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80 000 personnes au rassemblement pour le 30e anniversaire de l’assassinat de Rabin

Selon les politiciens et autres orateurs, les personnes à l'origine des divisions et de l'assassinat de l'ancien Premier ministre sont toujours là

Gadi Mozes, ancien otage, prend la parole sur la place Rabin à Tel-Aviv pour commémorer les 30 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, le 1er novembre 2025. (Crédit : Ziv Barak)
Gadi Mozes, ancien otage, prend la parole sur la place Rabin à Tel-Aviv pour commémorer les 30 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, le 1er novembre 2025. (Crédit : Ziv Barak)

Tout a commencé avec des images de Yitzhak Rabin en train de parler d' »une chance pour la paix » et tout s’est fini avec le choeur des dizaines de milliers de participants qui ont repris « Chanson pour la paix », la chanson- même que le Premier ministre avait entonnée peu avant d’être abattu en 1995.

Dans la soirée de samedi, c’est une foule immense qui a pris d’assaut le centre de Tel Aviv pour commémorer le 30e anniversaire de l’assassinat de Rabin par un extrémiste de droite. Lors de ce rassemblement, émaillé de pancartes demandant la paix ou affirmant « Rabin avait raison », des personnalités politiques sont montées sur scène pour mettre en garde : les éléments porteurs de dissension à l’origine du meurtre du leader de gauche sont toujours là dans la société israélienne d¡aujourd’hui, ont-elles dit, en ajoutant qu’elles étaient même plus puissantes.

« Un homme a été assassiné ; c’est notre devoir de veiller à ce que ses idées continuer de vivre », a déclaré le chef de l’opposition Yair Lapid, chef du parti de centre-gauche Yesh Atid, en expliquant que l’extrême droite « déformait l’idée même du judaïsme. Elle fait à nouveau rimer judaïsme avec violences, meurtres, haines intestines, tout ce qui nous déchire ».

Lapid a dénoncé ceux « qui déforment le judaïsme et en font un instrument de haine et de violence », ajoutant que « ces individus se trouvaient aujourd’hui au gouvernement. »

Les rassemblements en mémoire de cet assassinat, survenu le 4 novembre 1995, sont organisés chaque année sur la place de Tel Aviv où Rabin a été tué – place qui porte désormais son nom.

Selon les organisateurs de la soirée, plus de 80 000 personnes ont pris part au rassemblement, qui a débordé le strict périmètre de la place. Selon certaines estimations, il aurait réuni jusqu’à 100 000 personnes.

A la tribune, les intervenants ont rappelé des objectifs, allant de la paix à l’unité nationale, en passant par la poursuite de la lutte en faveur du rapatriement des otages décédés qui se trouvent encore à Gaza et l’ouverture d’une enquête nationale sur le pogrom commis dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

D’autres se sont attardés sur Rabin et sur l’empreinte qu’il a laissée au sein de la société israélienne.

Gadi Mozes, ancien otage, prend la parole sur la place Rabin à Tel-Aviv pour commémorer les 30 ans de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, le 1er novembre 2025. (Crédit : Ziv Barak)

« Si Yitzhak Rabin était Premier ministre aujourd’hui, personne n’aurait été laissé pour compte », a affirmé Gadi Mozes, otage à Gaza pendant plus d’un an, lors d’un discours émouvant. « Il ne nous aurait pas abandonnés, nous les otages, pendant deux ans… Il n’aurait eu de cesse de tout faire pour que tout le monde revienne ».

Chef militaire emblématique de la génération des fondateurs d’Israël, Rabin a été Premier ministre de 1974 à 1977 puis de 1992 jusqu’à son assassinat, en 1995. En 1993, à la tête d’Avoda, le Parti travailliste, il a signé les accords d’Oslo avec le leader de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, ouvrant la voie à un processus de paix israélo-palestinien qui ne devait pas prospérer.

