Coulant les proxies de l’Iran, l’opération Déluge Al-Aqsa de Sinwar aura aussi englouti Khamenei
Le guide suprême iranien a exercé des pressions en faveur du rétablissement des liens avec le Hamas - dont l'attaque sanglante du 7 octobre a provoqué une riposte israélienne qui a balayé "l'axe de la résistance", désormais plus vulnérable
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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est mort dans la journée de samedi – probablement asphyxié – mais les germes de sa disparition, survenue lors d’une frappe lancée conjointement par les États-Unis et Israël, avaient été semés il y a déjà des années, loin de son quartier-général de Téhéran.
Le tout début du processus qui aura finalement entraîné sa mort violente remonte, en effet, au 7 octobre 2023, quand le groupe terroriste du Hamas avait commis son pogrom dans le sud d’Israël et que, ce faisant, il avait déclenché toute une série d’événements qui, après plusieurs rebondissements, ont finalement amené Israël et les États-Unis à lancer une guerre visant à éliminer le régime iranien, ce régime que l’ayatollah dirigeait d’une main de fer depuis des décennies.
Toutefois, les choses pourraient même remonter plus loin encore – peut-être avec la décision qui avait été prise par Khamenei, il y a près de dix ans, d’accueillir le Hamas et de renforcer ses capacités. Cette décision, qui s’était inscrite dans le cadre de son projet de longue date – il voulait mettre en place tout un réseau de forces armées bien équipées à travers le Moyen-Orient – a bien pu, pour certains observateurs, avoir marqué le début de la fin pour la république islamique.
A l’époque, Khamenei s’était vanté de disposer d’un réseau de groupes chiites loyaux en Irak, au Liban et au-delà, qui agissaient comme autant de soldats fidèles et dévoués à la cause qui était la sienne depuis 1989.
Mais le Hamas sunnite avait initialement brisé cette harmonie, affirmant son indépendance.
Il est vrai que les relations avec le Hamas étaient tendues depuis 2012 au moins. Cette année-là, le groupe terroriste avait soutenu l’opposition sunnite au régime de Bachar al-Assad – auquel Téhéran, de son côté, apportait son soutien – en Syrie.
Mais en 2017, il y avait eu un changement déterminant. Six ans après le début de la guerre civile sanglante en Syrie, le Hamas s’était doté de deux nouveaux chefs considérés comme plus favorables à l’Iran : Ismail Haniyeh, le leader du groupe qui vivait au Qatar, et Yahya Sinwar, le nouveau commandant puissant à Gaza.
Avec la mise en place de ce nouveau leadership, Khamenei avait orchestré une réconciliation entre Assad et le Hamas.
Les principaux acteurs avaient salué ce rétablissement des relations, qui avait permis au Hamas de réintégrer le réseau iranien.
Téhéran, avait affirmé Sinwar, était le « plus grand soutien financier et militaire » du Hamas.
« Le soutien militaire iranien au Hamas et à Al-Qassam est stratégique », avait-il précisé, affirmant que la relation était « devenue fantastique » et qu’elle avait « retrouvé le même niveau que dans le passé ».
« Tous les missiles que vous pouvez voir à Gaza et au Liban ont été fabriqués avec le soutien de l’Iran », s’était enorgueilli, de son côté, le commandant des forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne, Amir Ali Hajizadeh.
Constatant qu’Israël étant clairement opposé à toute perspective d’invasion terrestre à Gaza qui aurait été susceptible de mettre en péril son pouvoir, et alors qu’il bénéficiait désormais du soutien de l’Iran – et à terme du Qatar – Sinwar avait ressenti une hardiesse croissante.
Il avait continué à renforcer les capacités militaires du Hamas, convaincu que s’il déclenchait un conflit avec Israël, l’Iran ordonnerait à ses proxies d’entrer en guerre, mettant Israël à genoux.
Un plan qu’il avait mis à exécution, le 7 octobre 2023, quand le groupe terroriste avait lancé son assaut surprise, massacrant plus de 1 200 personnes dans le sud d’Israël et kidnappant 251 personnes, qui avaient été prises en otage à Gaza.
L’attaque sans précédent initiée par Sinwar avait marqué l’apogée de l’axe iranien.
L’opération « déluge Al-Aqsa » avait, certes, entraîné un véritable tsunami – mais la puissance de la vague aura fini par balayer les proxies de l’Iran, les éloignant des frontières d’Israël, et elle aura fini par noyer Khamenei, voire le régime lui-même.
