Au 15e siècle, les technologies mameloukes avaient stimulé l’industrie sucrière dans le nord d’Israël
Des chercheurs israéliens ont travaillé sur un système de tunnels dans une région riche en sources, soulignant l'ingéniosité technologique utilisée par l'empire fondé par d'anciens soldats musulmans réduits en esclavage
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Une nouvelle étude a révélé qu’une série de tunnels situés à proximité du ruisseau Amal, dans la vallée de Beit Shean, ont été creusés il y a environ 600 ans par l’Empire mamelouk qui cherchait alors à pouvoir alimenter en énergie les moulins qui étaient utilisés pour la transformation du sucre. Une découverte qui apporte un nouvel éclairage sur les compétences avancées des Mamelouks en matière d’ingénierie, et sur leur compréhension sophistiquée de l’environnement local.
Une équipe de chercheurs israéliens, composée notamment d’archéologues et de géologues, a étudié le système de tunnels du parc national de Gan Hashlosha, un parc connu pour ses bassins naturels et pour ses sources. Les résultats de leurs recherches – avec notamment une datation des tunnels qui a été rendue possible par l’analyse de leurs stalactites – ont été publiés dans la revue Water History au début du mois.
« L’empire mamelouk est né en Égypte où il pouvait tirer parti de l’eau du Nil », explique le professeur Amos Frumkin, de l’Institut des sciences de la Terre de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui est le principal auteur de cette étude. « Lorsqu’ils sont arrivés jusqu’à la terre d’Israël, ils sont parvenus à adapter leur technologie hydraulique aux conditions locales. Nous avons pu jeter un tout nouveau regard sur la manière dont ils s’y sont pris ».
Les Mamelouks étaient une caste d’anciens soldats musulmans réduits en esclavage qui avaient régné sur l’Égypte et sur le Levant entre le 13e et le 16e siècle, avant d’être vaincus par les Ottomans. Conscients de l’importance de l’eau en tant que ressource rare dans la plus grande partie de leur empire, les Mamelouks étaient devenus des experts dans l’utilisation efficace des ruisseaux, des rivières et autres cours d’eau.
« Les Mamelouks avaient compris l’importance capitale de l’eau pour leur société et pour conserver le pouvoir, et la culture de l’eau a donc joué un rôle important pendant toute la période qu’ils ont passée au Levant », écrivent les chercheurs dans leur article. « Les Mamelouks avaient massivement investi dans les systèmes d’irrigation et dans les techniques de gestion de l’eau afin d’augmenter la production agricole, ce qui avait permis de produire des cultures commerciales et d’augmenter la production alimentaire pour soutenir la croissance de la population urbaine ».
L’un de leurs principaux domaines d’expertise avait été l’exploitation de l’eau en tant que source d’énergie.
« Les Mamelouks utilisaient largement les moulins à eau pour moudre divers produits », expliquent les chercheurs. « L’introduction et l’amélioration des machines à eau illustrent les progrès technologiques de l’époque. Le fonctionnement des moulins à eau impliquait souvent la coopération de la communauté et des autorités locales ».
Contrairement à d’autres régions d’Israël, il y a un certain nombre de sources d’eau relativement importantes dans la vallée de Beit Shean, avec pour conséquence que la zone est moins aride que d’autres secteurs, fait remarquer Frumkin.
L’eau du ruisseau Amal était toutefois trop salée pour être bue ou pour être utilisée pour les cultures – mais elle servait pour garantir le fonctionnement des installations agricoles.
« L’eau salée n’était pas bonne pour l’agriculture, et les Mamelouks l’utilisaient donc pour faire fonctionner les moulins dans le secteur de l’industrie sucrière, » dit Frumkin au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
De plus, les responsables du projet avaient su tirer le meilleur parti des caractéristiques du territoire, en évitant les infrastructures inutiles.
