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Après une semaine de cessez-le-feu avec l’Iran, des Israéliens se confient

Le retour au travail, après des semaines de ruées incessantes aux abris, n'efface pas les doutes au sujet du conflit et du fort risque de reprise des hostilités

Les gens font leurs achats au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 15 avril 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)
Les gens font leurs achats au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 15 avril 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

JTA — Une semaine après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu avec l’Iran, auquel s’est très récemment ajouté le cessez-le-feu avec son supplétif libanais du Hezbollah, les Israéliens ont retrouvé une vie à peu près normale — du moins en apparence.

« Est-ce que quelqu’un d’autre a du mal à accepter le fait qu’avec le cessez-le-feu, on soit supposé retourner travailler comme si de rien n’était ? » a écrit une mère dans un groupe Facebook destiné aux parents qui travaillent.

Elle a évoqué des semaines de sommeil entrecoupé de sirènes et de travail à domicile tout en s’occupant des enfants – suite à quoi on lui a dit de revenir immédiatement au bureau.

Les enfants aussi ont dû reprendre l’école quelques heures seulement après le début du cessez-le-feu, après des semaines sans cours émaillées de quelques cours en ligne. Les cafés et les plages se sont à nouveau remplis d’Israéliens apparemment insouciants, malgré les dégâts, visibles, des missiles iraniens.

Mais l’apparente résilience israélienne cache des sentiments plus sombres.

« Nous avons tous des frissons. TPSP. Nous allons avoir besoin de temps pour digérer toute cette folie. Le fait de ne pas savoir si on peut prendre une douche ou aller aux toilettes, cela n’a rien de normal », a répondu un parent dans le groupe Facebook, alors qu’un autre s’est interrogé : « Est-ce qu’on est censé faire comme si les six dernières semaines n’avaient jamais existé ? »

La conversation a pris par la suite une tournure plus pessimiste encore. « On ne pourrait pas avoir une journée au spa, tous frais payés, pendant que nos enfants sont à l’école, avant de retourner aux abris anti-aériens ? » a écrit un parent, tandis qu’un autre a ajouté : « J’essaie d’en faire autant que possible maintenant, avant que la guerre ne reprenne. »

Des civils et des forces de sécurité sur les lieux où une roquette tirée par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a frappé un parking, à Safed, le 10 avril 2026. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Ainsi va la vie des Israéliens. Ils sont soulagés de ne plus avoir à organiser leur vie autour de la proximité des abris et de ne plus avoir de restrictions en ce qui concerne les rassemblements. Dans l’ensemble, ils se réjouissent de ce retour à la normale.

Malgré tout, peu ressentent un sentiment de victoire ou d’équilibre – mais ils manifestent une forte angoisse face à l’avenir.

À juste titre. Alors que le président américain Donald Trump assure qu’il va parvenir à un accord avec l’Iran pour mettre fin à la guerre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu insiste pour reprendre les hostilités.

Les perspectives d’une réelle accalmie se désagrègent. Les projets de célébration de la fête de l’Indépendance, la semaine prochaine, sont ravivés avant d’être rapidement abandonnés dans plusieurs villes — non seulement dans le nord, où les tirs du Hezbollah ont continué jusqu’à l’entrée en vigueur effective d’un cessez-le-feu de 10 jours, vendredi matin, mais aussi dans des villes du sud comme Ashkelon.

Une femme pénètre dans un abri public alors que les sirènes avertissent de l’arrivée d’un missile tiré depuis l’Iran, à Ashkelon, le 28 février 2026. (Tsafrir Abayov/Flash90)

Les trois quarts des Israéliens pensent que les hostilités avec l’Iran vont reprendre d’ici l’année qui vient, selon un sondage de l’Institut d’études sur la sécurité nationale.

Pour un grand nombre d’Israéliens, la reprise des hostilités avec l’Iran est absolument nécessaire. Selon ce même sondage, 61 % des Israéliens sont contre le cessez-le-feu en vigueur et 76 % estiment que les négociations qui se tiennent ne permettront pas d’atteindre les objectifs déclarés de la guerre, notamment le démantèlement des missiles balistiques iraniens, l’arrêt de son programme nucléaire et la fin du régime des ayatollahs.

De grands panneaux d’affichage exprimant leur soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu et au président américain Trump, proclament : « Les experts parlent, les dirigeants agissent » en bordure de l’autoroute Ayalon, à Tel Aviv, le 13 avril 2026 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Selon un autre sondage de la chaîne publique Kan, un quart seulement des Israéliens estiment qu’Israël et les États-Unis ont gagné la guerre, contre 58 % qui pensent le contraire. Un troisième sondage, commandité par Agam Labs et l’Université hébraïque de Jérusalem, constate que les trois quarts des Israéliens estiment pour l’heure que la guerre est un échec et que le cessez-le-feu est une forme de concession des Etats-Unis envers l’Iran.

Pour les Israéliens, ce compromis est difficile à accepter.

Merav Leviten, qui travaille dans la Tech et qui a passé des semaines à courir avec ses enfants vers un abri public, explique que, tant que durait la guerre, elle pensait que tout cela mènerait à un résultat décisif.

