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Argentine : Des députés prêtent serment et allégeance à la « Palestine libre »

Un député juif a proposé une loi interdisant à toute personne ne prêtant pas le serment parlementaire prévu par la loi d'être assermentée

Les députés argentins de la Frente de Izquierda Romina del Pla, Miryam Bregman et Nicolás Del Cano (de gauche à droite), siègent avec des banderoles contre l'invasion américaine du Venezuela et la réforme du travail lors de la prestation de serment des députés, à la Chambre des députés du Congrès argentin, à Buenos Aires, le 3 décembre 2025. (Photo par JUAN MABROMATA / AFP)
Les députés argentins de la Frente de Izquierda Romina del Pla, Miryam Bregman et Nicolás Del Cano (de gauche à droite), siègent avec des banderoles contre l'invasion américaine du Venezuela et la réforme du travail lors de la prestation de serment des députés, à la Chambre des députés du Congrès argentin, à Buenos Aires, le 3 décembre 2025. (Photo par JUAN MABROMATA / AFP)

BUENOS AIRES (JTA) — La semaine dernière, à Buenos Aires, le jour de prestation de serment des 127 nouveaux élus argentins, plusieurs d’entre eux ont pris des libertés avec la formule consacrée pour prêter allégeance à une « Palestine libre ».

Cette manifestation d’élus de gauche a fait d’une cérémonie normalement bien bordée un terrain d’affrontement politique autour d’Israël, à grand renfort de cris et de critiques, tant dans les rangs fidèles au gouvernement que dans ceux de l’opposition.

La plus grande organisation juive d’Argentine a porté plainte suite à cet incident qui a eu lieu mercredi dernier et auquel ont pris part quatre députés au moins.

Lorsque le député de gauche Nicolás del Caño a été appelé à la tribune, il a profité de son court temps de parole pour prêter serment au nom des « garçons et des filles massacrés à Gaza ». Un autre député de gauche, Nestor Pitrola, vêtu d’un keffiyeh palestinien porté en écharpe, a lui prêté serment « pour la fin du génocide sioniste et une Palestine libre ».

Vêtue d’un T-shirt orné d’une pastèque — un symbole palestinien — Romina Del Plá a prêté serment « pour le droit de la Palestine d’exister du fleuve à la mer ». Et Myriam Bregman, une socialiste juive, a prêté serment « contre le génocide en Palestine » et protesté contre la menace américaine envers le président vénézuélien, Nicolas Maduro, en déclarant : « Les Yankees, quittez le Venezuela. »

Tous les quatre ont donc substitué à la formule prévue pour la prestation de serment — « Sí, juro » (Oui, je le jure) — des déclarations politiques, ce qui leur a valu une réaction immédiate de la Chambre.

Les députés de la coalition d’extrême droite et libertarienne du président Javier Milei les ont hués et insultés, rappelant que le serment ne servait pas à faire des déclarations de politique étrangère.

Lila Lemoine, membre du parti de Milei, a repris Bregman, dont elle fut proche, en lui disant : « Tu dois prêter serment envers ton pays. »

Un peu partout dans le monde, des députés – essentiellement de gauche – ont fait en sorte de témoigner de leur solidarité avec les Palestiniens ou de faire voter des lois en leur nom, mais ce qui s’est passé en Argentine constitue une ingérence peu commune dans les affaires intérieures d’un Etat.

Suite à ces prestation de serment — diffusées dans tout le pays par les principaux médias —, analystes politiques et journalistes s’en sont vivement pris aux députés qui n’ont pas respecté le protocole. Plus tard dans la semaine, un député a proposé un projet de loi empêchant de siéger ceux qui ne prêtent pas le serment prévu par le règlement de la Chambre.

« Mettons fin à ce cirque », a déclaré la députée Sabrina Ajmechet, juive et issue d’un parti politique de droite, avant d’ajouter : « Le fait que des membres du parlement aient pris leurs fonctions en prêtant allégeance à un autre territoire … n’est pas seulement moche, c’est aussi problématique. »

On ignore à ce stade dans quelle mesure les élus ayant prêté serment sous cette forme inhabituelle encourent des sanctions.

En 2020, le gouvernement argentin a fait sienne la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, laquelle qualifie d’antisémites certaines formes de critiques envers Israël, qui s’est ajoutée à la loi anti-discrimination en vigueur depuis 1988.

Un député est d’ailleurs déjà poursuivi pour des publications antisémites.

DAIA, l’organisation politique juive faîtière en Argentine, a déclaré par voie de communiqué que les serments, en particulier ceux utilisant l’expression « Du fleuve à la mer », ce que de nombreux Juifs interprètent comme un appel à la destruction d’Israël, étaient inappropriés pour l’occasion et discriminants.

Le président argentin, Javier Milei, fait un signe de la main à ses partisans à la sortie du bureau de vote, le jour des élections législatives de mi-mandat à Buenos Aires, en Argentine, le 26 octobre 2025. (AP/Natacha Pisarenko)

« Cette expression n’est ni un slogan neutre ni un simple chant de protestation. C’est une expression de haine, utilisée pour appeler à la destruction d’un État souverain et à l’élimination de sa population juive. Elle promeut la violence, légitime le terrorisme et alimente une atmosphère d’hostilité envers les Juifs absolument partout », lit-on dans le communiqué. « Le fait de l’utiliser s’impose comme une déclaration ouvertement antisémite, incompatible avec les valeurs démocratiques et le respect des principes de la coexistence pluraliste. »

Les députés pro-palestiniens ne sont pas les seuls à avoir pris des libertés avec la formule consacrée de ce serment prêté sur la Bible.

Patricia Holzman, députée juive nouvellement élue, ex-directrice exécutive d’une organisation communautaire juive fondée à la suite de l’attentat de l’AMIA, en 1994 à Buenos Aires, a adapté la formule en disant « Sí, prometo » (Oui, je le promets) au lieu de « Sí, juro », et a prêté serment sur une Bible juive.

La cérémonie d’investiture a été émaillée d’un autre incident lorsqu’un député de gauche, Juan Grabois, a semblé faire un salut nazi à Milei, qui se trouvait là. Selon des proches de Grabois, ce geste avait vocation à évoquer le salut de « Hunger Games », la série sur des jeunes qui s’opposent à un régime oppressif.

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