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Appels à bannir le gazon synthétique, les sols en caoutchouc et les pneus des espaces publics

Des organisations invoquent des recherches et l'interdiction de l'UE prévue pour 2031 pour améliorer les espaces publics

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Une grande surface de gazon synthétique au parc Meir, à Tel Aviv. (Crédit : Adam Teva V'Din)
Une grande surface de gazon synthétique au parc Meir, à Tel Aviv. (Crédit : Adam Teva V'Din)

À l’approche de la rentrée scolaire, trois organisations de défense de l’environnement, dont le Forum présidentiel sur le climat, ont appelé lundi les ministères à collaborer pour interdire le gazon synthétique, les revêtements en caoutchouc et les pneus recyclés dans les établissements scolaires, les aires de jeux et les parcs, mettant en garde contre leur caractère toxique, voire cancérigène.

Le Forum présidentiel sur le climat, l’organisation de défense de l’environnement Adam Teva V’Din et le Green Network (Réseau vert) ont écrit aux ministères de l’Éducation, de l’Économie, de l’Intérieur, de la Santé et de la Protection de l’environnement, ainsi qu’à l’Institut de normalisation, soulignant que les régulateurs et les autorités locales du monde entier interdisaient ou restreignaient déjà l’utilisation de ces matériaux.

D’abord connu sous le nom d’Astroturf après son installation en 1966 dans le Houston Astrodome, le gazon synthétique est aujourd’hui largement utilisé dans le monde entier, pour réduire la consommation d’eau et les coûts d’entretien du gazon naturel.

Les surfaces en caoutchouc ont remplacé le sable dans les aires de jeux, et les vieux pneus ont été « recyclés », servant désormais de jardinières et d’équipements de jeux afin de diminuer la quantité de déchets envoyés en décharge.

Ce sont les produits chimiques présents dans les pneus ainsi que dans les pneus déchiquetés utilisés comme rembourrage dans le gazon synthétique et les revêtements en caoutchouc qui suscitent une polémique croissante.

Parmi les nombreuses études menées ces dernières années, les trois organisations ont choisi de citer un document de synthèse publié en mai dernier par la faculté de médecine de l’hôpital Mount Sinai aux États-Unis, ainsi qu’une étude israélienne de 2021 consacrée aux substances chimiques dangereuses présentes dans les revêtements en caoutchouc des aires de jeux de huit villes israéliennes.

Gazon artificiel avec remplissage en granulés de caoutchouc. (Crédit : Drguttorm, CC BY 2.5, Wikimedia. Commons)

Elles ont toutefois constaté que, malgré ces résultats, il n’existait aucune interdiction ni restriction explicite concernant l’utilisation de gazon synthétique ou de granulés de caoutchouc en Israël, certaines directives du ministère de l’Éducation étant contradictoires.

Le document de synthèse du Children’s Environmental Health Center of the Icahn School of Medicine de l’hôpital Mount Sinai mentionne des études ayant mis en évidence la présence de substances chimiques cancérigènes et neurotoxiques connues, notamment le benzène et le plomb, dans le gazon synthétique fabriqué à partir de pneus recyclés ainsi que dans certains matériaux alternatifs.

Parmi les matières dangereuses, le document a relevé la présence de produits chimiques de la famille des PFAS dans les fibres d’herbe et les surfaces en gazon synthétique. Les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées ), connues sous le nom de « polluants éternels » en raison de leur longue persistance dans l’organisme et l’environnement, ont été associées au cancer, à la toxicité du système nerveux, aux maladies cardiovasculaires, aux maladies thyroïdiennes, etc.

Le document de synthèse du Mount Sinai indique qu’après avoir constaté « d’importantes lacunes dans les preuves à l’appui de l’innocuité des produits en gazon synthétique », il « déconseille fortement » l’utilisation de tels produits en raison des incertitudes entourant leur sécurité ainsi que du « risque d’exposition à des températures dangereuses et à des produits chimiques ».

