A Tel-Aviv, quand une manifestation anti-guerre se termine dans un abri
Le police n'avait autorisé qu'une mobilisation limitée à 150 personnes, au nom de mesures de sécurité liées à la guerre, et a commencé rapidement à tenter de disperser les manifestants
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Plus sûrement que la police israélienne, ce sont finalement les sirènes d’alerte qui ont mis fin samedi soir à une manifestation anti-guerre organisée à Tel-Aviv. « Paradoxal et triste », résumait un protestataire.
La scène était surréaliste : après près d’une heure de jeu de chat et de la souris entre manifestants et forces de sécurité israéliennes, tous, y compris des chevaux des policiers, se sont retrouvés dans l’immense parking servant d’abri, en attendant la fin de l’alerte signalant un tir du Yémen vers Israël.
Avant la sirène, plus d’un millier de personnes avait manifesté sur la place Habima de Tel-Aviv pour crier « arrêtez les guerres sans fin ! » et dénoncer le « cycle de violences et de conflits » dans lequel est plongé le pays depuis le pogrom du 7 octobre 2023.
Et depuis l’attaque lancée fin février par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran, le Moyen Orient est plongé dans la guerre. Israël est aussi engagé sur un autre front, au Liban, contre le Hezbollah libanais allié de Téhéran.
« Nous sommes ici pour demander la fin de la guerre en Iran, de la guerre au Liban, de la guerre à Gaza qui continue, et la fin des pogroms en Cisjordanie », où se multiplient les attaques de radicaux juifs contre des Palestiniens, a résumé à l’AFP Alon-Lee Green, co-directeur de Standing Together, un groupe israélo-palestinien qui a organisé la manifestation.
Il s’est félicité d’un nombre croissant de manifestants, – plus d’un millier selon lui contre 3 à 400 samedi dernier -, estimant que le mouvement anti-guerre grandissait à travers le pays.
La majorité de la population continue à soutenir très majoritairement la guerre contre l’Iran lancée fin février par Israël et les Etats-Unis.
« Démocratie ! »
« Ne bombardez pas ! Discutez ! », « Fin des conneries de Bibi » (surnom du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ndlr), proclamaient des pancartes brandies dans la foule réunie sur la place Habima, au coeur de Tel-Aviv.
Le police n’avait autorisé qu’une mobilisation limitée à 150 personnes, au nom de mesures de sécurité liées à la guerre, et a commencé rapidement à tenter de disperser les manifestants.
« Fascistes ! » criaient certains. « Démocratie ! Démocratie ! » scandaient d’autres.
Une dizaine de personnes ont été interpellées et embarquées dans un bus, a constaté l’AFP.
Cependant, si les protestataires se félicitent d’être de plus en plus nombreux au fil des manifestations hebdomadaires, l’humeur reste majoritairement pessimiste chez les anti-guerre.
« Ça fait des années que je manifeste et que je vois la descente aux enfers de ce pays », soupire Edouard (qui n’a pas donné son nom de famille), un Franco-israélien, en estimant que ses compatriotes sont victimes d’un « lavage de cerveau ».
Il demande des « sanctions » de la part des pays européens. « Je suis israélien, j’en paierai le prix, mais je pense que c’est la chose à faire », ajoute-t-il.
Dori Parnes, un musicien d’une cinquantaine d’années, se montre lui aussi pessimiste. « Il n’y a pas d’avenir pour Israël s’il n’y a juste que la guerre et le sang. Pas d’avenir », répète-t-il.
Quant à Michal, une pédiatre de 47 ans, elle se désespère de voir un mouvement « encore très limité » malgré des conditions de vie de plus en plus dures sous les bombes.
« Je ne sais pas. Les gens se sont habitués, ils sont indifférents, fatigués, effrayés », estime-t-elle avec amertume.
Dans une déclaration vidéo diffusée samedi soir, M. Netanyahu a promis de poursuivre la campagne militaire contre l’Iran.
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