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Après la déclaration de l’état de famine à Gaza, les Palestiniens craignent qu’il soit « trop tard »

Selon un médecin américain travaillant dans la ville de Gaza, la déclaration de famine est une question d'experts mais il y a bien "perte de poids, complications postopératoires et faim"

Un garçon palestinien tend une casserole vide devant le stand d'une organisation caritativedans l'espoir d'avoir du riz cuit, dans la ville de Gaza, le 23 août 2025. (Omar AL-QATTAA / AFP)
Un garçon palestinien tend une casserole vide devant le stand d'une organisation caritativedans l'espoir d'avoir du riz cuit, dans la ville de Gaza, le 23 août 2025. (Omar AL-QATTAA / AFP)

Des Palestiniens désespérés, casseroles et seaux en plastique en main, affluent en masse dans cette cuisine caritative de la ville de Gaza, samedi, pour tenter de s’y procurer du riz au lendemain de la déclaration, par les les Nations Unies, de l’état de famine dans certaines parties de ce territoire en proie à la guerre – ce qu’Israël nie avec véhémence.

Vendredi, le système intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) des Nations Unies a officiellement déclaré l’état de famine dans certaines parties de la bande de Gaza, affirmant que près d’un quart des deux millions d’habitants de l’enclave en souffraient et que ce nombre était susceptible d’augmenter d’ici fin septembre.

Israël a rapidement démenti cette information, selon lui adossé à des sources du Hamas, et reproché au système d’avoir « contourné ses propres règles » en déclarant l’état de famine. Il s’agit, selon les autorités israéliennes, d’un. « mensonge pur et simple » et d’une forme « moderne de diffamation ».

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas et dont les chiffres ne peuvent être vérifiés et ne font pas le distinguo entre hommes armés et civils, dans les 24 heures qui ont suivi l’annonce de l’ONU, huit personnes à Gaza sont mortes dsuite à des complications liées à la malnutrition. Selon ce ministère, le bilan humain, dans ces circonstances, est de 281 depuis le début de la guerre.

Israël rejette catégoriquement de tels chiffres et estime que nombre de ces morts avaient par ailleurs d’autres pathologies, ce qui en fait selon lui « une campagne orchestrée » par le Hamas pour discréditer Israël.

À Gaza, une Palestinienne a déclaré que la déclaration par l’ONU de l’état de famine était arrivée « beaucoup trop tard ».

Une Palestinienne se couvre la tête avec une casserole vide pour se protéger du soleil, alors qu’elle attend avec d’autres de se procurer du riz cuit, devant une cuisine caritative dans la ville de Gaza, le 23 août 2025. (Omar AL-QATTAA / AFP)

Les enfants « titubent, pris de vertiges ou sont somnolents à cause du manque de nourriture et d’eau », confie Umm Mohammad, 34 ans, dans une cuisine caritative de Deir al-Balah.

Dans la ville de Gaza, dont Israël entend s’emparer dans le cadre d’une offensive militaire de grande ampleur, des images donnent à voir des femmes et de jeunes enfants pris dans des mouvements de foule de dizaines de personnes venues se procurer des vivres.

« Nous n’avons plus de maison, pas de nourriture, pas de revenus… nous n’avons d’autre choix que de nous tourner vers des cuisines caritatives, mais cela ne suffit pas à faire disparaitre la faim », explique Yousef Hamad, 58 ans, déplacé de la ville de Beit Hanoun, dans le nord du pays.

« Nous mourons de faim. Nous mangeons une seule fois par jour. Est-il possible que nous souffrions encore plus de la faim qu’en ce moment ? Il n’y a plus rien », se désole Dalia Shamali, dont la famille a été déplacée à plusieurs reprises de chez elle à la ville voisine de Shejaiya.

Elle explique que ces deux dernières années, ils ont dépensé quasiment tout l’argent qu’ils avaient pour aller d’un endroit de Gaza à une autre au gré des ordres d’évacuation de l’armée israélienne. Depuis qu’Israël a récemment autorisé l’entrée de davantage de vivres, les prix de la farine et d’autres produits de première nécessité a baissé, mais la famille ne peut toujours pas se le permettre, regrette Shamali.

Des femmes et des filles palestiniennes tendent des casseroles vides pour se procurer du riz cuit préparé par la cuisine caritative de la ville de Gaza, le 23 août 2025. (Omar AL-QATTAA / AFP)

Un chirurgien américain parle de scènes « très dures »

Dans la ville de Gaza, un chirurgien américain qui travaille dans un hôpital parle du désespoir qu’il perçoit depuis son arrivée dans la bande de Gaza en début de mois.

« Le niveau de faim est ce qu’il y a de plus dur. Vous savez, nous avions déjà eu des cas de malnutrition auparavant, en novembre dernier ; cela commençait tout juste. Mais aujourd’hui, cela dépasse l’entendement », confie Mohammed Adeel Khaleel, chirurgien spécialiste de la colonne vertébrale venu du Texas pour son troisième séjour bénévole à Gaza.

Peu de temps après son arrivée à l’hôpital, un jeune homme de 17 ans y a été admis pour des blessures par balle aux deux jambes et à une main, infligées alors qu’il allait chercher des vivres dans un centre de distribution.

