Bosnie : les bénéfices de la vente d’une Haggadah reversés à la cause palestinienne
Le musée national de Bosnie-Herzégovine a accusé Israël de "génocide" ; les groupes juifs ont accusé le musée "d'exploiter et de politiser" un texte sacré du judaïsme
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Le musée national de Bosnie-Herzégovine a accusé Israël de « génocide » et annoncé que les bénéfices de la vente de la publication de la Haggadah de Sarajevo seront reversés à des causes palestiniennes.
Cette annonce concernant la Haggadah de Sarajevo, qui date du XIVe siècle et est considérée comme l’une des plus anciennes du genre au monde, a suscité de vives critiques de la part de groupes juifs. Ces derniers ont accusé le musée « d’exploiter et de politiser » un texte sacré du judaïsme, qualifiant cette décision d’insulte envers les Juifs.
Les recettes provenant de la vente de la publication « La Haggadah de Sarajevo – Art et histoire » d’une part et de la vente des billets de l’exposition de cette Haggadah d’autre part, serviront donc à « soutenir le peuple palestinien victime d’une terreur systématique, calculée et délibérée, directement de la part de l’État d’Israël et indirectement de la part de tous ceux qui soutiennent et/ou justifient ses actions honteuses », a indiqué le musée dans un communiqué publié sur son site web, sous un grand drapeau palestinien.
« À une époque où nous ne pouvons plus nous justifier en prétextant que nous manquons d’informations, chaque fois que nous détournons le regard, chaque fois que nous feignons la neutralité face aux meurtres quotidiens, à la famine et aux déplacements forcés de centaines de milliers de civils, principalement des femmes et des enfants, nous exprimons notre acceptation et notre complicité dans ce génocide dont nous sommes tous témoins en temps réel », a fait savoir le communiqué.
La Haggadah de Sarajevo, un manuscrit enluminé rédigé dans le nord de l’Espagne vers 1350, est considérée comme l’objet le plus important et le plus précieux du musée. En 1992, sa valeur a été estimée à 7 millions de dollars, à des fins d’assurance.
La décision du musée a été vivement critiquée par des organisations juives, qui ont affirmé que l’institution s’appropriait un précieux livre juif dans un but politique.
« La Haggadah de Sarajevo, symbole de la résilience juive, a survécu à l’Inquisition, à l’exil et à la Shoah », a souligné l’American Jewish Committee dans un communiqué. « Aujourd’hui conservée au Musée national de Bosnie, son héritage est terni par la décision du musée de politiser les recettes de l’exposition. Par ses récentes actions, le musée s’est déshonoré, et a manqué de respect aux générations de Juifs qui ont lu cette Haggadah autour de leur table de Seder. »
L’Anti-Defamation League s’est dite « horrifiée » par cette annonce.
« Il n’y a rien de subtil là-dedans. Exploiter un texte précieux du judaïsme pour manifester son mépris et sa colère envers l’État juif d’Israël est honteux, irrespectueux et tout à fait choquant », a fait savoir l’ADL. « Cette action trahit l’héritage de respect entre musulmans et Juifs que véhicule ce texte précieux pour, à la place, semer la discorde et la division. »
Même si ce geste est avant tout symbolique, cette décision reflète les tensions croissantes liées à l’antisémitisme et au sentiment anti-Israël en Bosnie-Herzégovine. Plusieurs centaines de Juifs vivraient dans ce pays des Balkans.
En juin, une réunion des principaux rabbins européens prévue à Sarajevo a été annulée après qu’un responsable public a expliqué qu’elle enverrait un signal « légitimant l’occupation et la destruction systématique du peuple palestinien ».
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