Denise Bellon, une pionnière du photojournalisme à l’honneur au musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Grâce au don exceptionnel de ses archives, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme consacre une vaste rétrospective à Denise Bellon
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Grâce au don exceptionnel de ses archives et d’une cinquantaine de tirages originaux, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme annonce une grande rétrospective consacrée à Denise Bellon, figure majeure mais longtemps restée discrète du photojournalisme français. L’exposition réunit près de 300 photographies, objets, lettres et publications retraçant le parcours d’une photographe humaniste dont l’œuvre traverse près de quarante années, des années 1930 aux années 1970.
Née à Paris au sein d’une famille juive originaire d’Alsace et d’Allemagne, Denise Bellon, née Hulmann, étudie la psychologie à la Sorbonne avant d’épouser Jacques Bellon en 1923. Mère de deux filles, Yanick et Loleh, qui deviendront respectivement cinéaste et actrice, elle choisit très tôt d’orienter sa vie vers la création. Après sa séparation en 1930, elle se lance pleinement dans la photographie et collabore au Studio Zuber, avant de participer à la fondation d’Alliance Photo, première grande agence photographique de l’entre-deux-guerres.
Marquée à ses débuts par l’esthétique de la « Nouvelle Vision », elle privilégie les angles audacieux, les jeux de lumière et les compositions géométriques. Elle multiplie les reportages à l’étranger, dans les Balkans, en Finlande, au Maroc ou en Afrique subsaharienne, avec une attention constante portée aux visages, aux gestes et aux vies ordinaires. En parallèle, elle réalise des commandes publicitaires d’une grande inventivité formelle.
En 1940, elle épouse le journaliste Armand Labin, engagé dans la Résistance. Pendant la Seconde Guerre mondiale, dissimulant sa judéité à Lyon, elle poursuit son travail et laisse un ensemble remarquable d’images de la ville sous l’Occupation. À la Libération, elle couvre le maquis républicain espagnol replié dans l’Aude pour le quotidien Midi libre. En 1945, elle réalise à Moissac un reportage bouleversant sur la maison des Éclaireurs israélites de France, refuge pour les enfants juifs durant la guerre et lieu d’accueil des orphelins après 1945. Deux ans plus tard, elle se rend à Djerba pour documenter la vie de la communauté juive de l’île.
Très liée aux milieux artistiques par ses amitiés d’avant-guerre, Denise Bellon devient l’une des photographes privilégiées du mouvement surréaliste. André Breton lui confie pendant près de trente ans la couverture des expositions du groupe. Elle réalise également les portraits de nombreux artistes de l’École de Paris, d’écrivains majeurs comme Simone de Beauvoir ou Jacques Prévert, ainsi que de grandes figures du cinéma et de la scène, parmi lesquelles un jeune Marcel Marceau ou Serge Reggiani.
D’une grande diversité, son œuvre se distingue par une curiosité permanente pour l’ailleurs comme pour l’insolite du quotidien. Qu’il s’agisse d’un mariage gitan dans la périphérie parisienne d’avant-guerre ou d’une scène de rue captée à l’autre bout du monde, Denise Bellon porte sur ses sujets un regard libre, attentif, profondément humain. Elle s’inscrit ainsi dans une génération de photographes juives engagées dans la modernité, aux côtés de Gerda Taro, Gisèle Freund ou encore Denise Colomb.
En réunissant près de 300 documents, le musée redonne aujourd’hui toute sa place à une œuvre emblématique de l’engagement artistique et intellectuel de nombreux jeunes Juifs français du XXe siècle, épris de liberté, témoins de leur époque et acteurs d’une modernité photographique encore profondément actuelle.
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