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Aux États-Unis, les Juifs iraniens entre espoir, appréhension et résilience

Selon le directeur de la synagogue persane de Los Angeles, les fidèles prient pour "la liberté non seulement du peuple iranien, mais aussi pour la possibilité d'une paix au Moyen-Orient"

Des personnes scandent des slogans lors d'une manifestation en faveur des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, le 1er mars 2026, à Los Angeles. (Crédit : AP/Jill Connelly)
Des personnes scandent des slogans lors d'une manifestation en faveur des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, le 1er mars 2026, à Los Angeles. (Crédit : AP/Jill Connelly)

JTA — Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient, les Juifs iraniens aux États-Unis vivent un choc personnel, presque transgénérationnel, en proie à un tourbillon de sentiments, la peur et l’espoir, la fierté et l’anxiété.

A Los Angeles – la ville qui accueille qui la plus importante communauté iranienne hors des frontières de l’Iran, avec des dizaines de milliers de Juifs iraniens – les synagogues et les responsables communautaires affirment que le moment est historique. Mais il est aussi profondément intime, ajoutent-ils.

« À Eretz – qui joue un rôle central dans la communauté juive d’origine iranienne à Los Angeles – nous entendons toute une série d’émotions de la part des fidèles : il y a de profondes inquiétudes, une foi inébranlable et un fort sentiment de résilience collective », explique Rebecca Aghalarpour, la directrice du Centre culturel Eretz, la plus grande congrégation juive persane de Californie.

Elle ajoute que de nombreux fidèles ont un souvenir encore vif de la révolution islamique de 1979, quand des milliers de Juifs iraniens avaient fui la répression et qu’ils avaient reconstruit leur vie dans le sud de la Californie.

« Ce souvenir transgénérationnel de la fuite d’une patrie résonne encore fortement parmi nos fidèles et influence en grande partie ce qu’ils ressentent et ce qu’ils demandent aujourd’hui », note Aghalarpour.

Elle dit entendre trois demandes en particulier : la prière, la sécurité et l’espoir d’un changement politique.

« En cette période d’incertitude mondiale, les fidèles recherchent le plus souvent des prières collectives, des rassemblements et des occasions de se réunir en tant que communauté pour trouver un ancrage et de l’espoir », explique Aghalarpour. Dans le même temps, « les familles sont naturellement préoccupées par la sécurité », des inquiétudes qui ont entraîné un renforcement des mesures de sécurité et une nouvelle coordination avec les forces de l’ordre.

Les membres de la communauté iranienne et leurs sympathisants se réjouissent à Los Angeles, en Californie, le 28 février 2026. (Crédit : MARIO TAMA / Getty Images via AFP)

Mais il y a aussi quelque chose qui tient davantage à un certain idéalisme. « De nombreux Juifs persans ont un profond sentiment d’espoir, ils se disent que le potentiel de changement en Iran pourrait finalement signifier non seulement la liberté pour le peuple iranien, mais aussi la possibilité d’une paix au Moyen-Orient, en particulier en ce qui concerne la sécurité et l’avenir d’Israël », confie-t-elle.

Un mélange de jubilation et de crainte qui se retrouve dans toute la communauté.

Daniel Bral, un Juif iranien élevé à Los Angeles – dont le grand-père, Juif lui aussi, avait été député juif au parlement iranien avant la révolution – explique être « une licorne » au sein de sa communauté dans la mesure où il est, indique-t-il, un sioniste progressiste qui se targue d’être actif dans les efforts de paix et de dialogue.

De nombreux Juifs iraniens sont plus conservateurs sur le plan politique.

« C’est compliqué pour moi », s’exclame-t-il. « Évidemment, je suis heureux de voir quelqu’un comme Khamenei disparaître de cette terre. Je ne vais pas verser de larmes ».

Comme un grand nombre de personnes au sein de la diaspora iranienne, Bral dit espérer la fin de la république islamique. Mais il se méfie de la manière dont ce changement s’effectuera.

« On me demande de placer ma confiance entre les mains de deux dirigeants qui n’ont en aucun cas mérité cette confiance », explique-t-il, faisant référence au président américain Donald Trump et au Premier ministre Benjamin Netanyahu. « J’ai bon espoir que des changements interviendront dans ma patrie, mais je ne sais pas si ces changements se feront par le biais de bombardements aériens ».

« Ils doivent venir du peuple », affirme-t-il.

