Des étudiants juifs désignés comme boucs émissaires : Le dernier rapport sur l’antisémitisme de Columbia
Selon le groupe de travail sur l'antisémitisme, les études sur le Moyen-Orient de l'université manquent de professeurs qui ne soient pas "explicitement antisionistes"
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — Le groupe de travail sur l’antisémitisme de l’université de Columbia a diffusé mardi son quatrième et dernier rapport dans la journée de mardi – un document qui affirme que les étudiants juifs et israéliens ont été pris pour cible et utilisés comme boucs émissaires dans les salles de cours, et que l’université manque de professeurs non antisionistes au sein du département d’études sur le Moyen-Orient.
Le groupe de travail a interrogé des étudiants juifs et israéliens. Il a rendu rendu compte de certains des « incidents troublants » dont ces derniers ont été victimes, mettant l’accent sur leurs expériences dans les salles de cours. Le rapport a cherché à trouver un équilibre entre liberté académique et liberté d’expression d’une part, et les préoccupations relatives aux discriminations anti-juives de l’autre.
« Nous appelons l’université à protéger au maximum la liberté d’expression, tout en respectant les lois anti-discrimination. La censure n’a pas sa place à Columbia. La discrimination non plus », indique le document.
Ce groupe de travail sur l’antisémitisme, qui est chargé d’enquêter sur cette problématique brûlante, est composé de membres du corps enseignant. Il a été créé dans le contexte des troubles survenus sur les campus américains dans le sillage du pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, et de la guerre qui s’en est suivie à Gaza.
Selon le rapport, qui fait 70 pages, l’incident « le plus flagrant » a été celui au cours duquel un cours qui était donné par un professeur israélien, au début du semestre de printemps 2025, a été fortement perturbé. Le document souligne que ce cours était l’un des rares à avoir été proposés aux étudiants « qui ne voulaient pas étudier le Moyen-Orient uniquement dans une perspective antisioniste » et que les militants l’ont précisément pris pour cible parce qu’il était « conçu pour étudier le sionisme, ne se contentant pas de le condamner a-priori« .
L’université avait dénoncé les perturbateurs et elle avait sanctionné les étudiants impliqués. Peu après, les militants avaient protesté contre la réaction de l’institution, occupant un bâtiment du campus et une bibliothèque et provoquant l’annulation des cours. Au moins un professeur avait annulé son cours de manière à ce que les étudiants puissent se joindre à la manifestation.
Le groupe de travail a également signalé que les enseignants universitaires prenaient pour cible les Juifs et les Israéliens pour en faire des « boucs émissaires » pendant les cours, soulignant que cette pratique violait les directives du ministère fédéral de l’Éducation.
Un enseignant a dit à un étudiant israélien : « Vous devez en savoir long sur le colonialisme. Qu’en pensez-vous ? ». Un autre Israélien a été qualifié « d’occupant ». Une ancienne soldate de l’armée israélienne a assisté à un cours sur le conflit et a fait savoir que l’armée israélienne y était présentée comme une « armée de meurtriers ». Le professeur a pointé du doigt l’étudiante devant le reste de la classe, disant devant son auditoire qu’elle-même devait être considérée comme une « meurtrière », fait remarquer le rapport.
Un étudiant juif non-israélien s’est entendu dire : « C’est vraiment dommage que votre peuple ait survécu pour commettre un génocide de masse ». D’autres ont évité de s’identifier comme Juifs ou israéliens en classe.
Pendant un cours d’introduction obligatoire qui avait accueilli plus de 400 étudiants au sein de la Mailman School of Public Health, un professeur avait expliqué aux étudiants que trois donateurs juifs de l’école « blanchissaient de l’argent sale » et il avait évoqué l’État juif en parlant « d’un soi-disant Israël ». L’enseignant avait ensuite rejeté les plaintes qui avaient été émises à l’issue de l’incident, disant qu’elle provenaient « d’étudiants blancs privilégiés ».
Certains professeurs ont encouragé les étudiants à prendre part à des manifestations anti-Israël pendant les heures de cours, annulant ceux qu’ils devaient donner pendant les manifestations, déplaçant les cours hors du campus pour les utiliser comme « sessions d’organisation politique » et tenant leurs cours dans les campements anti-israéliens, où les « sionistes » n’étaient pas les bienvenus.
