Bernie Sanders soutient « résolument » un candidat au Sénat avec un tatouage nazi
Selon le sénateur juif progressiste, Graham Platner a connu des "moments difficiles" ; il reproche aux médias de poser des questions sur ce tatouage SS retouché depuis
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JTA – Depuis que Graham Platner, candidat progressiste au Sénat américain qui se présente aux primaires démocrates du Maine, a révélé cette semaine qu’il avait un tatouage d’inspiration nazie sur la poitrine depuis près de vingt ans, certains de ses soutiens, à gauche, l’ont abandonné.
Ce qui n’est pas le cas du sénateur juif du Vermont, Bernie Sanders.
« Tous ces médias qui courent partout en disant : ‘Que pensez-vous du tatouage sur la poitrine de Graham Platner ?’, cela ne m’impressionne guère », déclarait cette semaine à Axios le doyen des politiciens du mouvement progressiste. « Entre vous et moi, il y a deux-trois questions bien plus importantes. »
Sanders a ajouté qu’il restait « résolument » aux côtés de Platner. L’interview complète de Sanders devrait être publiée ce vendredi par Axios, qui en a d’ores et déjà publié des extraits sur les réseaux sociaux.
Sanders soutient donc Platner, ex-Marine et ostréiculteur, et ce depuis que ce dernier a fait acte de candidature au Sénat en août dernier. Le programme anti-establishment de Platner, composé de mesures progressistes largement popularisées par Sanders, en a fait une étoile montante de la politique en dépit de son manque d’expérience politique. Platner se montre par ailleurs très dur envers Israël.
Toutefois, sa popularité a été ébranlée par la révélation d’anciens messages de Platner sur Reddit dans lesquels il tenait des propos dénigrants à l’encontre de plusieurs communautés. Pour couper court aux rumeurs, Platner a lui-même révélé qu’il avait un tatouage sur la poitrine en forme de tête de mort, très semblable au Totenkopf nazi. Il a raconté qu’il se l’était fait faire en 2007, avec d’autres Marines en Croatie, un jour où il était « ivre » et qu’il ignorait que cela avait un lien avec les nazis (selon d’autres sources d’information, il aurait su qu’il s’agissait d’un Totenkopf).
« Je ne suis pas nazi », a déclaré Platner lundi. Dans les tout premiers temps, il n’a pas présenté d’excuses, pas plus qu’il n’a évoqué le retrait ou la transformation de son tatouage.
Suite aux révélations, Sanders a dit à Axios qu’il restait malgré tout « impressionné par ce gars ».
« Il a vécu des choses très difficiles dans l’armée, en tant que mitrailleur : certains de ses amis ont été tués, raison pour laquelle il a quitté l’armée, il le dit lui-même. Je ne trahis aucun secret ; il a souffert de stress post-traumatique », a indiqué le sénateur. « Il a connu des moments très difficiles. Je pense que Graham Platner est loin d’être le seul Américain à avoir vécu des moments difficiles ».
Sanders a ensuite tenté de remettre en perspective les reproches faits à Platner et l’élection du président Donald Trump. « En tant que pays avec à sa tête un président condamné pour 14 crimes, nous devrions sans doute faire preuve de mansuétude », a-t-il ajouté.
Sanders est loin d’être le seul Juif progressiste de tout premier plan à continuer de soutenir Platner malgré la révélation de l’existence de ce tatouage. Jon Lovett, cofondateur de l’influent podcast de gauche « Pod Save America » et de la société de médias Crooked Media, et par ailleurs ex-membre de l’administration Obama, a reproché aux progressistes critiques envers Platner de ne vouloir « que des candidats parfaits issus de la fac de droit de Harvard ».
(Platner a révélé l’existence de son tatouage nazi lors d’un épisode de « Pod Save America ».)
« Bien sûr qu’il DEVRAIT répondre de ce tatouage », a écrit Lovett sur X mercredi. « Il a expliqué ce qu’il en était, que cela n’avait pas été perçu comme un symbole de haine dans l’armée ou au moment de son habilitation de sécurité. Il s’en est excusé et l’a dissimulé. Mais ce n’est peut-être pas suffisant. Peut-être que vous ne le croyez pas. »
Face aux remous, Platner a fait recouvrir son tatouage d’un autre motif qualifié par lui de « nœud celtique avec des chiens ».
Dans un message et une vidéo publiés sur les réseaux sociaux mercredi, le candidat a soulevé sa chemise pour montrer son nouveau tatouage tout en disant regretter que l’ancien ait pu être assimilé à un symbole nazi.
« On m’a fait savoir qu’il ressemblait beaucoup à un symbole utilisé par les néo-nazis, et je tiens à dire que ce n’était pas du tout mon intention. Rien qu’à l’idée de m’être promené avec une chose pareille, je suis horrifié », a déclaré Platner. « Je sais que des symboles comme celui-ci peuvent faire beaucoup de mal : savoir que je l’ai eu toutes ces années et qu’il a pu être perçu comme ça me met très mal à l’aise. »
« Toute ma vie, je me suis battu contre le fascisme, le racisme et le nazisme. Je pense que le racisme et l’antisémitisme sont, depuis trop longtemps, des fléaux pour la société et pour la politique. Je pense qu’ils n’ont rien à faire dans notre monde », a-t-il ajouté.
Platner a ensuite rapidement renvoyé la balle en accusant « l’establishment » de tenter de le discréditer en lançant de telles accusations.
« Chaque seconde consacrée à parler d’un tatouage qui date de l’époque où j’étais dans les Marines est une seconde perdue pour parler de Medicare for All, une seconde perdue pour parler de l’augmentation des impôts des riches », a-t-il poursuivi.
Un autre sénateur juif de tout premier plan, le chef de la majorité Chuck Schumer, a réagi à ces révélations sur le tatouage de Platner en prenant position en faveur d’un candidat, ce qu’il s’était jusque là abstenu de faire. Il a donc annoncé qu’il soutenait Janet Mills, l’ex-gouverneure du Maine, en laquelle il voit « la meilleure candidate pour succéder à Susan Collins ».
Selon un récent sondage, réalisé juste avant les révélations sur le tatouage, Platner avait une large avance sur Mills chez les démocrates.
Les adversaires de Platner n’ont pas manqué de sauter sur la controverse : Jordan Wood, un ancien assistant du Congrès lui aussi candidat aux primaires, a « avoué » sur les réseaux sociaux qu’il avait lui aussi un tatouage – du symbole de la campagne présidentielle de Barack Obama. « Je me le suis fait tatouer il y a de cela quelques années pour me rappeler ce que l’espoir et une vision positive peuvent faire en politique », a-t-il écrit sur Instagram. Avec cette pique destinée à Platner : « Et moi, je savais ce que c’était quand je me le suis fait faire. »
Platner le provocateur a fait savoir qu’il restait dans la course. Lors d’un rassemblement, mercredi soir, à Ogunquit, il a redit qu’il ne connaissait pas la signification de son tatouage en ajoutant : « S’ils pensent me faire peur, s’ils pensent que le fait de mettre ma vie privée en pâture, de tenter de me détruire, va me faire regretter de m’être lancé dans ce projet, c’est qu’ils ne connaissent vraiment rien aux Marines. »
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