Ce cheikh palestinien a un plan pour la paix avec Israël – mais il ne fait pas l’unanimité
La proposition renouvelée d'un émirat reconnaissant Israël a été accueillie positivement par le ministre de l'Économie cette semaine, mais la plupart jugent irréalisable l'idée de contourner l'AP
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JTA – La clé de la paix au Moyen-Orient pourrait-elle venir non pas d’une victoire militaire ou de pressions de la Maison Blanche, mais d’un réseau de cheikhs en Cisjordanie?
Une telle solution est quasiment impossible, selon les experts régionaux. Mais cela n’a pas empêché cinq éminents cheikhs de la région de Hébron de soumettre cette une proposition peu orthodoxe, suscitant l’enthousiasme de certains, en particulier parmi ceux qui sont désireux de faire avancer un accord de paix contournant la question de la création éventuelle d’un État palestinien.
Les cheikhs ont proposé une pleine reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif, accompagnée d’une rupture pacifique avec l’Autorité palestinienne pour former un « émirat de Hébron » autonome aligné sur les Accords d’Abraham. La région s’associerait à Israël et instaurerait une « tolérance zéro » pour le terrorisme, selon une lettre du cheikh Wadee al-Jaabari, un haut responsable de l’un des clans les plus influents d’Hébron, adressée au ministre israélien de l’Économie, Nir Barkat. Cette lettre a été mentionnée pour la première fois par le Wall Street Journal.
Jaabari a déclaré au journal que lui et les autres cheikhs -qui ont souhaité rester anonymes – avaient compris qu’il était inutile de faire pression pour la création d’un État palestinien.
« Il n’y aura pas d’État palestinien, pas même dans mille ans », a-t-il déclaré. « Après le 7 octobre, Israël ne le permettra pas. »
Barkat, qui, selon certaines informations, a rencontré les cheikhs une dizaine de fois au cours des cinq derniers mois, a salué la proposition, arguant que l’Autorité palestinienne avait perdu la confiance de son propre peuple et celle de la population israélienne.
« Le Cheikh Jaabari veut la paix avec Israël et veut rejoindre les Accords d’Abraham, avec le soutien de ses collègue cheikhs. Qui en Israël pourrait refuser une telle chose ? », a indiqué Barkat.
Mercredi, la voiture d’al-Jaabari a été incendiée à Jérusalem-Est, un acte de vandalisme largement considéré comme une réponse à sa proposition. Certains membres de sa famille l’ont par ailleurs officiellement renié.
Selon Harel Chorev, chercheur sur les clans palestiniens à l’université de Tel Aviv, ce projet n’est ni nouveau, ni réalisable. La dernière fois qu’une proposition similaire avait fait la une des journaux remonte à 2012. À l’époque, c’est le père de Wadee al-Jaabari, le Cheikh Farid Jaabari, qui s’était attelé à la faire avancer. Pour Chorev, cette proposition est « un fantasme pour certains membres de l’extrême droite israélienne, qui voient l’Autorité palestinienne comme une ennemie » et qui espèrent une alternative – impliquant des émirats tribaux ou un modèle fédéré – qui éliminerait complètement la perspective d’un État palestinien.
D’après Chorev, les Jaabari étaient motivés en grande partie par la nostalgie.
« Ils veulent restaurer leur âge d’or », a-t-il expliqué, faisant référence à la période des années 1940 à la fin des années 1970, lorsque le clan régnait et entretenait des liens avec les autorités israéliennes.
Malgré son peu de chances d’aboutir, la proposition des cheikhs a attisé les discussions – de l’enthousiasme à la condamnation, dans un contexte où certains responsables israéliens s’interrogent ouvertement sur l’avenir de l’Autorité palestinienne. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a notamment affirmé que jamais l’Autorité palestinienne ne dirigerait le territoire de Gaza une fois la guerre terminée.
Dans leur lettre, les cheikhs rejettent la solution à deux États. Ils proposent un nouvel arrangement destiné à remplacer les Accords d’Oslo qui, selon eux, « n’ont apporté que dégâts, morts, catastrophes économiques et destructions », selon le Wall Street Journal.
Leur proposition décrit étape par étape comment un millier de résidents de Hébron – un nombre qui augmentera ensuite progressivement jusqu’à 50 000 – pourront commencer à travailler en Israël. Depuis l’invasion des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 durant laquelle quelque 1 200 personnes sont mortes dans le sud d’Israël et 251 autres prises en otage dans la bande de Gaza, l’État juif a fortement réduit le nombre de permis de travail accordés aux Palestiniens, coupant une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles.
La proposition inclurait également la création d’une zone économique commune sur plus de 405 hectares près de la barrière de sécurité entre Hébron et Israël, prévue pour employer des dizaines de milliers de personnes, selon l’article.
Enfin, selon le projet, Hébron servirait de « pilote » pour une transformation plus large en Cisjordanie, d’autres villes telles que Bethléem pouvant potentiellement passer sous l’autorité d’émirats locaux indépendants en cas de succès du modèle.
