Dans le nord d’Israël, des fonds pour aider les personnes âgées bientôt épuisés
Le Fonds Tzalir s'occupe des 1 200 habitants, souvent de plus de 75 ans, qu'il a fait évacuer et relogés dans cinq hôtels. Or ses ressources s'épuiseront le 15 avril
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Mercredi soir, l’hôtel Leonardo Plaza de Haïfa, dans le nord d’Israël, s’est paré de lumière lorsque des hommes et femmes âgés ont revêtu le caftan traditionnel d’Afrique du nord, leur « plus belle tenue de Shabbat », pour chanter, danser et applaudir lors de la Mimouna.
Sur les tables, une multitude de gâteaux colorés. Et une file d’attente importante pour avoir droit à de la moufleta — la fameuse crêpe associée, dans le Maghreb, à cette fête qui marque la fin de Pessah.
Un crooner revêtu d’une veste noire lamée d’or a chanté incroyablement fort devant un trône doré.
Malgré les apparences, cette fête a toutefois été empreinte d’une certaine angoisse. Car contrairement à l’habitude, cette Mimouna n’a pas réuni plusieurs générations, mais des personnes âgées de 75 ans et plus, issues de communautés visées par des bombes, non loin de la frontière libanaise. Des seniors dans l’incapacité de se ruer vers les abris dans les 15 secondes imparties en cas de tirs de roquette.
Tous ont été évacués à la mi-mars par une association caritative, le Fonds Tzalir (lien en hébreu) et sa plateforme de bénévoles, « Banu ». L’ONG a sélectionné les personnes intéressées par une éventuelle évacuation par l’entremise des autorités du nord d’Israël et grâce à une campagne publicitaire.
Le fonds, qui a été créé par Zilit et Meir Jakobsohn suite au 7 octobre 2023, prend en charge le séjour des personnes évacuées jusqu’au 15 avril prochain, avec l’espoir que les autorités prennent ensuite le relais.
Près de 1 200 personnes originaires de Kiryat Shmona, Shlomi ou encore Nahariya, mais aussi de petites communautés, essentiellement des moshavim, sont logées dans cinq hôtels – trois à Haïfa, cible fréquente de tirs de roquettes — et deux à Tibériade, qui disposent de grands abris.
La crainte de ces personnes évacuées est loin d’être infondée : le 18 mars dernier, un couple de personnes âgées, Yaron et Ilana Moshe, ont été tués à Ramat Gan en tentant de se rendre aux abris. Selon la police, ils se dirigeaient vers le refuge lorsque le missile a explosé.
« Nous ne nous substituons en aucune manière au gouvernement », tient à souligner Zilit Jakobsohn avant d’expliquer que le fonds est destiné à apporter une réponse rapide aux situations d’urgence, le temps que les autorités prennent le relais.
« En Israël, il y a un grand nombre de grands-mères et de grands-pères qui vivent dans des endroits qui ne leur laissent que 15 secondes pour se rendre aux abris. Nous ne pouvions pas attendre. C’est de la solidarité sociale dans sa forme la plus pure. »
Pour une personne âgée comme Ruhama Cohen, originaire de Kiryat Shmona qui porte joyeusement ses 84 ans, l’avenir est incertain.
Mardi, le président américain Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran, mais au moment où cet article était écrit, Israël et le Hezbollah continuaient de se battre.
Cohen a immigré de Fès, au Maroc, à l’âge de 14 ans. Elle s’est mariée à 17 ans et elle a eu sept enfants — dont trois sont déjà morts. Après l’entrée en guerre du Hezbollah en 2023, la ville l’a évacuée à Jérusalem, après quoi elle est partie vivre chez l’un de ses fils à Netanya, revenant chez elle en juillet 2025.
« J’étais tellement sûre que tout était fini et que tout allait rentrer dans l’ordre », dit-elle.
Mais Kiryat Shmona, cible clé des hostilités transfrontalières depuis plus de 50 ans, a rarement vécu « normalement ».
