Colloque sur la Palestine annulé : La justice donne tort au Collège de France
Le ministre de l'Enseignement supérieur avait soutenu cette décision en la qualifiant de "responsable" - l'événement étant qualifié par des personnalités de "propalestinien", "biaisé" ou "antisioniste"
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Le tribunal administratif de Paris a donné tort, mercredi, au Collège de France, qui avait décidé d’annuler un colloque sur la Palestine à l’automne, en invoquant une polémique et un risque pour l’ordre public.
Les universitaires et intervenants qui, au nom de la liberté académique, avaient saisi la justice « sont fondés à soutenir que la décision de l’administrateur du Collège de France d’annuler le colloque prévu les 13 et 14 novembre 2025 est entachée d’une erreur d’appréciation », souligne le jugement du tribunal, consulté par l’AFP.
L’administrateur, Thomas Römer, avait annulé le 9 novembre ce colloque « Palestine et Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », en raison d’une « polémique » et de « risques » entourant cet événement, qualifié par des personnalités de « propalestinien », « biaisé » ou « antisioniste ».
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, avait soutenu cette décision en la qualifiant de « responsable ».
Le colloque s’était malgré tout tenu aux mêmes dates au Carep (Centre arabe de recherches et d’études politiques), à huis clos, sans incident, mais l’annulation avait suscité de vives inquiétudes dans le monde universitaire.
À l’audience, le 1er juillet, le rapporteur public avait estimé que la décision de Thomas Römer était « disproportionnée ».
« Étrange défaite que de ne pas avoir mobilisé la police pour sécuriser les abords, filtrer les entrées » au lieu d’annuler l’événement, avait-il lancé en reprenant au passage le titre d’un livre de l’historien Marc Bloch, estimant que la liberté académique devait « résister » face au risque de troubles à l’ordre public.
Dans sa décision, le tribunal estime que le Collège de France n’a pas apporté d’éléments caractérisant le risque d’atteinte à l’ordre public au moment de l’annonce de la décision d’annulation et n’a pas montré qu’il lui aurait été impossible de sécuriser l’événement ou de l’organiser à huis clos.
Le tribunal condamne le Collège de France à verser 1 000 euros à plusieurs groupes de requérants, soit 4 000 euros au total.
Me Raphaël Kempf, avocat des chercheurs et des intervenants et ancien candidat du Nouveau Front Populaire aux élections législatives à Paris, a salué ce qu’il a appelé une « victoire pour les libertés académiques et contre la censure ».
« La censure du colloque était une prime à l’ignorance car elle a été demandée et obtenue par des gens qui n’avaient pas lu les travaux des chercheurs invités, ne cherchaient pas à en débattre sereinement et préféraient l’anathème à la réflexion », a-t-il poursuivi auprès de l’AFP.
Pour l’avocat du Collège de France, en revanche, l’établissement « a été confronté à une situation exceptionnelle » et n’était « pas en mesure de faire face ».
« Le colloque a en outre pu se tenir dans un autre lieu. Le tribunal administratif aurait pu tenir compte de ces éléments, mais il en a décidé autrement », a regretté Me François Molinié.
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