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À la Biennale de Venise, le pavillon d’Israël ouvre ses portes avec des symboles mystiques juifs

Tubes dégoulinant d'eau, parchemins de mézouza et cadenas recouverts de commandements composent « Rose of Nothingness », installation de l'artiste Belu-Simion Fainaru

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • L'installation de Belu-Simion Fainaru au pavillon israélien de la Biennale Art de Venise 2026 le 11 mai 2026. (Autorisation)
    L'installation de Belu-Simion Fainaru au pavillon israélien de la Biennale Art de Venise 2026 le 11 mai 2026. (Autorisation)
  • L'installation de Belu-Simion Fainaru au pavillon israélien de la Biennale d'Art de Venise 2026 le 11 mai 2026. (Autorisation)
    L'installation de Belu-Simion Fainaru au pavillon israélien de la Biennale d'Art de Venise 2026 le 11 mai 2026. (Autorisation)
  • Une installation exposée à l'intérieur du pavillon israélien à la Biennale d'art de Venise 2026, à Venise, en Italie, le 5 mai 2026. (Photo AP/Luca Bruno)
    Une installation exposée à l'intérieur du pavillon israélien à la Biennale d'art de Venise 2026, à Venise, en Italie, le 5 mai 2026. (Photo AP/Luca Bruno)
  • Un cadenas portant des inscriptions est suspendu à des tuyaux à l'intérieur du pavillon israélien. Il s'agit de l'oeuvre
 « Rose du néant » de Belu-Simion Fainaru, vu lors d'une avant-première de la 61e Exposition internationale d'art, la Biennale de Venise, à Venise, le 5 mai 2026. (Photo AP/Luca Bruno)
    Un cadenas portant des inscriptions est suspendu à des tuyaux à l'intérieur du pavillon israélien. Il s'agit de l'oeuvre « Rose du néant » de Belu-Simion Fainaru, vu lors d'une avant-première de la 61e Exposition internationale d'art, la Biennale de Venise, à Venise, le 5 mai 2026. (Photo AP/Luca Bruno)

Malgré les critiques virulentes contre la participation d’Israël à la 61e Biennale d’art contemporain de Venise, qui ont culminé avec la démission des membres du jury, l’artiste Belu-Simion Fainaru a pu accueillir le public, dimanche, au cœur du pavillon israélien.

« Le pavillon d’Israël est plein de visiteurs », explique Fainaru au Times of Israel. « Les gens semblent apprécier ; ça leur parle. »

À l’intérieur du pavillon israélien, Fainaru a créé une installation avec de l’eau qui coule de tuyaux d’arrosage — ceux inventés par Rafi Mehudar, de la société de technologie de l’eau Netafim, pour les besoins de l’agriculture dans le désert – et se déverse dans une piscine.

Le cycle complet dure 42 secondes, précise Fainaru, un symbole des pouvoirs créatifs divins du mysticisme juif.

Cette installation israélienne, intitulée « Rose du néant », comprend par ailleurs des cadenas sur lesquels sont gravés des commandements, tels « Aime ton prochain comme toi-même » ou « Tout ira bien ».

L’artiste a également disposé des mezouzas — ces rouleaux juifs sacrés contenant des versets manuscrits en hébreu de la Torah, fixés sur les montants des maisons juives, signes de la présence de Dieu — sur les portes du pavillon, à l’intérieur du complexe de l’Arsenale, vieux de 500 ans.

L’un des rouleaux de mezouzah est fixé sur une porte à l’intérieur du pavillon israélien à la Biennale d’art de Venise 2026, le 11 mai 2026. (Autorisation)

« Certains visiteurs entrent et embrassent la mezouza », souligne Fainaru en évoquant une ancienne coutume juive. « Ils ne s’attendent pas à voir une mezouza. »

Il ajoute que d’autres artistes qui exposent à la Biennale sont venus au pavillon pour l’accueillir et lui dire qu’ils sont juifs.

« Tous parlent de leur identité. Ce n’est pas une chose à laquelle je suis habitué, mais il est important que les gens le fassent, de nos jours », estime Fainaru.

La semaine dernière, quelque 2 000 manifestants pro-palestiniens et anti-Israël ont organisé une marche qui a tenté à un moment donné de se diriger vers le pavillon de l’Arsenale et s’est brièvement confronté aux services de police.

