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Escalade : L’étoile montante israélienne vise les sommets olympiques

Ayala Kerem, 24 ans, espère représenter Israël aux Jeux de Los Angeles 2028 : elle pense qu'une campagne olympique pourra susciter l'engouement autour de cette discipline émergente

La grimpeuse israélienne Ayala Kerem en compétition sur cette photo non datée. (Crédit : Jan Virt/IFSC)
La grimpeuse israélienne Ayala Kerem en compétition sur cette photo non datée. (Crédit : Jan Virt/IFSC)

Pour un pays qui s’est construit autour de métaphores sur l’ascension, le fait de ne pas envoyer de grimpeurs aux Jeux Olympiques tient de l’oubli coupable.

Certes, la discipline de l’escalade est nouvelle aux Jeux Olympiques — elle a été incluse à deux reprises jusqu’à présent — et le gisement de talents demeure limité. Mais voici venir Ayala Kerem, qui a de fortes chances d’être la première de sa discipline à représenter Israël.

Kerem n’est pas un nom très connu mais elle est bel et bien le symbole vibrant de l’escalade israélienne. La jeune femme de 24 ans a manqué de peu de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 – mais elle est bien décidée à tout faire pour décrocher sa place au sein de l’équipe olympique qui se rendra à Los Angeles en 2028.

« J’espère y être », confie-t-elle au Times of Israel avec confiance mais discrétion. Une confiance que partage Amour Paz, le PDG d’Israel Climbing.

« Ayala ne cesse de s’améliorer pour rester au sommet et mériter sa place aux Jeux Olympiques. Sincèrement, je pense qu’elle le mérite, tout comme je crois qu’elle ira à Los Angeles », ajoute Paz.

L’alpiniste israélienne Ayala Kerem. (Vladek Zumer)

Kerem s’est rapidement et précocement imposée sur la scène de l’escalade, dont elle est un petit prodige. Hélas pour elle, la peur de l’échec s’était transformée en anticipation autoréalisatrice lors des qualifications de Paris, à la fin du printemps 2024, et Kerem n’avait pas figuré parmi les dix meilleures grimpeuses, ce qui l’avait privée de sa place pour les Jeux. Une fois ses rêves brisés, elle avait eu besoin de temps pour prendre du recul et ramasser les morceaux.

« J’ai tiré beaucoup d’enseignements de cette expérience, surtout sur moi. J’ai fait une pause dans ce sport, mais au bout d’un temps, je n’avais qu’une obsession, grimper à nouveau. Cela m’avait manqué », dit-elle.

Interrogée sur la leçon qui l’a le plus marquée, Kerem répond qu’elle « ne peut plus faire semblant de faire semblant. Chaque séance d’entraînement, chaque séance de gym, tout doit avoir un sens et un but. »

Kerem a puisé dans ses tout premiers souvenirs pour renouer avec la raison qui l’a amenée vers ce sport, et prendre conscience que l’escalade fait partie de ce qu’elle est ; le fait de remporter des médailles est un joli bonus.

Ayala Kerem, à droite, avec la médaille de bronze lors des World Climbing Europe Series à Kaunas, en Lituanie, le 28 avril 2026. (Avec l’aimable autorisation d’Israel Climbing)

Comble de l’ironie, c’est dans cet état d’esprit détendu que ses résultats se sont améliorés, et que les médailles sont arrivées. Quelques semaines seulement après la fin des Jeux de Paris, Kerem a été la première Israélienne à décrocher une médaille aux Championnats d’Europe, où elle a terminé deuxième. Et le 28 avril dernier, elle a terminé troisième des World Climbing Europe Series à Kaunas, en Lituanie.

« J’étais revenue à l’escalade pour grimper, rien de plus. Impatiente et motivée pour me faire plaisir, et non parce que je devais le faire, juste parce que j’en avais envie », commente-t-elle.

Des débuts précoces

Kerem a commencé à s’intéresser à ce sport à l’âge de 5 ans — à l’âge de 4 ans et demi, très précisément. Six mois avant son cinquième anniversaire, Kerem avait accompagné son père, Stevie Kerem, dans un centre d’escalade.

« Il fallait avoir 5 ans pour grimper », explique Stevie au Times of Israel.

Six mois plus tard, les choses avaient changé — mais pas Kerem. Le jour de son anniversaire, elle avait interpelé son père.

« Elle m’a demandé quand je l’emmènerais grimper », se rappelle-t-il.