En développement depuis des années, ce projet compte les participations du chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, et de l’expert de l’Orient Mordechai Kedar, partisan de longue date du remplacement de la direction nationale palestinienne par une gouvernance clanique locale.
Mais même si elle bénéficie de quelques soutiens, la proposition s’est vue largement rejetée lorsqu’elle a été dévoilée cette semaine.
L’activiste palestinien et résident de Hébron Issa Amro a décrit l’article comme une « invention dangereuse » et a condamné son auteur, Elliot Kaufman, membre du comité de rédaction du WSJ, pour « son journalisme d’une médiocrité scandaleuse, ou sa volonté délibérée de désinformation ».
Elior Levy, le correspondant des affaires palestiniennes pour la chaîne publique Kan, a également dénoncé cet article qu’il a qualifié « d’absurde ».
« Les mots ont un coût, et ces déclarations recyclées n’ont abouti à rien [dans le passé] », a-t-il écrit sur le réseau social X. « Je conseille au Wall Street Journal de se consacrer davantage à Wall Street et moins à Hébron.”
Michael Milstein, ancien officier supérieur du renseignement de Tsahal et spécialiste de la société palestinienne, a rapporté à la radio publique Kan que cette initiative reflétait un fantasme persistant chez certains en Israël : au lieu de traiter avec une direction palestinienne unifiée ayant des aspirations nationales, il pourrait être possible de diviser la société palestinienne en clans et émirats locaux – une approche de type « diviser pour mieux régner », qui éroderait l’idée d’un État.
« Mais la vérité », a-t-il confié, « est que personne dans l’arène palestinienne n’adhère à cette idée. »
Milstein a comparé l’adoption de la proposition par certains à la dépendance croissante d’Israël à l’égard du clan Abu Shabab à Gaza, une milice locale que l’État juif a soutenue dans l’espoir qu’elle pourrait l’aider à contrer le Hamas. « Une fois de plus, comme avec l’histoire d’Abu Shabab, nous nous retrouvons dans une situation où les fantasmes l’emportent sur l’évaluation lucide », a-t-il précisé à Kan.
Même certains membres du clan Jaabari ont rejeté la proposition. Ils ont publié une déclaration vidéo relayée ensuite sur le réseau d’information Quds affilié au Hamas, dans laquelle ils désavouent le projet et ses auteurs, et réaffirment l’engagement du clan envers « les principes islamiques et nationaux ». La famille Jaabari rappelle également avoir « sacrifié des centaines de martyrs, de blessés et de prisonniers sur la terre de Palestine », une ligne que ne mentionne pas le désaveu similaire partagé par Amro sur le réseau social X.
Chorev a pour sa part indiqué que l’affirmation selon laquelle « des centaines » de membres du clan Jabaari avaient été impliqués dans des activités politiques ou militantes conduisant à l’emprisonnement ou à la mort était « certainement une exagération ».
« Les activités terroristes n’ont impliqué que très peu de personnes », a-t-il souligné, ajoutant que de telles affirmations visaient probablement « à convaincre tout le monde que la famille était loyale à la question palestinienne ».
Et d’ajouter que ceux qui dénonçaient le cheikh ne représentaient pas la majorité, notant qu’à sa connaissance, Wadee al-Jabaari était « actuellement le plus puissant du clan », même si des rivalités persistaient. Le clan, a-t-il poursuivi, était composé « d’un groupe de familles ou de sous-clans », parmi lesquels des groupes sans lien de parenté, historiquement amenés en tant que travailleurs par le défunt cheikh Muhammad Ali al-Jabaari – maire d’Hébron pendant près de trois décennies – et qui, plus tard, ont adopté le nom de la famille.
Le clan Jaabari, qui a historiquement régné sur la ville du sud de la Cisjordanie et sur ses environs pendant des décennies, n’est pourtant pas représentatif de la population palestinienne, même en ce qui concerne Hébron, a-t-il affirmé.
« Ils fonctionnent de manière très tribale, dans le sens où ils prêtent allégeance au clan », a-t-il expliqué. Cette orientation, a-t-il précisé, les distingue de la plupart des Palestiniens, en particulier en dehors d’Hébron, qui ont tendance à se considérer comme appartenant à une identité nationale plus large. « C’est pourquoi je ne vois pas la proposition [des Jaabari] aboutir », a-t-il souligné. « Ils auront beaucoup de mal à s’opposer à une organisation nationale beaucoup plus importante comme l’Autorité palestinienne, ou même à des mouvements comme le Fatah et le Hamas. »
Le soutien au Hamas dans la région de Hébron, a commenté Chorev, provient en grande partie du ressentiment envers l’Autorité palestinienne considérée comme corrompue et excluante, plutôt que d’un alignement idéologique. « Ce n’est pas le genre de soutien constaté à Gaza, de personnes souhaitant nécessairement s’opposer à Israël. »
Malgré cela, la proposition de Jaabari, a fait savoir Chorev, « ne correspond pas à la réalité ».
« Je dis cela en tant que personne qui apprécie les Jaabari – je les considère comme ma famille », a déclaré Chorev, qui a consacré une partie de ses recherches doctorales au clan Jaabari. « Si seulement cela pouvait marcher. »
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