B’tselem : La détérioration des conditions de vie en Cisjordanie « élimine » l’existence collective palestinienne
Selon ce groupe israélien de défense des droits de l’Homme, ce projet s'est accéléré depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement en décembre 2022, et plus particulièrement depuis le 7-Octobre
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

L’organisation de défense des droits de l’Homme B’tselem a publié lundi un nouveau rapport détaillé accusant Israël de mener une campagne multiforme visant à porter atteinte aux « conditions matérielles, sociales et politiques qui permettent l’existence collective des Palestiniens », ce que cette organisation de gauche qualifie de « projet d’élimination ».
Ce rapport de quelque 250 pages détaille cinq « domaines d’action » clés mis en œuvre par Israël et qui, selon l’organisation, conduisent à « l’élimination » des Palestiniens de Cisjordanie : la violence et l’intimidation, les restrictions de circulation, l’étranglement économique, la destruction sociale et politique, ainsi que le nettoyage ethnique et la mainmise territoriale.
« Ensemble, ces domaines restreignent la capacité des Palestiniens de Cisjordanie à assurer les besoins fondamentaux de la vie quotidienne, tout en sapant les conditions qui permettent à la société palestinienne d’exister en tant qu’entité politique, sociale et territoriale dotée d’institutions, de droits collectifs et d’un avenir commun », peut-on lire dans le rapport.
L’organisation ajoute que ces mesures sont en train de « redessiner le territoire et les conditions de vie qui y règnent », afin de permettre à la présence israélienne en Cisjordanie de devenir « continue, bien ancrée et permanente », tandis que l’existence palestinienne devient « fragmentée, vulnérable et dépendante ».
Selon ce rapport, ce projet s’est accéléré depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement en décembre 2022, et plus particulièrement depuis l’invasion et les massacres perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Au cours des quatre dernières années, le gouvernement actuel a construit et autorisé la construction d’un nombre sans précédent d’implantations et de logements en Cisjordanie, tout en permettant l’édification d’environ 200 avant-postes illégaux et agricoles sur ce territoire, qui se sont emparés de vastes étendues de terres.
Des résidents d’implantations extrémistes se sont également livrés à une campagne de violence et de harcèlement à l’encontre de civils palestiniens dans des communautés rurales, sans que Tsahal et la police n’interviennent réellement pour y mettre un terme, comme l’a récemment souligné la Haute Cour de justice. Cette situation a entraîné le dépeuplement et la dépossession de dizaines de ces communautés.
Le nouveau rapport de B’Tselem soutient que ces développements, combinés aux politiques du gouvernement israélien qui ont porté préjudice à l’économie palestinienne, aux restrictions sévères de la liberté de circulation et à la répression de diverses formes d’activité sociale et politique palestinienne, rendent la vie des Palestiniens en Cisjordanie intenable en tant que collectivité.
Il indique également que, depuis le 7-Octobre, 200 nouveaux postes de contrôle ont été mis en place sur le territoire par les autorités israéliennes, que 18 % environ des terres de Cisjordanie ont été confisquées par la création d’implantations et d’avant-postes illégaux, et que 64 communautés de bergers palestiniens ont été dépeuplées sous le poids d’un harcèlement extrême de la part des résidents d’implantation et de l’armée.
Le rapport mentionne également que 1 087 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie, dont 242 enfants et 21 femmes. Selon Tsahal, la grande majorité des Palestiniens tués par les troupes en Cisjordanie ces dernières années étaient des terroristes armés, des émeutiers qui s’étaient affrontés aux troupes ou des terroristes perpétrant des attentats.
Sur le nombre total de Palestiniens tués en Cisjordanie au cours de cette période, 35 l’ont été par des civils israéliens et 15 par des Israéliens dont le statut (civil ou membre des forces de sécurité) est inconnu.
De plus, on recense quotidiennement des incidents de harcèlement, de vandalisme et d’agressions commis par des résidents d’implantation à l’encontre des Palestiniens et de leurs biens.
Selon le rapport de B’Tselem, cette violence « intimide l’ensemble de la population » et « restreint la marge de manœuvre dont disposent les Palestiniens en tant qu’individus, familles et communautés ».
Les restrictions à la liberté de circulation des Palestiniens, résultant de la mise en place de dizaines de nouveaux postes de contrôle et barrages routiers qui empêchent l’accès en véhicule des villes et villages palestiniens aux routes principales et aux axes les reliant à d’autres centres urbains, ont porté atteinte à des aspects essentiels de la vie quotidienne.
Les Palestiniens ne savent pas combien de temps il leur faudra pour se rendre à l’école ou au travail, pour obtenir des soins médicaux, ni pour rentrer chez eux, indique le rapport.
« Lorsque les agriculteurs ne peuvent pas accéder à leurs terres, que les bergers ne peuvent pas rejoindre leurs pâturages, que les travailleurs ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail, et que les élèves, les enseignants ou les équipes de secouristes ne peuvent pas atteindre leur destination, les restrictions de circulation nuisent également aux moyens de subsistance, à la santé, à l’éducation, aux liens sociaux et à la capacité de rester sur le territoire », indique le rapport, ajoutant que le refus d’accès aux terres crée souvent les conditions propices à leur mainmise par Israël.
L’étude souligne également les politiques israéliennes qui nuisent à l’économie palestinienne, notamment la révocation de la quasi-totalité des permis autorisant les Palestiniens de Cisjordanie à travailler en Israël proprement dit, « privant ainsi plus de 140 000 personnes de leur principale source de subsistance ».
Les retards et les retenues sur les recettes fiscales qu’Israël perçoit pour le compte de l’Autorité palestinienne (AP) ont compromis sa capacité à verser les salaires et à fournir les services de base, tandis que les restrictions de circulation ont elles-mêmes gravement nui à l’activité économique en Cisjordanie.
Le rapport accuse également les forces de sécurité israéliennes d’avoir arrêté des responsables électoraux, des militants, des universitaires, des étudiants et des journalistes, d’avoir restreint les manifestations palestiniennes et les protestations non violentes, et d’avoir intensifié la surveillance et les arrestations liées aux messages publiés sur les réseaux sociaux.
« L’incarcération sert non seulement à punir des individus, mais aussi à dissuader la population et à restreindre la possibilité d’une action collective », peut-on lire dans le rapport.
Il note également que les avant-postes agricoles illégaux établis en Cisjordanie par des militants du mouvement pro-implantations ont pris le contrôle d’environ 264 000 acres de terres, soit 18 % de la Cisjordanie. Ces chiffres sont reconnus par « l’Association des agriculteurs », qui représente ces avant-postes.
« Au cours des trois dernières années, Israël a démantelé les conditions d’existence collective des Palestiniens en Cisjordanie et a rendu son contrôle plus permanent », a déclaré Yuli Novak, directrice exécutive de B’Tselem, lors d’une conférence de presse consacrée à ce nouveau rapport.
« Les États et les institutions internationales doivent utiliser tous les moyens à leur disposition pour mettre fin aux crimes israéliens, protéger les Palestiniens et mettre un terme au projet d’élimination », a-t-elle ajouté.
la Communauté du Times of Israël !