Depuis, Kerem a remporté des titres nationaux, des finales internationales et elle a beaucoup progressé. Elle est la première femme israélienne à avoir disputé une finale de la Coupe du Monde de Boulder en 2022. Rien à voir avec la ville du Colorado, le boulder – le bloc – est l’une des trois disciplines de l’escalade — avec la vitesse et la voie — chacune exigeant un mélange différent de puissance, d’endurance et de calcul. Le bloc, avec ses problèmes de déplacement et l’absence de cordes, est particulièrement cérébral.

L’alpiniste israélienne Ayala Kerem lors d’une compétition sur cette photo non datée. (Vladek Zumer)

Tel un Sudoku, le parcours de blocs est à chaque fois différent, et le défi physique est indissociable du défi intellectuel, la progression dépendant tout autant des prises que de la force.

Les compétitions peuvent ressembler à un jeu télévisé — les athlètes étudient brièvement le parcours avant de partir à l’isolement de manière à ne pas voir comment s’y prennent leurs rivaux puis de revenir tenter leur chance sur un parcours sur lequel ils ne se sont jamais physiquement entrainés.

« J’adore la combinaison de stratégie physique et de résolution de problèmes », dit Kerem.

C’est évident, à la voir dans son élément et en observant sa capacité à penser tout en étant suspendue du bout des doigts.

Aux Jeux de Los Angeles, pour la première fois, le bloc sera une épreuve à part entière, ce qui devrait considérablement améliorer les chances de qualification de Kerem.

Une doyenne de 24 ans

Israël a déjà de bons grimpeurs, mais en un rien de temps, Kerem est passée du statut de jeune pousse, du haut de ses 15 ans, à celle de vétérane de l’équipe. Ce qui ne la dérange pas, car elle se nourrit de l’énergie de ses jeunes coéquipiers.

« J’apprends tellement de choses à leur contact : c’est génial d’avoir une équipe aussi forte », explique-t-elle.

L’Israélienne Ayala Kerem à l’issue de la finale féminine de la Coupe du monde d’escalade, le 29 mai 2022 à Salt Lake City. (Photo AP/Rick Bowmer)

On peut légitimement penser que ce sont les exploits de Kérem qui leur ont donné envie de rejoindre l’équipe – un modèle qu’elle-même n’avait pas eu lorsqu’elle avait commencé ce sport.

« Parfois, les gens ne comprennent pas à quel point il est difficile d’être le premier à faire quelque chose », analyse Paz. « Quand de jeunes grimpeurs voient Ayala battre des records et aller là où nulle grimpeuse israélienne n’est jamais allée, cela leur montre que c’est possible. Mais Ayala n’a eu personne avant elle pour prouver que c’était possible. Elle a dû croire en elle très fort. »

Grâce à l’émergence de nouvelles installations un peu partout en Israël et à la normalisation de ce sport, l’escalade progresse à un rythme effréné. La présidente du Comité olympique israélien, Yael Arad, sait que cela passera à un niveau encore supérieur si Israël envoie des grimpeurs aux Jeux olympiques.

« L’escalade est populaire en Israël grâce à Ninja, et il y a une bonne marge de progression, ce qui explique que nous soyons très optimistes quant à l’impact. Il n’y a qu’à voir l’impact du phénomène olympique sur le tir à l’arc et le triathlon. Il suffit que nous ayons des grimpeurs pour que cela donne envie aux enfants israéliens de s’y mettre. »

Paz est d’accord. Elle sait toutefois que cela ne sera pas facile.

« Une fois qu’Ayala sera qualifié pour Los Angeles, nombre de jeunes grimpeurs en Israël — filles et garçons — se mettront à rêver et à croire qu’ils en sont eux aussi capables. Ce qui pourrait avoir un impact énorme sur l’escalade en Israël. Le fait de se qualifier pour les Jeux olympiques en escalade serait un incroyable exploit — c’est précisément pour cela que cela n’a pas encore eu lieu pour Israël. Mais je crois vraiment en Ayala, ainsi qu’en d’autres grimpeurs israéliens. »

Israël pourrait envoyer au moins deux grimpeurs aux Jeux olympiques de Los Angeles. Dans ce cas, cela pourrait bien donner envie à tous ces enfants de pratiquer un sport auquel ils n’auraient peut-être pas pensé auparavant, surtout ceux qui sont actuellement chez eux en train de grimper aux murs.

Quant-à Ayala, à considérer qu’elle parvienne à Los Angeles, elle aura un sentiment de complétude. C’est ainsi que l’histoire se réécrit de manière linéaire. D’ici là, rien n’est certain, surtout par les temps qui courent. Au final, il ne s’agit pas vraiment d’Israël, ni des Jeux Olympiques, ni même de l’idée d’être la première. Il s’agit de savoir si la prochaine prise sera sûre.

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