Belgique : Sous protection auto-financée, Mazal interroge la place des Juifs dans les espaces LGBTIQ+
Après le 7-Octobre, ce collectif LGBTIQ+ juif bruxellois dit avoir dû négocier sa visibilité à la Pride et financer sa propre sécurité pour pouvoir défiler
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Sous un ciel bruxellois typiquement gris, les rues du centre-ville se sont animées samedi des couleurs arc-en-ciel de la 30ᵉ édition de la Brussels Pride, qui célébrait cette année sous le thème When Times Get Darker, We Shine Brighter.
Parmi les quelque 200 000 participants attendus figurait pour la première fois, Mazal Pride, un collectif LGBTQ+ juif bruxellois fondé il y a moins d’un an. Leur passage dans le cortège s’est déroulé sans incident. Mais il aura fallu, pour en arriver là, des discussions sur la sécurité, une controverse autour des symboles juifs et une sécurité privée financée par le groupe lui-même.
Le Times of Israel a rencontré Julie, fondatrice et coordinatrice du collectif, et T, l’un des organisateurs de Mazal qui ne souhaite pas être nommé, en fin de marche.
Une quarantaine de personnes étaient inscrites pour marcher avec Mazal, créé en juillet 2025 par Julie, photographe bruxelloise, qui décrit sa démarche comme née d’un « trop-plein ».
Après le 7 octobre 2023, elle raconte avoir perdu beaucoup de soutien de la part d’amis LGBTQ+, juifs ou non juifs. « J’ai aussi été boycottée comme artiste juive, alors même que je me positionnais pour la paix et dans une approche pacifiste. Mais dans le milieu, cette ‘neutralité’ ne plaît plus à tout le monde. »
Avant Mazal, Julie participait surtout aux Pride « dans le public », jamais dans un groupe organisé. Après le 7-Octobre, dit-elle, le sentiment d’isolement s’est accentué. Elle explique avoir ressenti également « un manque de présence LGBTIQ+ visible au sein de la communauté juive elle-même ».
« Les personnes juives et LGBTQ+ se sentent seules parce qu’il y a très peu de personnes qui appartiennent à ces deux minorités à la fois », explique T. « Les membres de la communauté juive ne sont pas toujours sensibilisés aux questions LGBTQ+, et dans certains milieux LGBTQ+, il n’y a pas toujours beaucoup de compréhension face à l’antisémitisme. »
Julie et T s’accordent à dire que le milieu LGBTQ+ est très polarisé. « Il est très militant, très militarisé et il y a beaucoup d’ignorance », explique Julie. « Il faudrait presque faire un travail d’éducation auprès de toute la population, mais ce n’est pas forcément notre rôle », ajoute-t-elle.
Quelques jours avant la Pride, les organisateurs avaient fait part au collectif de préoccupations sécuritaires concernant certains symboles juifs visibles dans le cortège, notamment le Magen David ou le mot « juif ».
« Nous aussi avions ces craintes », explique T, mais « si on ne peut pas apporter nos symboles, on devient invisibles ».
Après plusieurs échanges et une polémique relayée sur les réseaux sociaux, les organisateurs ont finalement confirmé que Mazal pouvait défiler avec ses symboles. Ils ont néanmoins conseillé au collectif de « faire attention », indiquant qu’ils « seraient rassurés si on avait un service de sécurité de notre côté ».
« Ce qui m’a étonné, c’est que la polémique [relayée dans les réseaux sociaux et la presse belge] visait surtout les organisateurs, et pas les agresseurs potentiels », dit-il. « Le gros problème, c’est qu’en Belgique aujourd’hui, porter une Magen David ou se montrer publiquement comme Juif peut poser problème. »
Mazal a donc organisé et financé sa propre sécurité, et semble le seul groupe à l’avoir fait dans un cortège renforcé pour gérer
200 000 participants. « C’est quand même dommage qu’on ait dû nous-mêmes financer notre sécurité ici », dit T.
Julie résume le paradoxe avec lassitude en disant que « malheureusement, quelque part, nous sommes déjà habitués à nous invisibiliser ». Avant d’ajouter que cette fois, « on n’était pas du tout invisibles, parce qu’on a même amené d’autres symboles ».
Aucun drapeau israélien n’était visible dans le cortège, un choix délibéré. « Nous sommes juifs et belges, nous n’avons pas de liens avec d’autres États, ni d’autres gouvernements. »
« Nous ne souhaitions pas de drapeaux israéliens, nous ne sommes pas un groupe politisé », confirme Julie, ajoutant néanmoins que cela ne les rend pas pour autant insensibles au sort des citoyens israéliens et au 7-Octobre.
Pour T, le travail de fond dépasse largement la question de cette seule Pride.
« Il faut rappeler que les Juifs existent aussi dans les espaces LGBTQ+ et qu’il faut arrêter les campagnes de haine massives contre eux », dit-il, évoquant notamment des polémiques récentes en France autour de symboles LGBTQ+ associés à l’étoile de David.
En début de défilé, un incident sans lien avec Mazal a brièvement perturbé la marche lorsqu’une trentaine de manifestants vêtus de noir ont bloqué la circulation pour protester contre la participation de la N-VA à la parade. La police est intervenue et 29 personnes ont été arrêtées administrativement. Le reste de la journée s’est ensuite déroulé dans une ambiance « généralement festive et pacifique », selon la police.
La Pride de Bruxelles se voulait, comme chaque année, un espace d’inclusion affichée, des grandes entreprises aux partis politiques, en passant par les représentants religieux présents au Pride Village.
Quelques jours avant la marche, Ursula von der Leyen avait adressé « un message de soutien sans équivoque » à la communauté LGBTQ+, affirmant notamment : « Votre parcours et votre sécurité nous importent ».
Samedi à Bruxelles, le cortège de Mazal s’est déroulé sans incident. Mais pour ses membres, le simple fait d’avoir dû négocier leur visibilité et financer eux-mêmes leur sécurité restait en soi révélateur.
« Nous sommes là, nous sommes fiers, et c’est déjà une sacrée victoire », résume Julie.
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