« C’est du terrorisme, ni plus ni moins » : Depuis l’Ohio, un Américain d’origine palestinienne voit sa famille assiégée à Qusra
À près de 10 000 km de là, Loui Ridi voit sur ses caméras des soldats de Tsahal fraterniser avec ceux qui bloquent chez eux son frère et son neveu, pris au piège
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À des milliers de kilomètres de là, Loui Ridi assiste, horrifié, au siège mené par des résidents d’implantations israéliennes extrémistes autour de la maison qu’il fait construire dans le village palestinien de Qusra, en Cisjordanie.
Les caméras de surveillance qu’il y a installées lui montrent des résidents d’implantations encerclant sa maison et celle d’un voisin, en bloquant les accès avec de gros blocs de pierre et en défiant ouvertement les soldats israéliens, qui n’interviennent guère.
À l’intérieur, le frère de Ridi, Qusai Abu Ridi, et le fils de ce dernier, âgé de 18 ans, se retrouvent pris au piège. Non loin de là, Youssef Hassan, son épouse et leurs filles sont eux aussi empêchés de sortir de chez eux par le même groupe d’extrémistes.
Ridi, 46 ans, est né et a grandi à Qusra. Il vit aujourd’hui à Toledo, dans l’Ohio, où il possède et dirige une chaîne prospère de stations-service et de car-wash. Il s’est entretenu avec le Times of Israel tôt mercredi matin, peu après 6 heures, heure de l’Est des États-Unis (13 heures en Israël). Il n’avait pas dormi de la nuit, passée à surveiller les images des caméras de sécurité installées dans sa maison de Qusra.
« J’ai dit à Qusai : ‘Écoute, ta vie est plus importante que tout. Si tu te sens menacé, si tu as peur, je ferai en sorte que quelqu’un vienne te chercher et te conduise en lieu sûr.’ », a confié Ridi au Times of Israel.
« Mais il ne veut pas partir. Il m’a dit, ‘Mon frère, tout ce dont j’ai besoin, c’est de nourriture. Je ne quitterai pas notre maison.’ »
Bien qu’il vive aux États-Unis, Ridi reste profondément attaché à Qusra. Outre son frère et son neveu, il y a de nombreux proches et amis, et reste lié au village par de précieux souvenirs. Il l’a quitté il y a 23 ans pour s’installer dans l’Ohio. Il a deux filles, âgées de 10 et 20 ans.
Il retourne voir sa famille au moins une fois par an, et plus fréquemment encore ces dernières années. Sa mère, âgée de 83 ans, a été victime d’un AVC et il souhaite passer autant de temps que possible à ses côtés.
Il a acheté le terrain à Qusra il y a plusieurs années et entrepris d’y construire une maison. Il affirme avoir à ce jour investi un million de dollars dans cette résidence, qui n’est toujours pas achevée.
« Je l’ai achetée pour que mes filles aient leur place dans l’histoire de notre famille », explique-t-il. « C’est un besoin fondamental : les rattacher à mes racines et à mon identité. »
« Quand ma fille aînée avait sept ans, je l’ai emmenée à Qusra pendant deux mois », a-t-il raconté. « Je l’ai inscrite à l’école pour qu’elle tisse un lien avec cet endroit. Ce fut une expérience formatrice. Avant de construire la maison, j’ai obtenu tous les permis nécessaires auprès de l’Autorité palestinienne (AP), et je dispose de tous les documents prouvant que le terrain m’appartient et que je suis autorisé à y construire. »
Ridi a indiqué avoir sollicité l’aide de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.
« Je leur ai envoyé un e-mail et ils m’ont répondu qu’ils n’avaient aucune compétence en la matière et que je devais m’adresser au gouvernement israélien ou à l’Autorité palestinienne », a-t-il déclaré.
Mercredi, des responsables américains auraient évoqué la situation et se seraient dits indignés par le siège que des résidents d’implantations continuent d’imposer aux maisons de Qusra, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles Israël laisse « l’anarchie » s’installer en Cisjordanie. La Maison Blanche et le Département d’État américain n’ont pas répondu aux demandes de commentaires sur cette affaire.
