Belgique : Le Musée de Gand critiqué pour son refus de restituer un tableau spolié pendant la Shoah
L’European Jewish Association et le Centre juif d’information et de documentation ont fait part de leur "profonde indignation" après l'annonce de refus du musée belge
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Le Musée des Beaux-Arts de Gand fait face à une controverse après avoir annoncé, le 20 novembre dernier, son refus de restituer une œuvre d’art identifiée comme spoliée à une famille juive pendant la Shoah. L’œuvre en question est « Portrait de l’évêque Antonius Triest », de Gaspar De Crayer. Les héritiers du marchand et collectionneur Samuel Hartveld, spolié par les forces d’occupation allemandes, en revendiquent la propriété, ainsi que celle concernant deux autres tableaux — qui ont eux été rendus en avril dernier par un propriétaire viennois et par la Tate Gallery de Londres.
Après l’annonce belge du refus de restitution, l’European Jewish Association et le Centre juif d’information et de documentation ont publié, le 24 novembre, un communiqué évoquant leur « profonde indignation ».
Viviane Teitelbaum, sénatrice et secrétaire générale de l’Institut Jonathas, a elle expliqué que l’institution gantoise dispose de « tous les éléments » concernant la provenance du tableau, le contexte de son acquisition et l’identité de la famille à laquelle il a été arraché durant la Seconde Guerre mondiale. Elle estime ainsi que le refus de restitution « prolonge l’effacement » subi par les victimes de la persécution nazie et constitue en un « signal grave ».
Dans un texte publié dans la presse belge, Mme Teitelbaum affirme que ce choix place Gand à contre-courant des pratiques en vigueur dans de nombreux musées européens, qui ont engagé ces dernières années des démarches de transparence et de réparation concernant les œuvres issues de spoliations.
« Dans toute l’Europe, les musées avancent vers la transparence et la justice. À Gand, on recule. On s’abrite derrière des arguments techniques pour éviter de poser le seul geste qui compte : rendre ce qui a été volé dans un contexte de persécution raciale », écrit-elle notamment.
L’élue rappelle que la restitution d’objets confisqués entre 1933 et 1945 est aujourd’hui considérée par les institutions internationales comme une obligation morale et patrimoniale, et non comme une « faveur » accordée aux ayants droit. Elle souligne que ces biens constituent souvent un maillon essentiel de la mémoire familiale brisée par la Shoah.
« Il faut le dire clairement : la restitution n’est pas un don, ni une faveur. C’est la réparation minimale d’un crime maximal », écrit Viviane Teitelbaum, appelant la municipalité à reconsidérer sa position.
Selon une enquête de trois experts belges missionnés par le Musée de Gand et la ville, si le tableau a en effet été spoilé à Samuel Hartveld, ses héritiers ont déjà été indemnisés « dans les années qui ont suivi la guerre ». Ainsi, selon eux, il n’y a, dès lors, aucune autre compensation à apporter. Les experts recommandaient néanmoins qu’une « réparation morale » leur soit accordée : selon celle-ci, le musée mentionnerait « un acte de spoliation inacceptable » dans ses publications et dans l’historique de ses acquisitions.
Les héritiers de M. Hartveld et les organisations juives estiment cependant que cette « compensation présumée » n’a aucune base légale, et n’est étayée par aucune preuve.
Caroline Gennez, ministre de la Culture de la région flamande, avait promis en avril dernier que serait définie une politique générale pour la restitution des œuvres volées, ce qui n’est pas encore le cas.
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