Dans une guerre qu’il n’a pas choisie, que peut faire le gouvernement libanais ?
L'armée libanaise s'est retirée début mars de zones frontalières pour ne pas se retrouver entraînée dans le conflit
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Acculé à la fois par Israël qui veut la destruction du Hezbollah et par la formation pro-iranienne qui durcit ses positions, le pouvoir libanais se retrouve fragilisé par une guerre qu’il n’a pas choisie.
Le Liban a été entraîné le 2 mars dans le conflit régional avec l’Iran par une attaque du Hezbollah contre Israël, dont les frappes massives de représailles ont fait depuis un millier de morts et plus d’un million de déplacés. Un bilan des pertes humaines
Quelles mesures contre le Hezbollah ?
Les autorités libanaises sont confrontées à « un choix brutal : affronter le Hezbollah ou regarder Israël le faire à sa place », estime Faysal Itani, analyste au Middle East Policy Council basé aux Etats-Unis.
« Les Israéliens ont fait savoir » par l’entremise de la coordinatrice spéciale de l’ONU au Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, qui s’est rendue en Israël le 9 mars, qu’ils voulaient « l’annihilation du Hezbollah », selon une source officielle interrogée par l’AFP.
Mais « le désarmement du mouvement ne peut pas se faire du jour au lendemain », souligne-t-elle.
Le gouvernement a pris des mesures inédites dès le 2 mars.
Il a interdit les activités militaires du Hezbollah, seul groupe non-étatique armé, ainsi que la présence et l’action des Gardiens de la Révolution iraniens qui, selon le Premier ministre Nawaf Salam, dirigent les opérations du groupe.
Mardi, les autorités ont décidé d’expulser l’ambassadeur d’Iran, provoquant le courroux du Hezbollah qui, selon une source du groupe, a demandé à l’émissaire d’ignorer cette mesure et de rester au Liban.
Derrière ces annonces surtout théoriques pour l’instant, le pouvoir veut éviter à tout prix une confrontation avec le groupe qui dispose d’une puissante base populaire au sein de la communauté chiite, afin de préserver la cohésion de la fragile armée, en manque de moyens financiers et d’équipements.
« Les autorités libanaises sont soucieuses de préserver la paix civile et de ne pas se laisser entraîner dans des affrontements internes », explique la source officielle.
« Si elles affrontent (le Hezbollah), il y a un risque de scission communautaire au sein des forces armées », note Faysal Itani. L’armée s’était scindée sur des bases confessionnelles en 1976, pendant la longue guerre civile.
Où en est le désarmement du groupe terroriste ?
Alors que l’arsenal du Hezbollah est la principale pomme de discorde au Liban, l’armée avait annoncé en janvier avoir achevé le démantèlement des infrastructures militaires du Hezbollah entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de km plus au nord.
Mais il s’avère que le Hezbollah est toujours présent dans cette région, où ses combattants disent s’opposer à la progression des troupes israéliennes dans la zone frontalière.
Pour Israël, l’armée libanaise « a perdu toute crédibilité », relève Faysal Itani.
Israël a décidé en conséquence d’occuper toute la partie entre la frontière et le Litani, pour « assurer sa sécurité », suivant un modèle déjà employé dans la bande de Gaza.
L’armée libanaise s’est retirée début mars de zones frontalières pour ne pas se retrouver entraînée dans le conflit.
Que dit le Hezbollah ?
Le chef du Hezbollah Naïm Qassem a appelé le gouvernement mercredi à revenir sur sa décision de « criminaliser » l’action militaire de son groupe, tandis qu’un autre responsable est allé jusqu’à le comparer au régime de Vichy pendant la Deuxième guerre mondiale en France.
Le Hezbollah, qui est passé sous la coupe des Gardiens de la Révolution radicalise ses positions, analyse un diplomate occidental qui a requis l’anonymat.
Selon une source de sécurité, des conseillers et des officiers de liaison iraniens encadrent le parti depuis la fin de la dernière guerre, en novembre 2024, et l’ont aidé à reconstituer ses forces.
Le Hezbollah et les Gardiens iraniens revendiquent d’ailleurs des frappes « conjointes et intégrées » contre Israël depuis le début de la guerre.
-Négociations en vue ?
Face au blocage politique total, le président libanais Joseph Aoun a pris l’initiative de proposer des négociations directes avec Israël, à condition qu’il accepte une trêve, ce qu’il a rejeté. Une décision dénoncée par le Hezbollah comme une « capitulation ».
Pour le moment, explique la source officielle, « l’Etat libanais ne peut rien faire à part tenter par des contacts diplomatiques d’épargner au Liban des frappes sur les infrastructures » essentielles.
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