Le chef fanatique du Hamas à Gaza était convaincu que le pogrom commis par ses hommes armés – appelé « déluge Al-Aqsa », du nom de la mosquée située sur le mont du Temple, dans la Vieille ville de Jérusalem – déclencherait des assauts similaires de la part des autres proxies iraniens, submergeant les défenses tant saluées de l’État juif.
Mais cela ne s’est pas produit. L’opération « déluge Al-Aqsa » avait, certes, entraîné un véritable tsunami – mais la puissance de la vague aura fini par balayer les proxies de l’Iran, les éloignant des frontières d’Israël, et elle aura fini par noyer Khamenei, voire le régime lui-même.
Les dominos chutent
Le Hamas avait connu son heure de gloire. Pendant plusieurs heures, le 7-Octobre, ses terroristes avaient semé la dévastation dans les kibboutzim, dans les bases militaires, dans un festival de musique électronique – ils avaient tué, violé et kidnappé dans les communautés frontalières d’Israël, détruisant tout sur leur passage.
Les hommes armés avaient fêté le carnage, et leurs partisans à travers le monde avaient exprimé avec enthousiasme leur soutien à ces atrocités.
A la fin de cette journée d’horreur, Israël avait largement repris le contrôle de la situation et, en quelques semaines, l’État juif était passé à l’offensive. L’opération terrestre lancée par Israël à Gaza avait été lente et parfois désorganisée – mais l’armée israélienne avait écrasé le Hamas, tuant presque tous ses chefs à Gaza, y compris Sinwar lui-même.
Les groupes soutenus par l’Iran en Irak et au Yémen avaient attaqué Israël en signe de soutien au Hamas – mais ils s’étaient révélés être trop faibles ou trop éloignés du territoire pour avoir réellement un impact. Seul acteur encore en lice, le Hezbollah, le groupe chiite libanais que Khamenei avait transformé en armée puissante.
Selon certaines informations, le Hezbollah était initialement réticent à l’idée de monter sur le front, mécontent que le Hamas ait devancé son propre projet d’invasion d’Israël. Il avait toutefois décidé de s’engager dans la bataille seulement vingt-quatre heures après le pogrom du 7-Octobre, mais il s’était abstenu de défier sérieusement l’armée israélienne, se contentant de bloquer certains soldats le long de la frontière libanaise.
Pendant presque un an, le groupe terroriste chiite avait procédé à des tirs de roquettes, de missiles et de drones – à un rythme constant mais néanmoins gérable. Au mois de septembre 2024, Israël en avait eu assez, passant à l’offensive sur sa frontière nord.
Lançant sa campagne militaire avec sa spectaculaire « Opération bipeurs », Israël avait systématiquement éliminé les commandants du groupe libanais, y compris son chef de longue date, Hassan Nasrallah.
Les forces terrestres de Tsahal étaient ensuite passées de l’autre côté de la frontière, détruisant les infrastructures du Hezbollah au sud du fleuve Litani. Après avoir perdu des milliers d’hommes, la majorité de ses roquettes et une grande partie de son commandement, le Hezbollah avait jeté l’éponge, acceptant un cessez-le-feu. Ce qui avait laissé ce qui restait alors du Hamas seul face à Israël.
Entre le cessez-le-feu conclu au mois de novembre 2024 et la fin du mois de février 2026, Israël aura abattu plus de 400 terroristes du Hezbollah – sans faire face à la moindre riposte. Quand Israël avait bombardé l’Iran pendant douze jours, le proxy libanais avait refusé de défendre l’Iran. Et quand Israël a lancé sa première salve contre la république islamique dans la journée de samedi, la crainte – autrefois omniprésente – de représailles de la part du Hezbollah a été pratiquement absente.
Sans oublier qu’il y a un peu plus d’un an, Israël avait été aux premières loges pour constater le destin réservé, au Moyen-Orient, à un régime dépendant du Hezbollah et d’une Russie débordée et qui perdait ces précieux soutiens.
En effet, quelques jours après le cessez-le-feu qui avait été conclu au Liban, les rebelles syriens avaient quitté leur petit État dans le nord-ouest du pays et ils s’étaient dirigés vers le sud, se saisissant de la capitale. Assad avait fui le pays et un régime fermement anti-iranien, anti-Hezbollah et, pour l’instant, pro-occidental avait pris sa place.
Pour Israël, une voie s’était ouverte pour s’attaquer à la « tête de la pieuvre » elle-même : la république islamique. Et cela avait été au tour du Premier ministre Benjamin Netanyahu de saisir cette opportunité.
Le 7-Octobre engloutit Khamenei
L’Iran avait massivement investi dans le Hezbollah pour protéger son programme nucléaire (en grande partie) : Ainsi, si Israël envisageait d’attaquer la république islamique, le pays devait ainsi tenir compte des milliers de missiles que le Hezbollah pourrait faire pleuvoir sur les villes et sur les sites stratégiques israéliens.