De nombreux étudiants ont expliqué au groupe de travail que les enseignants condamnaient moralement Israël dans des cours sans aucun rapport avec le sujet. Ainsi, un cours d’introduction à l’astronomie avait commencé par une discussion sur le « génocide » à Gaza, et dans un cours d’introduction à l’arabe, un professeur avait appris aux étudiants la phrase « Le lobby sioniste est le plus favorable à Joe Biden ». Une enseignante avait indiqué à ses étudiants, dans un cours consacré au plaidoyer, que les informations portant sur les violences sexuelles qui avaient été commises par le Hamas avaient été exagérées ou inventées.
Les étudiants de troisième cycle se sont encouragés mutuellement à « enseigner au nom de la Palestine », quelle que soit la matière, et les contenus antisionistes ont été un « élément central » des cours sur le féminisme, la photographie, l’architecture, la musique et la gestion des organisations à but non lucratif.
Les cours sur le Moyen-Orient se sont avérés être débordés de condamnations d’Israël, relayant des mensonges. Un professeur a ainsi affirmé que Theodor Herzl était antisémite et que les Juifs d’Europe de l’Est n’étaient pas réellement juifs.
Les étudiants juifs et israéliens qui souhaitaient étudier le Moyen-Orient à Columbia ont déclaré qu’ils n’avaient pas pu le faire dans la mesure où presque tous les cours traitaient le sionisme et Israël comme « fondamentalement illégitimes ».
« Columbia manque de professeurs titulaires à temps plein spécialisés dans l’Histoire, la politique, l’économie politique et les politiques du Moyen-Orient qui ne soient pas explicitement antisionistes », indique le rapport, qui exhorte l’université à « agir rapidement pour ajouter plus de diversité intellectuelle à ces programmes ».
Le rapport souligne que les Juifs sont une classe protégée par la loi fédérale et que le fait de qualifier les Juifs ou les Israéliens de « sionistes » ne nie pas les discriminations faites à l’égard des Juifs.
Le rapport préconise la mise en place de mesures de protection dans les salles de classe, comme la prévention des perturbations, du harcèlement, des pressions en vue de prendre part des manifestations. Il demande de décourager l’utilisation de stéréotypes ainsi que l’introduction de sujets sensibles dans des cours pourtant sans rapport avec ces derniers.
Le groupe de travail dénonce le boycott des universités israéliennes, une revendication au cœur des manifestations des antisionistes, qui ont exhorté Columbia à rompre ses liens avec l’université de Tel Aviv.
Cherchant à trouver un équilibre entre les protections « vitales » de la liberté d’expression, le rapport met en garde les enseignants contre le fait de s’exprimer dans les médias et sur les réseaux sociaux pour donner leur avis « sur des sujets dont ils ne sont pas des experts ». Le rapport note que les étudiants ont été indignés par le fait que les déclarations des professeurs ont semblé « tolérer (voire célébrer) les atrocités terroristes, utiliser des tropes antisémites et colporter des stéréotypes ».
Un étudiant juif, Elisha Baker, a écrit dans le journal du campus, le Columbia Spectator, qu’il éprouvait de la reconnaissance à l’égard des mesures prises par l’université dans le cadre de la lutte contre l’antisémitisme, mais qu’il estimait que les professeurs qui « soutenaient et s’affiliaient aux campements [de protestation] » avaient échappé à toute conséquence.
« La question non résolue de la responsabilité des professeurs reste une plaie ouverte », a écrit Baker. « Le silence de l’université sur la question du comportement des professeurs laisse entendre qu’elle continue de considérer ce problème comme une affaire délicate, au mieux. Cette réaction est compréhensible compte tenu des réactions négatives qui suivraient probablement toute sanction à l’encontre des professeurs, mais elle n’est pas défendable sur le plan moral ».
Les trois précédents rapports du groupe de travail avaient porté sur les règles relatives aux manifestations, l’antisémitisme dont ont été victimes les étudiants juifs et le climat sur le campus.
« Même si nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire, nous sommes très reconnaissants d’être aujourd’hui dans une situation nouvelle et bien meilleure », a déclaré mardi la présidente par intérim de Columbia, Claire Shipman, dans un communiqué, remerciant le groupe de travail.
« L’ouvrage de ce groupe de travail a joué un rôle essentiel dans les efforts déployés par l’université pour relever les défis auxquels sont confrontés nos étudiants, nos enseignants et notre personnel juifs. Je suis encouragée par les changements réfléchis et efficaces que nous avons apportés au cours des deux dernières années ».
la Communauté du Times of Israël !







