À Genève, la CICAD visée par une campagne réclamant la suppression de ses subventions municipales
Des élus de gauche et plusieurs milliers de signataires d'une pétition contestent le financement public de l'organisation de lutte contre l'antisémitisme, l'accusant notamment d'assimiler l'anti-sionisme à l'antisémitisme
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La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), principale organisation de lutte contre l’antisémitisme en Suisse romande, fait face à une campagne visant à obtenir la suppression des subventions qu’elle perçoit de la Ville de Genève.
Au cœur de la controverse figurent des documents internes de l’administration municipale, obtenus par le conseiller municipal d’Ensemble à Gauche Tobia Schnebli à la suite d’une demande d’accès à l’information. Ces analyses financières, réalisées dans le cadre du suivi des subventions accordées à l’association depuis 2018, estiment à plusieurs reprises que la situation financière de la CICAD ne justifie pas nécessairement un soutien public.
Selon ces documents, l’organisation dispose de réserves financières importantes et d’une capacité significative à mobiliser des fonds privés. L’administration a ainsi régulièrement demandé des restitutions partielles de subventions lorsque les fonds propres de l’association dépassaient les seuils prévus par les règles municipales.
Pour Tobia Schnebli, ces éléments remettent en question le principe même du financement public accordé à la CICAD. « Ces documents démontrent que, dès le départ, l’organisation n’a jamais eu besoin d’une aide financière publique », affirme l’élu, qui estime que la subvention lui apporte avant tout une forme de « légitimité institutionnelle ».
Au-delà de la question budgétaire, les critiques portent également sur les positions défendues par l’association concernant l’anti-sionisme. Une pétition réclamant la suppression des subventions municipales a recueilli 4 333 signatures. Les promoteurs de cette initiative reprochent à la CICAD d’assimiler l’anti-sionisme à une forme d’antisémitisme et l’accusent de chercher à délégitimer les critiques adressées à Israël.
La CICAD rejette fermement ces accusations. Elle affirme documenter des slogans et discours visant non pas la politique israélienne mais des individus identifiés comme sionistes, qu’elle considère comme des manifestations contemporaines de l’antisémitisme.
De son côté, Alfonso Gomez, ex-maire et conseiller administratif de Genève, s’est vu reprocher par Tobia Schnebli son « soutien enthousiaste » à la CICAD. Si l’ex-maire de Genève continue de défendre le principe d’un soutien public à la CICAD au regard de son travail contre l’antisémitisme, il a pris ses distances avec certaines formulations de l’organisation concernant l’anti-sionisme. Il a notamment refusé de signer un projet de convention mentionnant assimilant l’anti-sionisme à une forme d’antisémitisme. Malgré ces réserves, Alfonso Gomez estime que ces désaccords ne remettent pas en cause l’utilité de la structure. Il considère que le travail de la CICAD contre les actes antisémites demeure « reconnu et nécessaire » et mérite le soutien des autorités.
L’organisation dénonce pour sa part des attaques répétées contre son financement « qui ne tiennent pas ». Les restitutions partielles de subventions constituent une pratique courante au sein de l’administration genevoise. Selon les chiffres de la Ville, 21 des 70 organismes subventionnés en 2025 ont également été concernés par de tels mécanismes de remboursement.
Elle a par ailleurs rejeté les demandes visant à rendre publics les noms de ses donateurs privés, estimant qu’une telle exigence reviendrait à établir un fichage de personnes liées à une organisation juive, ce qui pourrait « alimenter le soupçon, désigner, exposer ». « Ce sont des pratiques d’un autre temps, et elles font froid dans le dos. »
L’organisation a enfin ajouté : « Et puisque l’insinuation resurgit régulièrement : la CICAD ne reçoit aucun financement d’Israël ».
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