Mais désormais, le groupe chiite a perdu toute sa combativité. De plus, le système avancé de défense aérienne syrien a cessé d’être un facteur déterminant depuis la chute du régime d’Assad et Israël a détruit la majeure partie de ce qui restait de son armée – libérant ainsi l’espace aérien pour les avions israéliens susceptibles de se diriger vers l’Iran.
Israël a frappé une première fois au mois de juin 2025, éliminant dès le premier jour une trentaine de hauts commandants militaires iraniens – dont les trois généraux les plus gradés du CGRI – et perturbant les capacités de commandement et de contrôle de Téhéran. Hajizadeh, qui s’était vanté du soutien apporté au Hamas par l’Iran, a figuré parmi ceux qui ont perdu la vie lors de l’opération « Mariage Rouge ».
L’armée de l’air a également éliminé des scientifiques spécialistes du nucléaire de haut rang, détruisant une grande partie des défenses aériennes iraniennes. Elle a pris le contrôle de l’espace aérien et elle a frappé des lance-missiles balistiques. Au cours des jours suivants, Tsahal a pris pour cible d’autres installations nucléaires iraniennes, éliminé d’autres commandants et d’autres scientifiques tout en continuant à œuvrer pour déjouer les représailles iraniennes qui visaient le territoire israélien. Et dix jours plus tard, les États-Unis ont lancé des frappes contre les sites nucléaires iraniens, en particulier contre l’usine souterraine de Fordo.
Mais le travail n’a pas été terminé. Le président américain Donald Trump a poussé Israël à mettre un terme à sa campagne – plus tôt que l’État juif ne l’aurait souhaité.
Le régime iranien est resté intact. La prochaine vague d’attaques a toutefois semblé n’être qu’une question de temps.
Les manifestations généralisées sur le territoire de la république islamique, au mois de décembre et au mois de janvier, ont finalement mis en marche cette deuxième série de frappes américano-israéliennes.
Trump a d’abord menacé de s’en prendre à l’Iran pour protéger les manifestants. « Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, ce qu’ils ont tendance à faire pendant les émeutes… nous allions les frapper très fort », a confié Trump dans une interview accordée à l’animateur de radio conservateur Hugh Hewitt.
Les menaces américaines et le renforcement militaire, de la part des États-Unis, ont incité les partenaires arabes à demander à Trump d’accorder encore une chance à la diplomatie.
Les menaces de Trump ont principalement concerné le programme nucléaire iranien – et alors que trois cycles de négociations ont finalement échoué à obtenir des concessions suffisantes de la part de l’Iran, les États-Unis et Israël ont lancé leur campagne de bombardements massifs.
Contrairement à la dernière opération, les deux pays ont commencé par décapiter le régime dans la journée de samedi, préparant ainsi le terrain pour son renversement.
L’homme à la tête de la république islamique depuis 1989 a disparu, sans successeur s’imposant de manière évidente.
Alors oui, peut-être qu’Israël et l’Iran se seraient retrouvés en guerre un jour, indépendamment de ce qui s’est passé le 7 octobre 2023. Mais il est également probable qu’un tel conflit se serait concentré sur des objectifs plus modestes que celui du changement de régime, si l’Iran n’avait pas été laissé aussi exposé et plus vulnérable en conséquence.
Pendant plus d’une décennie avant le 7-Octobre, Netanyahu avait mis en garde contre la menace iranienne. Mais il n’avait pris aucune mesure, ni contre son programme nucléaire ni contre son régime.
Et si, aujourd’hui, le Hamas et le Hezbollah étaient encore intacts, Israël devrait maintenant faire non seulement face au puissant arsenal balistique de l’Iran, mais aussi à des dizaines de milliers de missiles supplémentaires et à des armées de terroristes à ses frontières.
Dans un tel scénario, Netanyahu aurait probablement essuyé les critiques de nombreux Israéliens qui auraient considéré qu’une opération lancée par Israël ne ferait qu’inciter inutilement l’Iran et ses proxies à attaquer, peut-être pour des raisons politiques personnelles.
Mais l’attaque sanglante commise par les hommes de Sinwar, le 7-Octobre, a changé la donne au Moyen-Orient. Plutôt que d’entraîner l’anéantissement d’Israël, le pogrom aura été l’étincelle qui aura déclenché la désintégration encore en cours des proxies de l’Iran, la mort du cerveau de l’axe et, potentiellement, la fin du régime iranien lui-même.
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