D’autres Palestiniens détenteurs de la nationalité américaine ont également déploré le manque de réactivité de l’ambassade des États-Unis en Israël, dont dépend également le Bureau américain des affaires palestiniennes. Des milliers de Palestiniens de nationalité américaine vivent dans des villages à l’est de Ramallah, formant une concentration particulièrement importante et inhabituelle de citoyens américains dans ce territoire.
Le cas le plus notable est celui de Turmus Ayya, où la grande majorité des habitants possèdent la nationalité américaine. D’importantes communautés palestino-américaines vivent également dans d’autres villages au nord-est et à l’est de Ramallah. Beaucoup de leurs membres affirment que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, n’est pas intervenu pour leur venir en aide.
« Une chose est claire : il n’est pas de notre côté », a déclaré Ridi.
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En 2025, après un incendie criminel dans la ville palestinienne de Taybeh, en Cisjordanie, Huckabee s’était rendu sur place et avait promis son soutien aux citoyens américains.
« Je travaille pour TOUS les citoyens américains qui vivent en Israël, qu’ils soient juifs, musulmans ou chrétiens », avait-il déclaré lors de cette visite. « Face au terrorisme ou à la criminalité dont ils peuvent être victimes, j’exigerai que les responsables répondent de leurs actes et soient sanctionnés en conséquence. »
Mais la semaine dernière, des Palestiniens américains de Turmus Ayya ont déclaré au quotidien britannique The Guardian qu’ils estimaient que l’administration américaine n’en faisait pas assez face à la recrudescence des violences commises par des résidents d’implantations. L’article faisait état d’appels répétés à l’aide adressés aux autorités américaines qui, selon les habitants, n’avaient débouché sur aucune protection efficace.
Assister, derrière un écran, au siège de son frère et de son neveu, sans pouvoir leur venir en aide, est une épreuve pour Ridi.
« C’est extrêmement difficile. Cela fait déjà trois jours que je suis scotché à mon écran », a-t-il déclaré. « Nous nous parlons toutes les quelques heures. Par moments, je vois en direct les résidents d’implantations s’approcher de la maison. Je vois comment mon frère et son fils réagissent, et c’est un cauchemar. »
« Ces gens sont des monstres. C’est du terrorisme, ni plus ni moins. Cela ne pourrait se produire nulle part ailleurs dans le monde », a-t-il ajouté.
« Je ne comprends pas comment une chose pareille peut se produire », a-t-il poursuivi. « Mon frère appelle la police et demande de l’aide et, peu après, une camionnette blanche arrive avec des soldats de Tsahal. « Mais au lieu de lui venir en aide, les soldats donnent l’accolade aux résidents d’implantations. Au lieu de protéger mon frère, ils deviennent eux-mêmes une menace. C’est comme si ces gens avaient des soutiens, comme si tout cela relevait de la politique du gouvernement israélien. Je ne comprends pas. »
L’armée a confirmé mercredi que des mesures disciplinaires seraient prises contre les soldats filmés dimanche en train de prier aux côtés de résidents d’implantations devant les maisons assiégées, au lieu de les évacuer de la zone.
Ridi a souligné que Qusra se trouve dans la zone B, où Israël est censé exercer le contrôle sécuritaire.
« Quand j’étais enfant, je ne connaissais pas d’Israéliens », a déclaré Ridi. « Ce que je vis aujourd’hui au contact de ces gens est profondément troublant. La seule consolation, c’est qu’il y a aussi d’autres Israéliens. Des Israéliens qui se soucient réellement de ce qui se passe, des gens qui ont du cœur. »
Il se prépare à se rendre à Qusra la semaine prochaine.
« Qusai m’a dit de rester chez moi. « Tu ne peux rien faire ici. Reste chez toi », m’a-t-il dit. « Mais je dois venir. Je dois être près de mon frère. »
Jacob Magid et Nurit Yohanan ont contribué à cet article.
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