A Tel Aviv, des femmes iraniennes, afghanes et d’autres pays appellent au changement
Des responsables israéliennes, émiraties, saoudiennes, libanaises et d'autres pays participent au 1er sommet Women Champions for Change consacré au progrès régional
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Trente femmes leaders, originaires de/ayant des racines au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, se sont réunies à Tel Aviv la semaine dernière pour évoquer une collaboration en faveur du changement social, offrant ainsi une forme plus discrète de dialogue régional dans un contexte dominé par les gros titres sur la guerre et les divisions diplomatiques.
Ce sont des femmes israéliennes, libanaises, iraniennes, tunisiennes, saoudiennes, afghanes, marocaines, émiraties et irakiennes, dont plusieurs vivent aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, qui ont ainsi participé au tout premier sommet Women Champions for Change, un sommet de plusieurs jours qui s’est achevé jeudi au Centre Peres pour la paix et l’innovation, à Jaffa.
« La voie la plus rapide pour faire évoluer le Moyen-Orient est de mobiliser les femmes de cette région », a déclaré la co-dirigeante Stav Bar-Shany, soulignant que les femmes savent apporter empathie et authenticité dans des domaines où la diplomatie traditionnelle peine à s’imposer.
Cette initiative, fondée par l’entrepreneur social Danny Hakim, a réuni des militantes, des entrepreneuses sociales, des sportives, des cheffes d’entreprise et des diplomates provenant de toute la région, avec un accent mis sur le leadership local au sein de la société civile.
L’objectif de ce sommet était de créer une plateforme permettant de favoriser les liens transfrontaliers et de mettre en avant le rôle des femmes dans la conduite du changement social, même en période de conflit politique et militaire. Les participantes se sont ainsi réunies pour échanger au sujet des défis communs, et pour réfléchir aux possibles collaboration.
Nazanin Afshin-Jam Mackay, une participante au sommet originaire d’Iran, a indiqué au Times of Israel que « les conflits qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient sont très majoritairement conduits et négociés par des hommes. Depuis le 7 octobre, aucune femme n’a pris place à la table des négociations pour tenter de mettre un terme à la guerre ».
Le sommet s’est principalement concentré sur les ambitions régionales plus larges et sur la collaboration transfrontalière, incluant notamment l’extension des accords de normalisation. Le bilan de la guerre en cours entre Israël et le Hamas a été évoqué en termes généraux, et peu de références ont été faites à Gaza ou aux Palestiniens.
Certaines participantes, parmi lesquelles des intervenantes, se sont identifiées comme citoyennes palestiniennes d’Israël. Une Palestinienne de Jérusalem-Est était notamment présente, ainsi que Hanan Abu Quedar, une leader bédouine dans les domaines du sport et du changement social, originaire de Khan Younès, à Gaza et résidant en Israël. Aucune femme palestinienne vivant à Gaza ou en Cisjordanie n’était en revanche sur place, et la question de leur absence n’a pas été explicitement abordée.
Les discussions ont porté sur des points de consensus, parmi lesquels le manque de femmes à des postes de direction dans la région, un manque que les participants ont directement lié aux conflits et à la violence actuelles.
Organisé avec le soutien du Centre Peres, de l’Abraham Women’s Alliance et de MENA2050, ce sommet a marqué le cinquième anniversaire de la signature des Accords d’Abraham. Les intervenantes ont évoqué l’impact de ces accords signés en 2020 sur la région, ainsi que l’espoir d’un renforcement des liens à l’avenir.
Dans son discours, Afshin-Jam Mackay a exprimé son espoir de voir un jour la chute du régime islamique et la normalisation des relations entre l’Iran et Israël.
« Je suis impatiente de découvrir les projets novateurs que nous pourrons réaliser ensemble. Peut-être même pourrons-nous étendre les Accords d’Abraham à l’Iran grâce aux ‘Accords de Cyrus’ ! », a-t-elle déclaré sous un tonnerre d’applaudissements.
Née en Iran, Afshin-Jan Mackay a fui avec sa famille au Canada après que son père a été torturé et presque exécuté par les Gardiens de la révolution islamique.
Elle a été visée par des menaces de mort en raison de son activisme contre le régime. Elle avait notamment réussi à faire pression sur le gouvernement canadien afin qu’il ferme l’ambassade iranienne en 2012 et inscrive le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur la liste des entités terroristes en 2024.
Pour Shirin Taber, cofondatrice de l’Abraham Women’s Alliance, « cette collaboration souligne la force d’un rassemblement de leaders issus de traditions culturelles et religieuses diverses, même en période de conflit, quand il s’agit de favoriser la réconciliation, de stimuler l’innovation et de jeter les bases d’une société inclusive et pacifique au Moyen-Orient pour les générations à venir ».
L’organisation de ce sommet en Israël a fourni un autre sujet d’étonnement, compte tenu de la guerre en cours à Gaza, de l’hostilité régionale accrue envers Jérusalem, ainsi que de la réticence de nombreux États arabes à être publiquement associés à de tels événements.
« Il est absolument remarquable que certaines de ces candidates aient réussi à rejoindre Israël malgré les obstacles », a souligné Hakim dans son discours. « Votre présence ici est en soi un acte de courage et d’engagement, qui nous apporte à tous de la lumière. »
Les participantes ont reconnu que, dans leur décision de venir, elles s’étaient montrées déterminées face aux risques.
« Pour avoir osé venir en Israël, j’ai essuyé beaucoup de critiques, de colère et de résistance, de la part de ma propre communauté afghane et de celle de mes amis », a confié Mariya Goodbrake, qui a participé au sommet et animé l’événement.
Goodbrake, fondatrice et directrice de Global FC, a fui son Afghanistan natal avec sa famille pendant l’invasion soviétique. Elle a ensuite immigré au Canada, puis aux États-Unis.
Afshin-Jam Mackay, qui se consacre avant tout au mouvement pour les droits de l’Homme et la démocratie en Iran, a toutefois indiqué : « Le conflit entre Israël et la Palestine me tient particulièrement à cœur. Il nous affecte tous profondément ».
« Je ne voulais pas n’être qu’une observatrice passive. Je voulais explorer des idées susceptibles d’apporter plus de stabilité à la région, des idées qui pourraient permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre sans crainte et sans privation », a-t-elle ajouté.
Venir en Israël dans le contexte actuel a été « un risque que moi-même et d’autres avons été prêtes à prendre, pour pouvoir élaborer des moyens créatifs et novateurs pour favoriser la collaboration interculturelle, celle qui promeut la paix et l’unité », a-t-elle poursuivi.
Pour beaucoup, cette initiative est une source d’espoir dans une période extrêmement sombre.
« Alors que les canons grondent, alors que la guerre continue de faire des victimes et d’aggraver les divisions dans notre région, nous choisissons de nous rassembler et de parler d’espoir », a martelé Tamar Hay, directrice générale adjointe du Centre Peres.
« Shimon Peres rêvait d’un Moyen-Orient nouveau, fondé sur la coopération, l’innovation et la prospérité partagée », a-t-elle ajouté. « Les femmes réunies ici ne se contentent pas de partager ce rêve, elles le réalisent. »
Ce sommet s’est conclu sans annonce publique majeure ni déclaration commune, un choix en partie délibéré. Selon les organisateurs, en effet, le simple fait de se réunir au-delà des frontières pouvait être en soi considéré comme le résultat le plus important.
la Communauté du Times of Israël !