Des enfants jouent à genoux sur du gazon artificiel. (Crédit : Inbal Ben Ari)

L’étude israélienne a souligné que du plomb et d’autres métaux lourds pourraient avoir été ajoutés intentionnellement aux produits  composant les gazons synthétiques afin que ceux-ci conservent leur couleur au fil du temps.

Elle a ainsi constaté la présence de quantités de métaux supérieures aux normes internationales dans 72 % des échantillons prélevés. Elle a également indiqué que le climat chaud d’Israël pouvait contribuer à la dégradation relativement rapide des substances dangereuses, ainsi qu’à leur infiltration dans l’environnement.

Toutes ces conclusions, selon la lettre des trois organisations, concordaient avec les publications de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) et de l’Institut néerlandais pour la santé publique et l’environnement, qui ont également découvert des substances chimiques dans le gazon synthétique.

« Les enfants sont exposés à ces produits chimiques de différentes façons, notamment par ingestion, inhalation, absorption cutanée ou par des plaies ouvertes », poursuit la lettre. « Les enfants, en particulier les plus jeunes, mettent leurs mains et différents objets dans leur bouche, ce qui augmente encore leur exposition. Ils se blessent également plus que les adultes… » Leurs caractéristiques physiologiques exposent de surcroît les enfants à un risque accru, précise la lettre, car d’une part ils respirent plus rapidement que les adultes et inhalent donc plus de produits chimiques, et d’autre part ils transpirent moins que les adultes, ce qui signifie qu’ils éliminent moins de toxines. Les dommages chimiques dans l’organisme se poursuivent jusqu’à l’adolescence, période de développement des systèmes reproducteur et nerveux, ont-ils ajouté.

Terrain de football en gazon artificiel (à gauche) avec du caoutchouc de pneus broyé utilisé pour l’amorti, microplastiques (à droite) provenant du même terrain, emportés par la pluie et retrouvés dans la nature près d’un ruisseau. (Crédit : Soleincitta, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

La lettre attire également l’attention sur le coût environnemental de ces matériaux. Le gazon synthétique, dérivé du plastique, libère non seulement des produits chimiques dangereux dans le sol et dans les nappes phréatiques, mais se décompose également en microplastiques et nanoplastiques, qui polluent l’environnement et pénètrent dans le corps des êtres humains et des animaux.

Une étude (non mentionnée dans la lettre) a révélé que le remplissage en « granulés de caoutchouc » des terrains en gazon artificiel représentait environ 38 % des microplastiques présents dans l’environnement européen provenant de produits « ajoutés intentionnellement ».

La lettre des organisations affirme ensuite que, contrairement à la végétation naturelle qui contribue à réduire la chaleur, le gazon synthétique produit l’effet inverse. Sa fabrication émet des gaz à effet de serre, le gazon lui-même chauffe davantage que son environnement, et le produit entier termine dans une décharge.

Les auteurs recommandent d’utiliser plutôt des matériaux naturels tels que la fibre de coco, le liège et le sable.

Une aire de jeux avec un sol en caoutchouc à Tel Aviv. (Crédit : Adam Teva V’Din)

En 2023, l’Union européenne a adopté un règlement interdisant la vente de produits contenant « des microplastiques ajoutés intentionnellement », incluant « le remplissage de gazon artificiel à l’aide de granulés ». Cette règle entrera en vigueur en 2031. Les villes américaines commencent aussi à suivre ce mouvement. En janvier 2024, à Millbrae, en Californie, une ordonnance est entrée en vigueur, interdisant l’installation de nouveau gazon synthétique et exigeant l’enlèvement du gazon artificiel existant ainsi que son remplacement par un aménagement naturel dès que des signes d’usure apparaissent ou si le gazon ne permet pas le drainage pendant les tempêtes.

En janvier, le Conseil de la ville de Kfar Saba, dans le centre d’Israël, a adopté un règlement interdisant l’utilisation de gazon synthétique dans tous les espaces publics et établissements d’enseignement.

La lettre détaille les mesures que chaque ministère et l’Institut israélien de normalisation devraient prendre pour éliminer ces matériaux, de la mise à jour des normes et directives au remplacement des surfaces existantes par des revêtements naturels uniquement.

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