« Avant les Juifs, il y avait… L’Odyssée » : le gérant d’un cinéma de l’Oregon fait polémique
Le directeur estime que l'on "exagère" l'antisémitisme contemporain avait refusé de modifier la marquise malgré la demande de la Fédération juive de Portland
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JTA – Le gérant d’un cinéma de la banlieue de Portland, dans l’Oregon, justifie son message assez cryptique affiché sur le panneau lumineux, qui fait référence aux Juifs et à « L’Odyssée », en affirmant que l’antisémitisme contemporain est « exagéré » afin de justifier la défense d’Israël.
« Avant les Juifs, il y avait… ‘L’Odyssée’ », pouvait-on lire sur le panneau lumineux du Lake Theater and Cafe, à Lake Oswego.
Les responsables religieux juifs de la région, ainsi que la Fédération juive de Portland, ont vivement dénoncé ce message, même si beaucoup ont reconnu ne pas en avoir compris immédiatement le sens.
Le gérant, Jordan Perry, dont le cinéma s’est déjà illustré par des messages provocateurs, n’a pas répondu aux sollicitations de la Jewish Telegraphic Agency (JTA). Il a toutefois indiqué au Portland Tribune qu’il retirerait l’enseigne, précisant qu’il s’agissait d’un commentaire « intentionnellement subtil » sur ce qu’il considère comme une surestimation de l’antisémitisme.
« D’après les médias que je consulte, je pense que l’antisémitisme contemporain est exagéré, principalement pour justifier les actions d’Israël au Moyen-Orient et son influence sur notre vie politique », a déclaré Perry au Tribune. « En mentionnant les Juifs sur la marquise, je voulais remettre en question cette tendance à voir de l’antisémitisme partout, au moyen d’une déclaration qui, selon moi, ne pouvait en aucun cas être interprétée comme antisémite. »
Perry a ajouté qu’il souhaitait également « remettre en question, d’un point de vue culturel, ce qui constitue l’antisémitisme, pour montrer, par solidarité, qu’il ne s’agit pas des ‘Juifs’, mais d’Israël, de la Palestine, du Liban, de l’Iran et de l’AIPAC », le lobby pro-Israël devenu un point de fixation des critiques politiques à l’encontre d’Israël.
This sign at an Oregon theatre is objectively untrue.
We don't have exact points in history for either, but the Odyssey was written around 700 BCE, and the earliest mention of Israel came in 1213 BCE, with Jews undoubtedly having been around a lot longer before then.
But more… pic.twitter.com/B9vuBFqAg6
— Hen Mazzig (@HenMazzig) July 18, 2026
La Fédération juive de Portland a reçu plus de 40 plaintes au sujet de cette enseigne, selon son directeur des relations communautaires.
« Toute référence aux ‘Juifs’, dans le climat actuel d’antisémitisme, rend déjà le message suspect, sans même parler du fait qu’il est historiquement inexact », a déclaré Bob Horenstein lors d’un entretien. (Les historiens font remonter l’existence du peuple juif à l’Antiquité, avant même la rédaction de L’Odyssée par Homère, au 8ᵉ siècle avant notre ère.)
Horenstein a demandé au cinéma de modifier la marquise. La réaction des Juifs de la région, a-t-il indiqué, a été largement marquée par le trouble et l’incompréhension. Perry a refusé de donner suite à cette demande, a-t-il ajouté. « Et nos soupçons se sont confirmés, puisqu’il a clairement fait connaître ses intentions. »
Les propos complets de Perry sont encore plus choquants, estime Horenstein, notamment lorsqu’il affirme que les signalements d’antisémitisme contemporain sont exagérés.
« Ce n’est à personne en dehors de notre communauté de nous dire si nous réagissons de manière excessive face à l’antisémitisme », a déclaré le responsable de la fédération.
La marquise a ensuite été modifiée : une référence à l’application de navigation Waze a remplacé « les Juifs », une plaisanterie faisant peut-être allusion au caractère sinueux du voyage d’Ulysse, mais Horenstein a néanmoins rappelé que l’application avait été créée par des Israéliens.
Le message a finalement été retiré et remplacé par une simple publicité pour le film.
Avant que les motivations de Perry ne soient rendues publiques, Eve Posen, rabbin de la congrégation masorti Neveh Shalom, à Portland, avait écrit sur Facebook que cette enseigne l’avait profondément bouleversée. Elle y voyait une nouvelle manifestation d’un même climat, illustré notamment par le récent vote de la Chambre des représentants en faveur de la fin de l’aide militaire à Israël – une proposition que les cinq élus démocrates de l’Oregon ont tous soutenue – ainsi que par le témoignage récent d’un Juif de la région dont la voiture avait été vandalisée à coups de croix gammées.
« Cela soulève une question douloureuse : pourquoi évoquer les Juifs ? », a écrit Posen. « À un moment où l’antisémitisme atteint déjà des niveaux historiques, insérer avec désinvolture les Juifs dans un récit auquel nous n’avons rien à voir ne semble pas anodin. »
Le ton provocateur de ce cinéma a déjà suscité la controverse par le passé. À l’occasion de la sortie récente du biopic Michael, consacré à Michael Jackson, la marquise faisait référence aux accusations d’abus sexuels sur mineurs visant le chanteur. Plus tôt cette année, un autre message affiché à l’occasion de la sortie du documentaire Melania avait conduit son distributeur, Amazon Studios, à retirer le film de la programmation.
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