Des manifestants brandissent des pancartes lors d’une manifestation contre l’action militaire en Iran devant l’hôtel de ville de Los Angeles, en Californie, le 2 mars 2026. (Crédit : Frederic J. Brown/AFP)

Il indique s’inquiéter non seulement d’une guerre susceptible de traîner en longueur, mais aussi de la manière dont le conflit va influencer la perception d’Israël et des Juifs aux États-Unis.

« Si cette guerre n’aboutit pas à un résultat positif, elle ne fera qu’accroître le ressentiment des Américains à l’égard d’Israël », déclare-t-il. « Et ce n’est pas bon pour Israël. Ce n’est pas bon pour les Juifs américains ».

Pour Matthew Nouriel, qui est directeur de l’engagement communautaire et de la sensibilisation au sein du JIMENA, un groupe de défense des Juifs séfarades et mizrahim, le sentiment dominant est moins l’ambivalence que l’exaltation.

« C’est jubilatoire, c’est passionnant », s’enthousiasme-t-il. « Un grand nombre d’entre nous, militants iraniens, nous nous battions pour ça depuis des années ».

Nouriel indique que les rassemblements à Los Angeles ont été remplis de drapeaux iraniens et de drapeaux israéliens.

« La majorité des gens n’étaient pas juifs », continue-t-il. « Il y avait des drapeaux israéliens, des gens brandissaient des pancartes avec des slogans tels que ‘De Téhéran à Tel Aviv’. C’était un spectacle impressionnant ».

Une femme tient des photos du prince héritier iranien en exil Reza Pahlavi, du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du président américain Donald Trump, tandis que des membres de la communauté iranienne et leurs sympathisants se réjouissent à Los Angeles, en Californie, le 28 février 2026. (Crédit : MARIO TAMA /Getty Images via AFP)

Il reconnaît toutefois son inquiétude face à l’avenir, notamment pour la petite communauté juive qui est toujours en Iran et l’incertitude s’agissant de la personnalité qui pourrait être appelée à combler la vacance du pouvoir. Selon lui, de nombreux membres de la diaspora sont favorables à l’idée de donner un rôle de transition à Reza Pahlavi, le prince héritier en exil.

Bral et Nouriel évoquent tous les deux une communauté qui est actuellement collée à ses téléphones, rafraîchissant les flux des informations sur les réseaux sociaux, envoyant des SMS à leurs proches et à leurs amis, et passant des sources d’information américaines, israéliennes et persanes.

La guerre a éclaté alors que Bral se trouvait à Washington, DC, à la conférence annuelle de J Street, le lobby libéral pro-israélien. Il dit qu’il a été difficile pour lui de se concentrer pendant les tables rondes, alors que les alertes d’actualité se multipliaient sur son téléphone. « Dès que j’arrivais dans ma chambre, je me mettais à jour sur tout », raconte-t-il.

Une intensité émotionnelle qui est survenue à une période déjà chargée en symbolisme. Cette semaine, les Juifs du monde entier ont fêté Pourim, commémorant l’ancienne histoire perse de la reine Esther et le salut du peuple juif échappant à un décret royal d’extermination. Peu après viendra Nowruz, le Nouvel An persan, une fête ancrée dans le renouveau et dans la renaissance.

Des membres de la communauté juive vêtus de costumes sur le thème du drapeau américain chantent sur un char en jouant de la musique pour célébrer Pourim à Broughton, au nord de Manchester, le 3 mars 2026. (Crédit :Oli SCARFF / AFP)

Pour les Juifs iraniens, la juxtaposition est puissante : une histoire juive qui se déroule dans la Perse antique, avec ensuite une fête perse du printemps – deux événements se déroulant dans le contexte d’une guerre.

Selon Aghalarpour, il y a « un remarquable sentiment d’unité à travers les générations et à travers les expériences de vie, un sentiment qui rassemble notre communauté ». Les fidèles recherchent « des informations précises, une voix compatissante et un leadership qui reflète leurs valeurs de foi, de paix et de résilience ».

Même dans la liesse ou l’anxiété, le désir de l’Iran reste palpable. Seule une infime minorité de Juifs iraniens américains de première génération se sont déjà rendus dans le pays que leurs parents avaient fui.

« Il y a de l’amour, mais il y a aussi un sentiment de vide concernant un endroit dont nous n’avons qu’entendu parler », explique Bral.

Nouriel exprime clairement son espoir. « J’ai hâte d’y aller », dit-il. « Si Dieu le veut, la vie juive renaîtra ouvertement en Iran ».

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