Au marché de Jérusalem, le retour des otages et le cessez-le-feu suscitent espoir et crainte
Certains craignent que la guerre à Gaza se poursuive ou qu'une guerre civile ne déchire Israël ; d'autres voient les signes d'une ère messianique ou, a minima, d'une accalmie après 2 ans de guerre
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Alors que les étals du marché Mahane Yehuda de Jérusalem ont rouvert mercredi matin pour leur première journée « normale » depuis les fêtes du Nouvel an juif, les habitants étaient divisés : le cessez-le-feu et le retour des vingt derniers otages vivants, jusqu’alors détenus par le groupe terroriste palestinien du Hamas, annoncent-ils une nouvelle ère pour le pays après deux ans de guerre ?
Certaines des personnes interrogées par le Times of Israel ont utilisé des termes messianiques, considérant la fin de la guerre comme le signe avant-coureur d’une rédemption finale, tandis que d’autres craignaient qu’une nouvelle vague de troubles civils ne se profile.
Dans le marché irakien situé à deux pas de Mahane Yehuda, des Jérusalémites aguerris discutaient autour d’un café des événements de la semaine écoulée, tandis que leurs amis jouaient au backgammon à la table voisine.
« Je suis content de ce qui se passe actuellement », a déclaré l’un d’eux, Ezra.
« L’année à venir sera meilleure que la précédente, j’en suis certain. Tout va changer maintenant, avec l’aide de Dieu. L’économie va s’améliorer et les choses vont se calmer ici. La guerre est finie. »
« Ce n’est pas fini », a rétorqué son ami Efraïm en éteignant sa cigarette et en secouant la tête pour marquer son désaccord.
« Cette guerre ne finira jamais. Tu n’as pas vu aux informations hier que le Hamas exécute des gens dans les rues ? Et la plupart des pays du monde nous détestent. Israël est clairement plus fort aujourd’hui après la guerre, mais je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter un jour. »
Si dans l’ensemble, les Israéliens tendent à se réjouir de la trêve deux ans après le déclenchement de la guerre par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, bon nombre des personnes interrogées par le Times of Israel s’inquiètent pour l’avenir proche du pays, et certaines doutent que le calme fragile actuel puisse durer.
Les déclarations discordantes concernant la guerre ont exacerbé la confusion quant à la suite des événements, les hauts responsables du cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu affirmant que la guerre à Gaza n’est pas terminée, alors que d’autres déclarations laissent entendre le contraire.
La libération de certains otages contre des prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël, lundi, a marqué la première étape du plan en vingt points visant à mettre fin à la guerre. Toutefois, les dépouilles de plus de vingt personnes sont toujours retenues à Gaza, et il reste à voir si le Hamas désarmera conformément à l’accord, Israël menaçant de reprendre les combats s’il ne le fait pas.
Dans un café situé à proximité de ce marché à ciel ouvert, deux femmes venues du nord du pays pour visiter Jérusalem ont exprimé leurs doutes quant à la viabilité de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas.
« Nous allons devoir recommencer à nous battre, c’est certain », a déclaré Ariella, venue de la ville de Nahariya avec son amie Sorela.
« Pour le moment, nous profitons de cette petite pause pour reprendre notre souffle. Les soldats peuvent enfin se détendre un peu. Hier soir, je me suis endormie avec un sentiment de sérénité pour la première fois depuis longtemps. Nous sommes dans une meilleure situation, mais je pense qu’il faudra encore un ou deux ans avant que tout cela ne soit terminé. Tant que Netanyahu restera au pouvoir et continuera à diviser la nation, les choses ne s’amélioreront pas ici. »
Certaines personnes redoutent que le Premier ministre ne ravive les divisions au sein de la société, perpétuant ainsi le conflit après la guerre, même si le Hamas ne reprend pas ses attaques terroristes contre Israël.
Meïr, un vétéran de la Guerre de Kippour de 1973 qui a refusé d’être photographié, a déclaré craindre que les politiques de la coalition de droite de Netanyahu ne mettent le pays en danger de guerre civile.
« Nous sommes dans une situation où la moitié du pays se soucie du pays, et l’autre moitié tente de le ruiner », a-t-il ajouté.
« Je ne pense pas que les choses vont s’améliorer. Tant que Netanyahu sera Premier ministre, le pays sera ruiné. Il n’a rien fait pour ramener les otages jusqu’à ce que les États-Unis et [le président américain Donald] Trump s’en mêlent. Ici, tout n’est que mensonges et tromperies, et je ne pense pas que les choses s’amélioreront un jour. »
D’autres ont défendu le bilan de Netanyahu pendant la guerre et l’ont félicité.
« Les gens pensent-ils que nous aurions pu ramener les otages sans Bibi ? », a demandé un homme prénommé Benny, assis avec un ami dans un « shawarma ».
« Les gens sont ingrats. Ils refusent de le remercier, comme s’il n’avait rien fait. Ce sont les manifestants qui ont envahi les rues avec leurs pancartes qui ont retardé l’accord pendant si longtemps. Je pense que nous allons payer cher cette année pour ce qu’ils ont fait. »
Beaucoup sont parvenus à rester optimistes sans même se lancer dans la politique.
« Je pense que cette année sera bonne, avec une croissance pour le pays et un sentiment général de bonheur », a déclaré un habitant de Jérusalem, assis sur un banc avec son épouse et son bébé.
« J’espère vraiment que les combats sont terminés. »
D’autres, en revanche, interprètent les événements de ces derniers jours comme le signe d’un salut imminent.
« J’ai l’impression que ce sont les premiers pas du Messie », a déclaré Eli Shur, un ancien habitant de Jérusalem actuellement en visite depuis New York avec son épouse, Rachel.
« Tous les otages [vivants] ont été libérés juste avant les fêtes, afin que tout Israël puisse célébrer ensemble. À mesure qu’Israël devient plus puissant, nos ennemis comprennent qui est aux commandes. C’est exactement ce que Dieu souhaite voir se produire. »
Carmella, une habitante de Jérusalem qui s’est arrêtée pour manger un borekas entre deux courses, a exprimé un sentiment similaire.
« Dieu mènera cette guerre pour nous, et nous resterons silencieux », a-t-elle déclaré.
« Il jugera les nations et veillera sur nous. Très bientôt, nous ne connaîtrons plus la guerre. »
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