Il a été assassiné par Yigal Amir, un extrémiste juif opposé au passage de la Cisjordanie sous contrôle palestinien, comme le prévoyaient les accords d’Oslo, et qui estimait que Rabin méritait de mourir en vertu du concept juif connu sous le nom de din rodef – selon lequel une personne qui s’apprête à tuer quelqu’un peut elle-même être tuée. Amir purge une peine de prison à perpétuité.

Les retombées de cet assassinat restent un sujet polémique et les politiciens présents au rassemblement de samedi ne représentaient qu’une partie de la scène politique israélienne. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, chef de l’opposition au moment deu meurtre et qui nie catégoriquement avoir encouragé les incitations à la violence ayant finalement entraîné l’assassinat – il a été mis en examen à ce titre – était absent. Tout comme l’ex-Premier ministre Naftali Bennett, considéré comme le concurrent le plus crédible de Netanyahu.

Le député centriste Benny Gantz, qui avait été la tête d’affiche du rassemblement lors du 24e anniversaire de l’assassinat de Rabin, n’aurait, semble-t-il, pas été invité.

Le chef de l’opposition Yair Lapid assiste à un rassemblement marquant le 30e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, le 1er novembre 2025, à Tel-Aviv. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Si le rassemblement a pour l’essentiel rendu hommage à Rabin, certains discours se sont montrés ouvertement politiques. Nombre de participants brandissaient des drapeaux israéliens et portaient des insignes du parti Yesh Atid et du parti de gauche HaDemocratim.

Dans son discours, Lapid s’en est pris au ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, un homme d’extrême droite.

« Yigal Amir ne représente pas le judaïsme. Le racisme violent d’Itamar ben Gvir ne représente pas le judaïsme », a-t-il déclaré.

Des Israéliens assistent à un rassemblement à Tel-Aviv marquant le 30e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Yair Golan, le leader du parti HaDemocratim – parti issu de la fusion entre Avoda, la formation politique de Rabin, et la faction de gauche du Meretz – a établi un lien direct entre le meurtre de feu le Premier ministre et ce qu’il a décrit comme des « incitations à la haine et un nationalisme extrémiste » qui persistent encore aujourd’hui au sein de l’État juif. Il a affirmé que « les échos de ces trois coups de feu ne se sont pas estompés ».

« Ils résonnent encore aujourd’hui dans toutes les actions de ce gouvernement qui travaille contre son propre peuple », a déclaré Golan. « A chaque fois que des patriotes sont traités de traîtres, à chaque fois que des manifestants qui accomplissent leur devoir civique sont frappés, à chaque fois que les médias sont réduits au silence et que le pouvoir judiciaire est bafoué, ces mêmes coups de feu résonnent encore et encore ».

Il a rendu hommage à Rabin, « un homme de vérité et d’intégrité, qui a toujours fait passer le bien du peuple avant ses intérêts politiques et personnels », ajoutant que feu le Premier ministre « savait que la paix n’était pas une faiblesse, mais une force et un pouvoir ».

Appelant à une « renaissance morale et démocratique », Golan a exhorté les Israéliens à rejeter la complaisance et la peur.

« La véritable unité ne consiste pas à renoncer à nos valeurs et à nous unir autour d’un mensonge », a-t-il dit. « Elle consiste à nous serrer les coudes et à lutter pour la vérité, sur une véritable base démocratique, morale et sécuritaire, un pilier qui doit être aussi fort que l’acier ».

« Nous ne cèderons plus face aux violences ou à la haine », a-t-il ajouté. « Nous ne flatterons pas les tyrans et nous ne présenterons pas d’excuses aux corrompus. Notre unité repose sur des valeurs démocratiques et libérales communes, celles d’un Israël juif et démocratique ».

Le député et ancien chef de l’armée israélienne Gadi Eisenkot s’exprime lors d’un rassemblement commémoratif marquant le 30e anniversaire de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin sur la place Rabin à Tel Aviv, le 1er novembre 2025. (Crédit : Noam Amir / Mouvement de protestation pro-démocratie)

Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major de l’armée israélienne et député centriste qui a récemment fondé son propre parti, a transmis le même message.

