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Coupe du monde : comment les supporters israéliens choisissent leur équipe de cœur

Faute d'équipe israélienne au Mondial, les Israéliens se tournent vers d'autres pays, suivant leur origine mais aussi le contexte géopolitique actuel

De jeunes Israéliens regardent un match de la Coupe du monde entre le Portugal et l'Ouzbékistan, retransmis en plein air à Jaffa, le 23 juin 2026. (Deborah Danan/ JTA)
De jeunes Israéliens regardent un match de la Coupe du monde entre le Portugal et l'Ouzbékistan, retransmis en plein air à Jaffa, le 23 juin 2026. (Deborah Danan/ JTA)

JTA — Lors de la projection, en plein air et sur écran géant, sur cette place du centre de Jaffa, des dizaines d’enfants se prélassent sur des poufs. Ils sont nombreux à porter le maillot portugais flanqué du numéro 7, celui de Cristiano Ronaldo.

Ils sautent sur leur siège et se lancent du pop-corn, l’heure tardive et le Coca-Cola gratuit ajoutant à la bonne ambiance après le deuxième but inscrit par l’attaquant, âgé de 41 ans, qui offre la victoire au Portugal contre l’Ouzbékistan sur le score de 5-0.

La projection, organisée par la municipalité de Tel-Aviv, fait partie des nombreuses initiatives mises en œuvre en Israël.

Privés depuis plus d’un demi-siècle de la présence de l’équipe israélienne lors des Coupes du Monde de football, les Israéliens adoptent celles d’autres pays, le temps de la Coupe du monde.

Si leurs choix ont toujours reflété leurs racines familiales, leurs joueurs préférés ou leur tradition footballistique, ils sont cette année également influencés par la guerre, les loyautés diplomatiques et le ressentiment envers les pays perçus comme hostiles à Israël.

L’intérêt est général. Selon un sondage Walla publié juste avant le début de la compétition, 61 % des Israéliens se disaient prêts à suivre la Coupe d’une manière ou d’une autre, 34 % des hommes assurant qu’ils regarderaient chacun des matches, contre 8 % des femmes.

Lea, dont le plus jeune fils s’est endormi contre elle et dont l’aîné regarde, assis avec les autres enfants, l’écran géant de 6 mètres, explique qu’elle ne culpabilise pas de l’heure tardive, un soir d’école. « C’est un événement important et cela n’arrive qu’une fois tous les quatre ans », dit-elle.

« Il faut bien les laisser s’amuser un peu. »

Si elle ne suit habituellement pas le football et ne soutient aucune équipe en particulier, Lea se dit plutôt attirée par les sélections sud-américaines. « C’est plus spectaculaire, plus extravagant », explique-t-elle, a contrario des équipes européennes, et notamment de l’Allemagne, qu’elle juge « trop organisée et stratégique ». (De fait, le Paraguay, outsider de la rencontre, a éliminé l’équipe allemande lundi.)

Lors d’une autre projection, la veille, cette fois dans un parc de Tel-Aviv, pour le match Argentine-Autriche, Adi Keller, vêtue d’un maillot de l’Argentine, se disait une fervente supportrice de la Coupe du monde mais un peu « volage », libre de passer d’une équipe à l’autre car, en l’absence d’Israël, « je n’ai de lien personnel avec aucune d’entre elles ».

L’Angleterre l’attire parce que, dit-elle, elle a « les meilleurs supporters » et parce que ses fans attendent un nouveau titre mondial, chose qui n’est pas arrivée depuis 1966.

Mais ce soir-là, c’est sur l’Argentine qu’elle porte son dévolu, en grande partie du fait de la présence de la superstar du ballon rond, Lionel Messi, et de ce que Keller qualifie de « folklore » d’une Coupe du monde qui pourrait bien être la dernière de plusieurs joueurs emblématiques, que ce soit Messi, Ronaldo ou encore le Brésilien Neymar.

Adi Keller, qui porte pour l’occasion un maillot de l’Argentine, se décrit comme une supportrice « volage », lors de cette Coupe du monde, alors qu’elle regarde avec des amis un match de la Coupe du monde entre l’Autriche et les champions sud-américains, le 22 juin 2026. (Deborah Danan/ JTA)

Tout comme Lea, Keller estime que les Israéliens se sentent souvent plus proches des équipes sud-américaines que des équipes européennes.

« Il y a une affinité culturelle entre les Sud-Américains et les Israéliens », dit-elle en évoquant le côté bruyant, les barbecues en plein air et l’impression que le match est un événement qui dure toute la journée. L’Amérique du Sud est par ailleurs bien connue de générations entières de jeunes Israéliens qui s’y rendent après leur service militaire et en reviennent avec les maillots de leurs nouvelles équipes.

« C’est un rite de passage », affirme-t-elle.

Keller est loin d’être la seule à penser ainsi.

Dans un autre sondage sur les allégeances des Israéliens lors de cette Coupe du monde, publié par Globes ce mois-ci, l’Argentine s’impose comme la grande favorite, citée par 38 % des personnes interrogées, devant le Brésil, avec 24 %.

Responsable des sports sur la chaîne publique israélienne Kan, Yoav Berkowitz explique que Messi a beaucoup contribué à ce que l’Argentine devance le Brésil ces dix dernières années, en particulier après la victoire de l’Argentine lors de la Coupe du monde de 2022 au Qatar, « un événement qui, pour de nombreux Israéliens, a presque fait de Messi le plus grand footballeur de tous les temps ».