Aux urgences, Khaleel n’a pas pu s’empêcher de remarquer les côtes saillantes de cet adolescent au torse émacié, signe de malnutrition sévère. Lorsque les médecins de l’hôpital Al-Ahli ont stabilisé le patient, il a soulevé sa main bandée et il a fait un signe en direction de sa bouche vide, rappelle Khaleel.

Des Palestiniens transportent des sacs de farine déchargés d’un convoi d’aide humanitaire dans les environs de Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 23 août 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Selon Khaleel, les signes de privation sont patents. Il préfère toutefois laisser à ceux dont c’est la spécialité le soin de dire précisément ce qu’est une famine.

« Nous constatons des perte de poids, des complications postopératoires et la faim. Je ne serais pas surpris qu’il y ait une famine », ajoute Khaleel, venu à Gaza en qualité de bénévole indépendant par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale de la santé.

Il sait ce qu’il voit depuis trois semaines qu’il prend en charge des patients à Gaza – la plupart du temps à l’hôpital de Gaza City. Lorsque les soignants retirent les vêtements des patients pour s’occuper de leurs blessures, ils ne cessent de voir la perte de muscle et de graisse causée par la faim, qui fait saillir les os sous la peau.

« Certains patients n’ont plus que la peau sur les eaux et des membres très amaigris », ajoute-t-il. « On voit bien qu’ils ont accès à très peu de calories. »

Islam Qudeih tient dans ses bras sa fille âgée de 2 ans, Shamm, souffrant de malnutrition sévère, à l’hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 août 2025. (AP Photo/Mariam Dagga, fichier)

En début de semaine, à l’hôpital Shifa de la ville de Gaza, le directeur de la nutrition, le Dr Mohammad Kuheil, a conduit un journaliste au chevet d’une jeune fille très amaigrie. Aya Sbeteh, 15 ans, a été blessée lors d’une frappe aérienne et sa guérison est retardée par sa faiblesse, due au manque de nourriture. D’après ses proches, elle aurait perdu plus d’un tiers de son poids.

« Tout ce que nous avons, ce sont des céréales, des lentilles, et encore, pas toujours », explique son père, Yousef Sbeteh, 44 ans. « Même la farine est devenue inabordable. »

Un autre patient, Karam Akoumeh, git, les joues creuses, sa peau fine tendue comme une pellicule plastique sur sa cage thoracique. Ses intestins ont été gravement endommagés lorsqu’on lui a tiré dessus alors qu’il tentait de se procurer de la farine, expliquent ses proches, ce qui a mis à rude épreuve son système digestif et ce qui nécessite l’administration de compléments nutritionnels en intraveineuse très difficiles à trouver.

Des personnes marchent avec des sacs d’aide humanitaire qui leur ont été remis dans un centre de distribution géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 août 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Selon l’ONU, un millier de Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens en tentant de se procurer de l’aide humanitaire ces derniers mois, ce qu’Israël conteste, ajoutant tirer des coups de semonce si et seulement si les foules s’approchent trop des soldats.

Le père d’Akoumeh, Atef, explique qu’à cause de la faim et faute de compléments alimentaires appropriés, son fils Karam est passé de 62 à 35 kilos.

« J’ai demandé dans tous les hôpitaux de Gaza mais je n’ai trouvé ces compléments nulle part », ajoute-t-il.

« Il n’y a pas de sources de protéines, seulement des protéines végétales issues de légumineuses. Il n’y a ni viande ni poulet. Pas plus que de produits laitiers ou de fruits », explique Kuheil, le médecin en charge de la nutrition à Shifa.

Plus tôt cette semaine, Israël a conseillé les installations médicales du nord de Gaza de se préparer à une évacuation massive avant son offensive militaire pour s’emparer de la ville de Gaza. Samedi, un grand hôpital du sud de la bande a commencé à travailler à sa réouverture, après des mois de fermeture en raison des interventions de Tsahal.

Selon Tsahal, les autorités médicales de Gaza ont été informées que « les infrastructures hospitalières du sud de la bande de Gaza étaient en cours de travaux pour pouvoir prendre en charge les malades et blessés, sans compter l’augmentation des quantités de matériel médical, conformément aux demandes des ONG internationales ».

Des Palestiniens transportent leurs affaires sur une charrette tirée par un âne alors qu’ils fuient le quartier d’Abu Iskandar, dans le nord de la ville de Gaza, le 22 août 2025. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

Ce projet d’intervention militaire suscite un véritable tollé international, gouvernements et ONG humanitaires mettant en garde contre les conséquences désastreuses pour les civils de Gaza déjà en proie à une malnutrition généralisée aggravée depuis maintenant 22 mois suite à une guerre déclenchée par l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 62 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats dans la bande de Gaza, sans que ce bilan puisse être vérifié ou fasse le distinguo entre civils et hommes armés. Israël revendique pour sa part la mort de 20 000 hommes armés lors des combats sans compter les 1 600 terroristes tués en territoire israélien lors du pogrom du 7 octobre.

Israël assure faire en sorte de limiter les pertes civiles et rappelle que le Hamas utilise les civils de Gaza comme des boucliers humains en combattant depuis des zones civiles -maisons, hôpitaux, écoles et mosquées.

Côté israélien, le bilan humain de la guerre contre le Hamas à Gaza et dans les opérations militaires le long de la frontière avec l’enclave s’élève à 460.

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