À Genève, le Festival du film juif fragilisé par des refus d’accueil et des tensions
Le refus du cinéma Bio de Carouge, motivé par des accusations contre Israël, relance le débat sur l’amalgame entre culture juive et politique israélienne
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L’avenir du Festival international du film des cultures juives de Genève (GIJFF) semble compromis. Après quatorze éditions organisées depuis 2011, les perspectives pour une 15ᵉ édition en 2026 s’assombrissent. En cause : le refus du cinéma Bio de Carouge d’accueillir l’événement, au motif d’une prise de position politique liée à la guerre à Gaza.
Dans plusieurs échanges avec les organisateurs, Alfio Di Guardo, directeur du cinéma Bio et ancien cadre des Cinémas du Grütli, a justifié ce refus en dénonçant les « massacres de l’armée israélienne à Gaza ». Il estime que, dans le contexte actuel, « montrer des films se réclamant de la culture juive revient à prendre position ». Il évoque également un refus de collaborer avec « une association cautionnée par le gouvernement israélien » et affirme que « le comportement des dirigeants d’Israël jette un voile noir sur toutes les vertus de la culture juive ».
Ces propos, rendus publics par la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), ont suscité une vive réaction de la part des organisateurs du GIJFF. Irma Danon, programmatrice du festival, a dénoncé, dans les pages du média suisse Watson, un amalgame dangereux entre culture juive, identité juive et politique israélienne. Elle précise que le festival ne reçoit aucun financement du gouvernement israélien, mais des subventions de la Loterie romande et de la Ville de Genève. Son objectif reste inchangé : faire vivre la culture juive à travers le cinéma, sans instrumentalisation politique.
Alfio Di Guardo dit redouter les réactions hostiles en cas de participation au festival. Il évoque notamment la projection du film « The Brutalist », qui lui aurait valu des accusations de propagande pro-israélienne. Il propose un compromis : une prise de position officielle du festival contre le gouvernement israélien. Une exigence que les organisateurs considèrent comme une forme de chantage. « C’est comme nous demander de renier notre identité pour exister. On n’exige pas cela d’autres groupes culturels », estime Irma Danon.
Les Cinémas du Grütli, autre partenaire historique du festival, entendent également réduire leur implication. S’ils accueillaient plusieurs projections lors des précédentes éditions, ils n’en prévoient qu’une seule en 2026. Leur directeur, Paolo Moretti, justifie cette décision par des contraintes de programmation. Il rappelle par ailleurs que son établissement s’est opposé à la diffusion d’un clip contre l’antisémitisme réalisé par la CICAD, estimant que seule la programmation cinématographique devait primer.
Le festival, qui consacre systématiquement une séquence à la lutte contre l’antisémitisme, avait cette année projeté le film « Quand Hitler s’empara du lapin rose » à destination des publics scolaires. Ce mercredi 9 juillet, les Cinémas du Grütli ont projeté « A Real Pain », un film de Jesse Eisenberg sélectionné lors de la dernière édition du GIJFF. Une manière discrète de maintenir un lien.
De son côté, la CICAD annonce le dépôt prochain d’une plainte contre le cinéma Bio, sans en préciser pour l’instant les termes. Alfio Di Guardo, qui a longtemps collaboré avec le GIJFF lorsqu’il était au Grütli, affirme ne pas être fermé à un retour du dialogue. Il souhaiterait notamment que le festival invite l’intellectuel Georges Didi-Huberman, auteur d’une tribune remarquée dans Le Monde, afin de questionner le lien entre mémoire, engagement et actualité.
Irma Danon se dit ouverte à cette proposition. Mais elle insiste sur une ligne rouge : le festival n’a pas vocation à « donner satisfaction aux antisémites qui font le procès des Juifs sous couvert d’antisionisme ».
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