Le Brésil, en revanche, manque actuellement d’une star à la hauteur de ses anciennes idoles, que ce soit Ronaldinho, Kaká ou Pelé.

Chez les Arabes israéliens, le tableau est tout différent. Selon une étude d’Afkar citée par Globes, c’est le Maroc et le Brésil qui arrivent ex æquo en tête des équipes les plus appréciées, avec 25 % chacun. Le Maroc est l’une des rares équipes capables de fédérer des loyautés bien distinctes, à la fois source de fierté arabe et musulmane après sa quatrième place à la Coupe du monde 2022, et équipe de cœur liée aux origines de très nombreux Juifs marocains en Israël. (Le Maroc s’est qualifié lundi pour les huitièmes de finale grâce à une victoire palpitante face aux Pays-Bas.)

Danino, qui regarde le Portugal jouer contre l’Ouzbékistan dans un pub de Tel-Aviv, soutient l’Argentine car son président, Javier Milei, est un fervent partisan d’Israël. (Deborah Danan/ JTA)

Jusqu’à peu, ces préférences n’avaient que peu de rapport avec la politique. Mais depuis que le Hamas a déclenché une guerre encore latente avec Israël par son pogrom du 7 octobre 2023, les allégeances footballistiques se doivent de composer avec la perception qu’ont les Israéliens des pays de leurs équipes.

C’est justement le cas de Danino, qui regarde le match Portugal-Ouzbékistan dans un pub de Tel-Aviv. Quand il était petit, raconte-t-il, son père et lui étaient de fervents amateurs de football et supporters de l’Angleterre et du Brésil.

« Depuis le 7-Octobre, nous voyons la Coupe du monde très différemment à cause de l’antisémitisme », explique Danino. « Il ne nous reste donc plus qu’à soutenir l’Argentine, en raison de leur président », dit-il en référence à Javier Milei, dont le soutien affiché à Israël l’a rendu populaire auprès de nombreux Israéliens.

Pourtant, il n’a pas tout à fait abandonné l’Angleterre.

« Il y a une part de moi qui souhaite secrètement qu’ils gagnent. Harry Kane est le meilleur attaquant du monde », confie-t-il, avant d’ajouter sur le ton de la confidence : « Mais ne le dites pas à mon père. »

Il éprouve également une certaine sympathie pour les États-Unis, qui ont remporté leurs deux premiers matchs de groupe et se sont qualifiés pour les phases à élimination directe. Il estime en effet que le pays hôte de cette Coupe du Monde devrait « aller le plus loin possible ».

Lors de cette même projection du match Argentine-Autriche, un groupe de femmes d’une cinquantaine d’années se met à applaudir et lancer des cris de joie à chaque gros plan sur Messi.

L’une d’elles, Gila, explique qu’elles sont sœurs et ont grandi avec un père fan de football qui leur faisait regarder chaque match.

« Hamsa, hamsa, hamsa sur Messi », dit-elle contre le mauvais œil. « Il a tout. C’est un magicien, il est incroyable, mais il est tellement modeste. Que Dieu le bénisse et le protège pour toujours, qu’il joue au football jusqu’à ses 90 ans. »

Nehorai, présent à la même projection, fait un choix peu commun parmi les Israéliens juifs. Il soutient en effet l’Iran, dont les performances l’impressionnent lors de cette Coupe du monde, et ne tient pas les joueurs pour responsables de leur gouvernement. « Ils ne soutiennent probablement pas le régime », estime-t-il.

Cette position le place tout à fait en marge de l’opinion générale. Dans le sondage Walla, l’Iran est l’équipe la plus détestée des personnes interrogées juives israéliennes, citée par 21 % d’entre elles, suivie par la Turquie à 9 %. (L’équipe d’Iran a été éliminée ce week-end.)

Des supporters iraniens regardent la retransmission en direct du match de l’Iran (membre du groupe G de la Coupe du monde) contre l’Égypte dans la librairie Book Garden, transformée pour l’occasion en lieu de diffusion de la Coupe du monde à Téhéran, en Iran, le 27 juin 2026. (AP Photo/Vahid Salemi)

Malgré ces projections en plein air, la Coupe du monde est essentiellement suivie à la maison. Selon le sondage Walla, 42 % des personnes interrogées prévoyaient de regarder les matchs chez elles avec des amis et 30 % seules.

Roee Hamzani fait partie de ceux qui regardent les matchs chez eux. Pendant toute la durée de la Coupe du monde, il a été relégué sur le canapé par son épouse, car son réveil n’arrêtait pas de sonner en pleine nuit pour lui permettre de suivre les rencontres.

« Cela arrive une fois tous les quatre ans, c’est la fête », explique Hamzani. « Et cette Coupe du monde est beaucoup plus colorée et intéressante, il y a beaucoup de buts, alors on se prend au jeu. » Sur son lieu de travail, presque tout le monde suit les matchs et participe à des concours de pronostics.

Son équipe favorite est l’Angleterre, « parce que nous avons grandi avec le football anglais », et parce qu’une victoire de l’Angleterre serait
« l’une des plus belles histoires de tous les temps », dit-il.

Pour autant, il est difficile de faire l’impasse sur l’Argentine.

« Messi est vraiment en train de tout exploser lors de cette Coupe du monde », conclut Hamzani.

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