Des militants pro-palestiniens organisent une manifestation contre la participation d’Israël à la Biennale d’art de Venise, devant le pavillon israélien, le 6 mai 2026 à Venise. (Crédit :: Marco BERTORELLO / AFP)

Mais lorsque le pavillon a ouvert ses portes au public, samedi, les visiteurs faisaient la queue pour entrer, rappelle Fainaru.

« Le public s’intéresse à notre travail et c’est tout », dit-il. « Tout le bruit qu’il y a autour, c’est la politique et les médias qui le font. Le public, lui, vient pour l’art. »

La Biennale de Venise est une organisation culturelle internationale fondée en 1895 qui organise de grands festivals culturels et des expositions phares d’art et d’architecture tous les deux ans.

Les pays participants installent des pavillons à Venise, et la Biennale attire généralement plus de 600 000 visiteurs tout au long de ses sept mois d’exposition. La Biennale de cette année a ouvert ses portes au public le 9 mai dernier.

Ce n’est pas la première fois que Fainaru expose à une Biennale. Il avait en effet déjà participé à l’édition 2019 sous les couleurs de la Roumanie, le pays où il est né.

Le sculpteur, qui est lauréat du prix Israël et professeur d’architecture à l’Université de Haïfa, a par ailleurs exposé une sélection d’œuvres israéliennes à la Biennale internationale de La Havane en janvier dernier, malgré l’absence de relations formelles entre Israël et Cuba.

« Cela n’a rien d’évident », avait déclaré Fainaru à l’époque.

« Traffic Light for Love », une œuvre de l’artiste et commissaire Belu-Simion Fainaru à la 40e Biennale de La Havane, jusqu’en février 2025 (Avec l’aimable autorisation de Belu-Simion Fainaru)

Fainaru et la commissaire Avital Bar-Shay, sa compagne dans la vie, sont par ailleurs les créateurs de la Biennale méditerranéenne, une exposition d’art organisée la plupart du temps dans le nord d’Israël.

« Les Biennales étaient autrefois axées sur l’amour de l’art, maintenant c’est devenu de la politique — des combats politiques, des intérêts politiques, une question de géopolitique plus que d’art. Si cela continue ainsi, l’art va devenir autre chose — pas un lieu de liberté, d’expression et de créativité, mais un environnement violent », estime-t-il.

Du haut de ses 66 ans, l’artiste avoue qu’il ne s’attendait pas à un tel niveau de protestation lors de cette Biennale.

« La direction n’est pas moins surprise que moi, et ils ne savent pas comment le gérer », souffle-t-il.

La commissaire Avital Bar-Ishay et l’artiste Belu-Simion Fainaru dans le pavillon israélien de la Biennale d’art de Venise 2026, le 11 mai 2026. (Autorisation)

Avant sa démission, le jury avait déclaré qu’il n’attribuerait pas de prix aux pays dont les dirigeants faisaient l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI).

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine font tous deux face à de telles accusations.

Faute de jury, ce sont les visiteurs de la Biennale qui choisiront deux lauréats, celui du meilleur participant national et celui du meilleur participant principal du salon. Les deux récompenses seront remises le 22 novembre prochain, jour de clôture de la Biennale.

Fainaru dit avoir été contacté par le président de la Biennale pour rencontrer des élus italiens.

« Ils m’ont proposé leur aide, sont venus à mon pavillon, sont venus physiquement me soutenir », dit Fainaru.

L’installation de Belu-Simion Fainaru au pavillon israélien de la Biennale Art de Venise 2026 le 11 mai 2026. (Autorisation)

Fainaru dit par ailleurs avoir reçu le soutien de Cubains lors de cette Biennale, ainsi que de visiteurs iraniens et libanais, malgré les cessez-le-feu fragiles suite à la récente guerre contre l’Iran et son allié, le Hezbollah, au Liban.

« Les Iraniens ont été les premiers à venir au pavillon d’Israël, puis les Libanais ; ils m’ont proposé de venir à Beyrouth », explique-t-il. « Je leur ai dit que c’était à une heure et demie de Haïfa en voiture. »

Tout cela prouve qu’il y a de la place pour l’art et les relations de personne à personne, conclut Fainaru.

« Je ne fais pas de politique ; je suis venu en ma qualité d’artiste », ajoute-t-il. « Comme tous les autres artistes. »

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