Belgique : la société FedEx visée par une plainte pour livraison d’armes à Israël
L’ONG Vredesactie accuse la multinationale américaine d’avoir illégalement acheminé des composants militaires destinés à l’armée israélienne via l’aéroport de Liège, sans autorisation préalable des autorités
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Une enquête judiciaire a été ouverte en Belgique après le dépôt d’une plainte pénale visant FedEx fin juin. L’ONG flamande Vredesactie reproche au géant américain du transport d’avoir contribué, entre le 20 et le 24 juin de cette année, au transit de matériel militaire vers Israël, en plein contexte de guerre à Gaza. En cause : une série de cargaisons en provenance des États-Unis, identifiées comme des composants du chasseur F-35 fabriqué par Lockheed Martin. Expédiés depuis le Texas et la Californie, les colis ont transité par Cologne, avant d’arriver à Liège, sans avoir obtenu le moindre permis de transit de la Région wallonne, pourtant obligatoire depuis un décret de 2009 interdisant toute livraison d’armement susceptible de renforcer les forces israéliennes.
Selon l’ONG, ces pièces étaient destinées à la base aérienne de Nevatim, dans le désert du Néguev, point de départ de nombreux avions de Tsahal vers la bande de Gaza. « Ce transit constitue une violation du Traité sur le commerce des armes et une coopération punissable à des crimes de guerre selon le droit pénal belge », affirme Hans Lammerant, porte-parole de Vredesactie. Tous les colis étaient étiquetés ITAR (International Traffic in Arms Regulations), une classification américaine stricte en matière de matériel militaire.
Face aux accusations, FedEx nie toute faute intentionnelle mais reconnaît que certaines cargaisons ITAR ont pu transiter par Liège « de manière involontaire », invoquant des « perturbations géopolitiques » liées à la fermeture temporaire de l’espace aérien israélien. Problème : selon le journals Le Soir et De Morgen et le média d’investigation The Ditch, ce type d’envoi avait déjà eu lieu à l’automne 2023, bien avant les tensions récentes entre Téhéran et Tel-Aviv. L’ensemble de la marchandise a depuis été livrée en Israël ou redirigée vers l’Allemagne, où la législation est plus souple.
Cette affaire met en lumière les failles du contrôle belge en matière de transit d’armes. Quatre administrations sont pourtant censées surveiller ces flux : la Région wallonne, les ministères fédéraux de l’Économie et de la Mobilité, ainsi que les douanes. Mais aucune n’a été informée ni alertée. Le ministre des Finances Jan Jambon précise que les contrôles douaniers se basent sur les déclarations des entreprises… or FedEx n’en a fait aucune. « Il faut introduire des signaux d’alerte clairs pour déterminer quand un colis doit être contrôlé », recommande Diederik Cops, chercheur au Vlaams Vredesinstituut.
Sur le plan politique, la polémique enfle. Le député du PTB Nabil Boukili accuse l’État belge d’inaction : « C’est une complicité dans le génocide actuel », a-t-il affirmé à la Chambre. Le gouvernement fédéral assure avoir renforcé les contrôles sur les exportations vers Israël, notamment lors d’une réunion le 23 juin avec les Régions. Mais pour l’heure, les règles restent partielles, et loin d’un embargo total.
Par ailleurs, FedEx vient d’être condamnée par le tribunal de Liège, aux côtés de Liège Airport et de la Région wallonne, à indemniser 47 riverains pour des nuisances sonores causées par les vols de nuit. Une décision distincte mais qui souligne la montée des tensions autour de l’activité logistique dans cette région de Belgique.
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