« Boucs émissaires » : en Iran, une répression inédite contre la minorité bahaïe
Arrestations sans motifs, torture, aveux forcés, simulacres d'exécution : les membres de la minorité religieuse interdite sont de plus en plus dans le viseur de la République islamique
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Le 8 janvier, Peyvand Naïmi était au travail lorsqu’il a été arrêté à Kerman, dans le sud-est de l’Iran, et emprisonné.
Torture, aveux forcés à la télévision : il fait partie des dizaines de bahaïs, minorité religieuse interdite par la République islamique, persécutés par le pouvoir en répression des manifestations qui ont secoué le pays en début d’année, selon les représentants de cette communauté.
Peyvand Naïmi, 30 ans, est accusé d’avoir participé au meurtre de trois membres de la milice Bassidj, dans la nuit du 8 au 9 janvier, au plus fort du mouvement de contestation contre le pouvoir.
« Mais c’est impossible, puisqu’il a été arrêté dans l’après-midi du 8 », dit à l’AFP un de ses proches installés hors d’Iran, ayant requis l’anonymat du fait de la sensibilité du sujet.
Il a été torturé, a subi deux simulacres d’exécution, mains et jambes liées, attaché à un mur, privé de nourriture et il est également apparu dans un « aveu forcé » télévisé, raconte-t-il, un récit corroboré par la Communauté internationale bahaïe (BIC) et l’ONG Amnesty International.
« Depuis des décennies »
« Nous n’avions pas vu ce genre d’escalade contre les bahaïs depuis des décennies », explique à l’AFP Simin Fahandej, représentante de la BIC auprès de l’ONU.
Selon elle, depuis le début des manifestations, 77 membres de la communauté ont été interpellés, et la guerre lancée fin février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran n’a pas stoppé cette vague d’arrestations.
Amnesty International estime que la répression s’est intensifiée dès l’an dernier, quand Israël a bombardé l’Iran en juin 2025. L’ONG a alors observé « une campagne d’Etat coordonnée d’incitation à l’hostilité, à la violence, à la discrimination et de désinformation accusant faussement les bahaïs d’être des espions et des collaborateurs d’Israël ».
« Le fait que cette communauté serve de bouc émissaire n’est pas nouveau, c’est le cas à chaque crise en Iran. Mais ce schéma d’aveux forcés diffusés par les médias d’Etat, arrachés sous d’intenses tortures, montre les nouvelles tactiques de l’Iran pour (…) justifier une persécution accrue », souligne-t-elle.
Discriminations
Peyvand Naïmi a été « roué de coups » pendant cinq jours, relate son proche. « Ils essaient de me forcer à avouer des choses que je n’ai pas faites », a-t-il confié dans un appel téléphonique avec ses parents, qui ont constaté des traces de torture lors d’une visite.
Et il a ajouté : « S’ils m’exécutent, ne soyez pas tristes, mon âme sera libérée de la cage de mon corps ».
Toute sa vie, le jeune homme a eu à affronter les discriminations en raison de sa religion, ce qui l’a empêché d’aller à l’université ou d’aller plus loin en natation où il excelle, selon le même interlocuteur.
Il veut croire que de tout cela, le trentenaire a en a tiré une leçon : « ne jamais abandonner ».
Son cousin Borna, 29 ans, a lui été arrêté le 1er mars. Il a aussi subi « au moins deux simulacres d’exécution et des décharges électriques provoquant de graves brûlures aux pieds », selon la BIC.
Il a dû signer de faux aveux dans lesquels il s’incrimine et accuse son cousin après des tortures particulièrement intenses au cours desquelles il a notamment été question de sa fillette de trois ans, rapporte l’organisation.
Le bahaïsme est une religion monothéiste fondée au début du 19e siècle en Iran, pays à prédominance musulmane chiite. Son centre spirituel historique est dans la ville israélienne de Haïfa, ce qui vaut régulièrement à ses fidèles d’être accusés d’être des agents d’Israël, ennemi juré de la République islamique.
Leur foi n’est pas reconnue par la Constitution et ils n’ont aucun représentant au Parlement, contrairement aux autres minorités en Iran (chrétiens, juifs et zoroastriens).
« Tactique des dictateurs »
Installée au Canada, Roya Basiri n’a rien su du sort réservé à son frère, Behzad, 38 ans, arrêté début avril jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il avait finalement été libéré jeudi.
Mais sa belle-soeur Mandana Sotoudeh, 38 ans et la soeur de cette dernière, Masha, âgée de 25 ans sont elles toujours détenues.
Et leur famille n’ont « aucune information » sur leurs dossiers ou les éventuelles accusations les visant, selon Roya Basiri.
A Rafsanjan (sud-est), trois femmes bahaies ont été écrouées le 25 avril après avoir été condamnées pour « propagande » contre la République islamique, selon la BIC.
L’une d’elles, Boshra Mostafavi, est enceinte et « pas en état de supporter la détention », toujours selon la même source.
Le 21 avril, Donald Trump avait partagé sur son réseau Truth Social une publication comportant les visages de huit femmes, selon lui, menacées d’exécution.
Parmi elles, figurait Venus Hosseininejad, issue de la minorité bahaie, arrêtée en janvier à Kerman et elle aussi soumise à un aveu forcé.
Depuis, elle a été libérée sous caution et la BIC indique qu’elle reste poursuivie pour des accusations liées aux manifestations mais ne risque pas la peine de mort.
« Les bahaïs ont toujours été victimes de persécutions mais après l’instauration de la République islamique (en 1979, NDLR), elles sont devenues systématiques et soutenues par l’Etat », rappelle Simin Fahandej.
Et pour elle, « utiliser une minorité comme bouc émissaire est une tactique bien connue des dictateurs à travers l’Histoire ».
la Communauté du Times of Israël !