« L’assassinat de Rabin est la conséquence directe de la polarisation et des incitations à la haine », a-t-il affirmé. « Trente ans plus tard, le même signal d’alerte continue de clignoter toujours devant nous, avec des discours clivants adossés à des mensonges ou aux intérêts personnels ».

Eisenkot, à l’instar des autres orateurs qui ont fustigé Netanyahu, a qualifié Rabin de ‘vrai monsieur Sécurité », semblant ainsi critiquer le surnom qu’aime se donner l’actuel Premier ministre.

« Rabin s’est trouvé à un tournant réellement décisif de l’Histoire d’Israël : c’était un vrai monsieur Sécurité, le genre de chef dont Israël a besoin aujourd’hui », a noté Eisenkot. « C’était une autre époque, avec des responsables qui assumaient leurs responsabilités, en paroles et en actes. La responsabilité, c’est ce dont Israël a besoin aujourd’hui ».

Eisenkot a exhorté le gouvernement à créer une commission d’enquête nationale sur les dysfonctionnements liés à l’attaque sanglante du 7-octobre et faire passer « une loi sur la conscription universelle », en disant : « Les soldats ont fait et continuent de faire leur devoir. À présent, à nous de faire le nôtre ».

Tzipi Livni s’exprime lors d’un rassemblement à Tel-Aviv marquant le 30e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

L’ex-ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, qui avait dirigé les négociations avec l’Autorité palestinienne, a expliqué dans son discours que les balles d’Amir avaient pour cible la démocratie et la paix.

« Il y a trente ans, Rabin a été assassiné mais la démocratie n’est pas morte, et nous nous battons pour qu’elle vive et nous aussi, sous son égide », a-t-elle dit.

« A l’heure actuelle, ils foulent aux pieds les chances de paix : mais ils ne se contentent pas de les laisser ainsi, ensanglantées, sur le bas-côté de la route, ils font en sorte que personne n’ose s’en approcher ou en parler, de peur d’être taxé de gauchisme, oy, oy, oy, de faiblesse ou de trahison », a-t-elle affirmé. « Mais nous allons continuer d’aller vers la paix car c’est là, l’avenir de notre pays ».

Une foule se rassemble à Tel Aviv pour commémorer les 30 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, le 1er novembre 2025. (Crédit : Stav Levaton/Times of Israel)

L’un des moments les plus marquants de la soirée s’est produit vers la fin du rassemblement, lorsque Mozes, ex-otage du Hamas, est monté sur scène pour évoquer ses compagnons d’infortune détenus avec lui à Gaza. Il a également rendu hommage à son kibboutz, Nir Oz, dont il est l’un des fondateurs et qui a été ravagé lors de l’attaque du 7-octobre.

Il a également repris une célèbre phrase attribuée à Joseph Trumpeldor, militant sioniste du début du 20e siècle : « C’est une bonne chose de mourir pour notre terre », en ajoutant : « C’est une bonne chose de vivre pour notre terre », pour appeler à la conclusion d’accords diplomatiques avec les Palestiniens, la Syrie et le Liban.

« Yitzhak Rabin a su prendre ses responsabilités, pas seulement en cas de succès », a-t-il dit avant d’ajouter « C’était un homme honnête et un leader courageux, et je sais que si Yitzhak Rabin était Premier ministre aujourd’hui, personne n’aurait été laissé pour compte. Il ne nous aurait pas abandonnés, nous les otages, pendant deux ans. »

Il a conclu en disant : « Je n’aurai de cesse de prendre la parole jusqu’à ce que le dernier otage ait été rapatrié ».

Après le rassemblement, une autre manifestation a eu lieu, comme chaque semaine, en faveur des onze otages décédés encore aux mains de Gaza, cette fois sur la Place des Otages, à proximité.

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