Cohen fait partie des près de 8 600 habitants – sur les 24 000 que compte la ville – qui ne disposent pas chez eux de pièce sécurisée (mamad).
« Je vis seule, mon appartement n’a pas de mamad, et je ne peux pas courir jusqu’à mon abri de quartier », explique-t-elle. « Les gens de Banu sont des envoyés du Ciel. Ma petite-fille a vu une publicité et ils ont envoyé une voiture me chercher. »
Cohen et son amie Simha Shimoni, 80 ans, se sentent toutes les deux abandonnées par l’État.
Shimoni, qui a immigré de Tunis à l’âge de huit ans, utilise un terme anachronique pour parler de la gauche et de sa déception politique, affirmant qu’après le décès de son mari, qui votait pour le Likud, elle-même votera pour le « Maarach » (Alignement).
Cohen estime que le gouvernement « ne met aucun argent dans Kiryat Shmona. C’est pourtant un si bel endroit, avec des gens très chaleureux. Mais il n’y a pas de travail pour les jeunes, il n’y a pas de loisirs. »
Fondée en 1949 et peuplée en grande partie d’immigrants venus de terres musulmanes, Kiryat Shmona se trouve en Galilée, à près de 200 kilomètres de la Knesset de Jérusalem. Même avec les routes et transports modernes, cela reste isolé.
Traditionnellement de droite, elle a malgré tout élu un indépendant, Avihey Shtern, en 2018 et à nouveau en 2025. Critique virulent du gouvernement, Shtern est régulièrement critiqué voire boycotté par le parti du Likud.
Le 30 mars dernier, le gouvernement a adopté le budget 2026, lequel a prévu des milliards pour les établissements scolaires haredim et autres priorités de la coalition, en réduisant les budgets des ministères — à l’exception notable de celui de la Défense — de 3 % pour soutenir Tsahal. Cela s’est traduit par une réduction budgétaire de l’ordre de 150 millions de NIS pour Gaza et les frontières nord – dont 60 millions de NIS de moins pour le nord.
L’affaire a provoqué un tollé au sein de la population.
À l’approche de Pessah, le gouvernement a trouvé 110 millions de NIS pour aider les communautés situées en première ligne, dans le nord, à faire face aux effets de la guerre contre l’Iran et le Hezbollah. Sur cette enveloppe, 50 millions de NIS étaient destinés aux réparations physiques et 60 millions à des mesures de résilience, par exemple, en finançant des moments de répit pour les riverains.
Sur Facebook, Shtern, dont la municipalité a reçu 6 millions de NIS dans ce cadre au profit de ses 16 000 habitants encore présents, a accusé le gouvernement de mettre le nord en « mode survie » et de forcer les autorités locales à « se disputer des miettes au lieu d’agir avec justice et de faire évacuer toute la population. »
Faute de mieux, c’est la philanthropie qui a pris le relais.
C’est ainsi le KKL-JNF qui a offert à Tiki Saaadia, 71 ans, une habitante de Kiryat Shmona, et à son mari Adi, 74 ans, cinq jours de repos dans un hôtel de Tel Aviv, il y a de cela trois semaines. Adi souffre d’arthrite et a du mal à descendre les escaliers pour se rendre à l’abri situé à 300 mètres de leur domicile. C’est grâce au programme Banu qu’ils se trouvent en ce moment au Leonardo de Haïfa.
« J’ai le sentiment de ne pas être respectée », confie Tiki. « J’ai dû supplier pour être évacuée. Dieu merci, il y a des philanthropes. »
Jeudi, elle a contacté cette journaliste en disant : « Nous avons un passé, mais pas d’avenir. »
À l’approche de la date-butoir du 15 avril, le Fonds national juif KKL-JNF a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne contribuerait pas au projet et le ministère des Finances a renvoyé le Times of Israel aux 60 millions de NIS inscrits au budget pour renforcer la résilience sociale.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







