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Au Soudan, des images satellite pour témoigner des massacres d’El-Facher

Les images satellite analysées par le laboratoire de l'université américaine de Yale ont déclenché l'"indignation générale"

Cette image satellite fournie par Vantor, prise le 26 octobre 2025 et rendue publique le 31 octobre 2025, montre la fumée qui s'élève des incendies qui ravagent les environs de l'aéroport d'El-Fasher, au Soudan. (Crédit : Image satellite ©2025 Vantor / AFP)
Cette image satellite fournie par Vantor, prise le 26 octobre 2025 et rendue publique le 31 octobre 2025, montre la fumée qui s'élève des incendies qui ravagent les environs de l'aéroport d'El-Fasher, au Soudan. (Crédit : Image satellite ©2025 Vantor / AFP)

Au Soudan, les images satellite jouent un rôle sans précédent dans la mise en évidence des atrocités commises à El-Facher, dernier bastion de l’armée au Darfour pris fin octobre par les paramilitaires, explique dans un entretien avec l’AFP Nathaniel Raymond, du Humanitarian Research Lab (HRL).

Ces images prises du ciel étaient le seul moyen de suivre la situation sur le terrain, dans une zone géographique inaccessible, avec un réseau de communication défaillant, comme l’explique le directeur de ce laboratoire qui s’est imposé comme source essentielle d’information sur le conflit en cours.

Sur les images zoomées en gros plan de la maternité d’El-Facher, que le HRL a publiées dans son rapport du 28 octobre, on aperçoit des « tas d’objets blancs ». Ils n’étaient pas là auparavant, mesurent « approximativement 1,1 à 1,9 mètre », soit la taille d’humains allongés ou aux bras ou jambes repliés.

A proximité, au sol, ce que le laboratoire décrit comme des « décolorations rougeâtres » pouvant correspondre à du sang.

Le lendemain, l’Organisation mondiale de la Santé a annoncé le « meurtre tragique de plus de 460 patients et soignants » dans la maternité.

Ces images satellite analysées par le laboratoire de l’université américaine de Yale, qui documentait la situation à El-Facher depuis le début du siège il y a 18 mois, ont déclenché l' »indignation générale », souligne Nathaniel Raymond auprès de l’AFP.

« Volume record »

Le laboratoire a alerté les Nations unies et le gouvernement américain depuis le début du siège de la ville et ses rapports sont devenus une référence pour suivre les avancées géographiques des deux camps, alors que tous les accès à El-Facher restent bloqués malgré les appels à ouvrir des couloirs humanitaires.

L’imagerie satellitaire s’est imposée comme un outil indispensable aux ONG et médias dans plusieurs régions du monde où l’accès est compliqué, voire impossible – à Gaza, en Ukraine, au Soudan.

Plusieurs entreprises scannent le globe quotidiennement, avec comme unique entrave les conditions météorologiques. En fonction des capteurs embarqués sur les satellites, il est possible de distinguer clairement des bâtiments, des véhicules et même des foules.

Les chercheurs du HRL recoupent ensuite ce que les images aériennes montrent avec d’autres informations, notamment issues des médias et réseaux sociaux, comme l’indique le laboratoire de Yale dans sa méthodologie.

Au moment de la chute d’El-Facher et d’une « manière horrible », les paramilitaires ont « facilité » le travail du laboratoire en publiant un flot de vidéos de leurs exactions sur les réseaux sociaux, explique Nathaniel Raymond.

« Ils ont commencé à publier des vidéos d’eux-mêmes en train de tuer des gens à un volume record », souligne ce spécialiste des crimes de guerre.

L’équipe de Yale a croisé ces images avec les rares informations disponibles pour pouvoir identifier, dater et géolocaliser les exactions, à partir des images satellite. Le but est d’alerter sur les atrocités commises et d’accumuler des preuves pour que les auteurs de crimes ne restent pas impunis.

Selon Nathaniel Raymond, les images de surveillance aériennes collectées après le massacre de Srebrenica en 1995 ont ainsi été cruciales pour poursuivre l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, condamné à la perpétuité par la justice internationale pour crimes de guerre et génocide.

« Documenter l’élimination »

L’indignation soulevée par les rapports du laboratoire sur les massacres perpétrés à El-Facher a eu pour effet de diminuer le volume de publication des vidéos par les paramilitaires et de pousser leurs chefs à promettre de punir les auteurs d’exactions, selon le chef du HRL.

Depuis, les vidéos sont rares et « très peu, voire aucune, contiennent des métadonnées », ce qui complique le travail d’analyse.

Et les paramilitaires « déposent tellement de corps dans les rues que nous ne pouvons plus les compter individuellement », explique Nathaniel Raymond. « Nous nous concentrons non pas sur le comptage de points individuels, mais sur l’emplacement des tas de corps, pour les mesurer volumétriquement au fur et à mesure qu’ils grossissent ».

Leur prochaine mission macabre : « documenter la phase d’élimination » des dépouilles, dit-il. « Nous devons arriver à saisir l’instant où ils commencent à ramasser les corps » et voir grâce aux images satellite « comment ils s’en débarrassent ».

Lundi, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a averti que les atrocités commises à El-Facher pourraient « constituer des crimes de guerre et contre l’humanité » s’ils étaient avérés.

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