À Cannes, un rescapé de la Shoah milite pour la mémoire des victimes face à une certaine réticence
À 88 ans, Roger Wolman se bat pour ériger un monument nominatif afin que les victimes juives déportées ne tombent pas dans l’oubli
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Roger Wolman, 88 ans, milite sans relâche pour honorer la mémoire des victimes de la Shoah. Selon un article du journal Nice-Matin, il réclame notamment l’inauguration d’un monument nominatif, visible de tous et situé sur la voie publique, qui graverait dans le marbre les noms des 167 Juifs arrêtés parce que Juifs à Cannes entre août 1942 et juillet 1944, avant d’être déportés.
« Il y a les noms, leurs adresses, leurs lieux de naissance, et même les numéros des convois qui, pour beaucoup, les ont emportés vers leur dernière destination dans les camps de la mort », explique Roger Wolman, qui s’appuie notamment sur le recensement d’Arno Klarsfeld.
« La pierre conserve à jamais », justifie-t-il.
Roger Wolman est lui-même rescapé de la Shoah. Il a échappé à la rafle des enfants d’Izieu du 6 avril 1944. Quarante-quatre enfants ont été raflés, déportés et exterminés, mais pas Roger, 5 ans et son frère Henri, 12 ans à l’époque. Grâce à la présence d’esprit de son grand frère, qui a eu un mauvais pressentiment, tous deux quittent la maison avant la rafle.
« Il avait senti qu’il y avait trop de monde là-bas, il avait flairé le danger. Après, il m’a tenu la main et s’est occupé de moi. C’est lui mon héros », confie Roger, ému, à propos de son frère.
Aujourd’hui, le combat de Roger Wolman se heurte à un certain scepticisme.
Au Cannet, « on souhaitait en installer [un mémorial] devant l’école primaire Jules-Ferry, car certains élèves juifs y avaient été arrêtés en classe, mais des parents d’élèves s’y sont opposés », regrette-t-il amèrement.
Une stèle portant dix-sept noms a finalement été inaugurée au Cannet, « mais on a mis plusieurs années à l’obtenir », précise-t-il.
Dans une petite ville de l’arrière-pays niçois, un maire a refusé l’implantation d’un mémorial, déclarant : « Je ne souhaite pas que ma commune se transforme en cimetière ! »
Et à Cannes ? « Depuis 2020, j’ai été bien reçu plusieurs fois en mairie, mais jamais par le maire. Lors d’une commémoration au cimetière Abadie en 2021, devant le monument générique qui ne comporte aucun nom, je l’ai directement interpellé pour lui remettre mon dossier. »
Sollicitée, la mairie a d’abord indiqué que le service des cultes n’était pas au courant du dossier, avant de confirmer que « le projet de construction d’un mémorial à la mémoire des Juifs arrêtés et déportés demeure envisagé. Les échanges se poursuivent avec Monsieur Roger Wolman, la communauté juive et le tissu associatif afin de déterminer le lieu le plus juste et le plus adapté pour porter cette mémoire. »
Pour Roger Wolman, qui s’inquiète de cette lenteur, il devient urgent d’agir :
« Avec quelques amis de l’association des enfants de déportés, nous sommes les derniers survivants de cette époque. Après nous, il n’y aura plus que les livres et les professeurs pour en parler. Or la réinterprétation des faits est rapide et facile. »
Et de s’interroger : « Est-ce qu’on ne souhaite pas rappeler qu’à Cannes aussi il y a eu de telles arrestations ? Cela ferait-il tâche dans le décor touristique ? »
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