« C’est une chose d’être dans un abri en se disant, ‘oh mon Dieu, ça en vaut la peine, le peuple iranien pourra être libre, je pourrai me rendre à Téhéran, il y aura un tout nouvel ordre des choses au Moyen-Orient’ », confie-t-elle. « Alors oui, bien sûr, cela signifie de passer du temps aux abris, de travailler plus mais tout cela dans un but important. Mais maintenant, quoi ? »

Des Israéliens participent à une manifestation contre les conflits et le gouvernement Netanyahu, à Tel-Aviv, le 11 avril 2026. (Flash90)

Paul Mirbach, fondateur du Kibboutz Tuval, dans le nord d’Israël, qu’il n’a pas quitté, explique que contrairement aux précédents cessez-le-feu, porteurs de soulagement, celui-ci lui fait se sentir « moins en sécurité et plus exposé » qu’avant le début de la guerre – signe d’une frustration très répandue chez les Israéliens qui ont enduré des semaines de difficultés de tous ordres et de pertes et qui se demandent maintenant ce qui a réellement été accompli.

Mirbach estime qu’une nouvelle confrontation avec l’Iran est inévitable, mais que Netanyahu presse de reprendre les hostilités par intérêt politique, dans l’espoir qu’une victoire militaire lui apporte un capital politique avant les élections. Ce faisant, ajoute-t-il, le gouvernement refuse de voir que la société israélienne est totalement épuisée et que le front intérieur n’est pas assez préparé.

« Nous avons besoin de temps pour récupérer et recharger nos batteries », dit-il en évoquant les réservistes épuisés, le moral en berne et les entreprises en difficulté après plus de deux années de guerre.

Des soldats israéliens le long de la frontière libanaise, le 10 avril 2026. (Ayal Margolin/Flash90)

« Ils se sont pris tout ce que nous avions sous la main et ils sont toujours debout », explique-t-il au sujet de l’Iran, avant d’ajouter que Téhéran semble moins inhibé que jamais et davantage capable, sans doute, d’infliger des dégâts, avec le risque de représailles suite à la mort de très hauts dignitaires, à commencer par l’ayatollah Ali Khamenei. Il estime par ailleurs que le fait que l’Iran perturbe le commerce mondial via le détroit d’Ormuz est le signe que la menace stratégique reste intacte.

D’autres se disent plus partagés. Robert Strazynski, un oleh américain qui gère un site Internet de poker en ligne, estime que la campagne militaire est à la fois justifiée et nécessaire, qu’Israël et les États-Unis ont marqué des points importants ces six dernières semaines et que cela faisait longtemps que l’on attendait de passer d’une posture réactive à une posture proactive, de façon à faire changer la trajectoire de la région. Il ajoute que cette campagne est « cruciale » pour faire face à une menace que l’on a laissé s’envenimer.

« Nous ne sommes pas bellicistes, mais si ceux qui veulent notre anéantissement ne nous laissent pas vivre en paix, nous prendrons notre destin en main pour gagner la paix, quitte à ce que ce soit selon la manière forte », souligne-t-il avant d’ajouter que le fait de mettre fin aux hostilités sans victoire décisive risque de fragiliser les acquis. Tout comme Mirbach, il pense que le cessez-le-feu ne fait que « repousser l’échéance ».

Quel que soit le pronostic sur la guerre actuelle ou les menaces qui pourraient venir d’Iran, il est évident que ces six semaines de combats et de perturbations compliquent le retour à la normale.

Des Iraniens brandissent des affiches lors d’un rassemblement pour la Journée de Qods, aussi connue sous le nom de Jour de Jérusalem, à Téhéran, le 13 mars 2026 (AFP)

Selon Cathy Lawi, spécialiste du traumatisme au sein de l’organisation EmotionAid, qui travaille avec les familles, le personnel médical et les premiers intervenants depuis le début de la guerre, les effets sont surtout physiologiques.

Après des semaines de sommeil perturbé, d’alertes incessantes et de menaces persistantes, le corps et notamment le système nerveux se maintiennent en état d’alerte, explique-t-elle, et ce alors même que la vie quotidienne reprend ses droits.

« Le stress s’accumule », assure-t-elle. « C’est extrêmement compliqué de revenir au calme après le danger. Nous restons constamment en état d’alerte. On s’habitue à ne pas savoir ce qui va se passer. »

L’unité néonatale d’un abri anti-aérien souterrain du Centre hospitalier Carmel, à Haïfa, dans le nord d’Israël ,le 9 avril 2026. (Marco Longari / AFP)

Mais par ailleurs, Lawi met en exergue la capacité des Israéliens à vivre sur des plans très différents. Quelques heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les cafés et bars de Tel Aviv et de Jérusalem s’étaient remplis, alors que les Israéliens se précipitaient pour reprendre une vie sociale — une capacité de rebond qu’elle qualifie de remarquable.

« Nous faisons en sorte de trouver un peu de sécurité dans un lieu qui n’en a pas », ajoute-t-elle. Elle attribue cette façon de réagir aux liens sociaux forts qu’entretiennent les Israéliens et sur le fait que les gens s’épaulent les uns les autres pour tenir bon.

Pour autant, le seuil de résistance de certaines populations a considérablement chuté, comme par exemple celle des personnes ayant des troubles mentaux préexistants, qui, selon des études, a augmenté ces trois dernières années, commente le psychiatre Yotam Ginati, qui fait état d’un regain du nombre de cas graves dans sa clinique de Tel Aviv.

S’agissant du reste de la population, explique-t-il, elle a plutôt tendance à passer ses difficultés sous silence, au lieu de les traiter.

« On joue avec notre propre détresse », ajoute Ginati. « Dehors, le soleil brille, la vie continue, mais parfois nous devons courir aux abris. Nous vivons avec une anxiété existentielle permanente, que nous repoussons sans cesse. On n’a peut-être pas le choix, mais cela a un prix. »

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