçu, l’organisation de défense de la liberté d’expression littéraire PEN America a remplacé cette année sa direction et est revenue sur une déclaration de solidarité avec un comédien israélien dont les spectacles avaient été annulés. Des auteurs à succès ont appelé au boycott des institutions littéraires israéliennes et le magazine Guernica a connu un bouleversement interne après la publication d’un essai sur la guerre contre le Hamas à Gaza, rédigé par un écrivain israélien plaidant pour la coexistence.
Le Jewish Book Council n’avait toutefois pas rencontré beaucoup de résistance publique de la part de ses auteurs – jusqu’à présent.
« La lettre ouverte reflète une divergence d’attentes quant à notre rôle en tant qu’institution, et non un manque d’engagement », a déclaré Firestone-Teeter à la JTA.
« Notre rôle est d’être une plateforme d’échanges littéraires. Nous ne sommes pas un groupe de défense politique. »
Firestone-Teeter a déclaré que, contrairement aux affirmations des auteurs selon lesquelles le JBC n’avait pas donné suite à leurs demandes, elle s’était « engagée de bonne foi », exposant clairement la position du JBC. Elle a exprimé son désaccord avec leur analyse selon laquelle le JBC accorderait moins d’importance aux Juifs critiques envers Israël.
« Vous verrez la diversité de la communauté juive représentée, y compris certaines de ces voix », a-t-elle affirmé.
« Les Juifs ne forment pas un bloc monolithique. Nos auteurs écrivent avec beaucoup de nuances et de complexité. »
Elle a également défendu la décision du JBC de ne pas définir l’antisémitisme de manière restrictive pour sa ligne d’assistance, soulignant qu’ils avaient reçu des centaines de signalements et que les auteurs avaient des conceptions différentes de ce qui constitue l’antisémitisme.
Le JBC a l’intention d’analyser les données reçues.
« Nous n’avons pas utilisé cet outil pour prendre des mesures punitives », a souligné Firestone-Teeter.
De plus, a-t-elle ajouté, il était approprié que le JBC mette en avant des auteurs israéliens après le 7-Octobre.
« Nous sommes une organisation qui soutient les auteurs juifs en Amérique, en Israël et au-delà. Israël est un élément clé de nos efforts pour soutenir la communauté juive », a-t-elle déclaré.
« Nos auteurs israéliens représentent un très large éventail d’opinions, tant sur le plan politique qu’autrement. »
Malgré les objections des auteurs, a déclaré Firestone-Teeter à la JTA, le JBC les considérait toujours comme faisant partie de son public cible : « Ce sont des auteurs juifs. »
la Communauté du Times of Israël !