« Ils n’ont pas construit d’aqueducs à ciel ouvert – ce qui est très difficile – ils ont plutôt choisi de creuser des tunnels souterrains pour acheminer l’eau vers les moulins », explique Frumkin. « C’est comme ça qu’ils ont tiré le meilleur parti de la région ».
Les chercheurs ont daté les tunnels, qui s’étendent sur des dizaines de mètres, en analysant trois stalactites formées par l’eau qui s’infiltrait par le haut. Pour ce faire, ils ont utilisé le système de datation uranium-thorium, qui détermine l’âge d’une roche en mesurant ses isotopes d’uranium et leur désintégration.
« Nous avons découvert qu’ils datent du 14e ou du 15e siècle », note Frumkin.
Une lampe à huile de la fin de la période mamelouke a également aidé les chercheurs à confirmer cette datation. Ils ont ainsi examiné sa typologie.
Si l’approvisionnement en eau qui était garanti par les tunnels a également pu être utilisé à d’autres fins agricoles – pour les moulins à farine, par exemple – les scientifiques soulignent que la datation laisse penser que cette eau était utilisée pour alimenter les moulins à sucre.
« Les 14e et 15e siècles sont une période qui correspond à une industrie sucrière très développée », fait remarquer Frumkin.
Le sucre était une denrée de premier plan à l’époque des Mameloukes. La culture de la canne à sucre et la production du produit final nécessitaient beaucoup d’eau : pour broyer la récolte afin d’obtenir le sucre, et pour maintenir la propreté de l’infrastructure.
Selon des sources historiques, la vallée de Beit Shean était l’un des centres de production les plus importants de l’empire mamelouk.
La culture de la canne à sucre avait commencé, semble-t-il, avec la conquête musulmane, au 7e siècle. Elle avait atteint son apogée à la période des croisades et avec les Mamelouks, disent les chercheurs.
« Les descriptions de l’étendue de la culture de la canne à sucre dans la vallée de Bet Shean occupent une place importante dans les travaux des historiens chrétiens et arabes », écrivent les scientifiques dans leur article.
« L’un des plus grands centres de culture de la canne à sucre de la vallée de Bet Shean se trouvait probablement sur le territoire d’un fort datant des Croisades qui avait été construit sur une crête, au sud de Tell Bet Shean », ajoutent-ils dans leur publication.
« Après l’expulsion des croisés, qui ont été chassés par les Mamelouks au 13e siècle, le fort a cessé d’être utilisé à des fins défensives et il est devenu une grande raffinerie de sucre. Des installations de production de sucre ont été découvertes à la fois dans le fort lui-même et dans le secteur environnant. Des milliers de bols de cristallisation du sucre ont été découverts dans le remblai recouvrant le fort ».
Selon Frumkin, la production de cette culture avait été abandonnée après la prise de pouvoir de l’Empire ottoman, et aujourd’hui, Israël importe la quasi-totalité de son sucre. L’Égypte reste toutefois un important centre sucrier, avec une production de plus de 2,5 millions de tonnes métriques l’année dernière, selon les données officielles.
Si les vestiges archéologiques les plus visibles des moulins qui avaient été installés le long du ruisseau Amal appartiennent à des moulins à farine remontant à la fin de la période ottomane (16e-20e siècle), les chercheurs laissent entendre que certains vestiges plus anciens remonteraient à la période mamelouke et qu’ils étaient utilisés pour la production de sucre.
« Les Mamelouks ont effectué des calculs économiques sophistiqués sur les ressources en eau, investissant de manière significative dans les infrastructures destinées aux industries d’exportation plutôt que dans les besoins de subsistance », écrivent les scientifiques dans leur article. « Les résultats démontrent également que pour comprendre l’histoire de l’eau, il faut aller au-delà des vestiges évidents des aqueducs et des barrages pour trouver des infrastructures moins visibles mais tout aussi importantes, comme peuvent l’être ces tunnels ».
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