Des étudiants juifs mettent en garde contre la politisation de l’antisémitisme sur les campus US
Lors d'une audience de l'USCCR sur la manière dont Washington a réagi à la haine des Juifs dans les universités, démocrates et républicains s'accusent mutuellement de mauvaise gestion
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JTA — Au lieu de répéter avec son groupe a cappella ou de se préparer à diriger les offices de Shabbat, Tekoa Sultan-Reisler, étudiante en dernière année à l’université du Maryland, a passé son vendredi après-midi à témoigner devant la Commission des droits civiques (USCCR) sur l’antisémitisme sur les campus.
Elle a raconté avoir été témoin d’actes antisémites dans son établissement et en avoir entendu parler par d’autres étudiants de J Street U, la branche universitaire du lobby libéral pro-Israël qu’elle dirige. Mais elle a également été très claire sur un autre point : elle ne veut pas que la souffrance des étudiants juifs soit utilisée à des fins politiques.
« Les étudiants juifs ne veulent pas être utilisés comme prétexte pour justifier cette action clivante et xénophobe de l’administration », a déclaré Sultan-Reisler dans son témoignage.
« Au contraire, protéger le droit à la liberté d’expression des étudiants permettrait à tous les étudiants de se sentir en sécurité sur le campus, quelle que soit leur religion ou leur origine ethnique. »
Sultan-Reisler et d’autres étudiants qui ont témoigné ont également critiqué la décision de l’administration Trump de retirer leur financement aux universités qui ne se conformaient pas à ses conditions en matière de lutte contre l’antisémitisme.
Ils ont témoigné le 20 février, lors de la deuxième journée d’une audience en deux parties convoquée par l’USCCR dans le cadre d’une enquête indépendante – la première du genre – sur la manière dont le gouvernement fédéral a réagi à l’antisémitisme sur les campus.
La commission, qui a le pouvoir de délivrer des citations à comparaître, est nommée par le Congrès et le président, et dispose actuellement d’une faible majorité démocrate. Un groupe bipartite de représentants avait réclamé l’ouverture d’une enquête sur l’antisémitisme en 2024.
La séance de vendredi a fait suite à plusieurs échanges tendus jeudi, au cours desquels les membres de l’USCCR ont interrogé les témoins, notamment les représentants des groupes de veille contre l’antisémitisme StandWithUs et Brandeis Center, sur la question de savoir si le Bureau des droits civils du ministère de l’Éducation devait retrouver son financement intégral, ainsi que sur les coûts et les avantages des bureaux des droits civils des différentes agences gouvernementales. Des piques partisanes ont également été échangées, beaucoup accusant tantôt l’administration Biden, tantôt l’administration Trump de ne pas protéger les étudiants juifs.
Craig Trainor, ancien secrétaire adjoint par intérim aux droits civils au ministère américain de l’Éducation, a critiqué l’administration Biden pour sa lenteur à résoudre les plaintes pour discrimination antisémite dans les universités.
« Le programme politique du Bureau des droits civils du ministère de l’Éducation de [l’administration] Biden était profondément irresponsable et contre-productif, et sa réponse au harcèlement et à la violence antisémites qui ravagent les campus universitaires américains était faible et inefficace », a déclaré Trainor.
Kevin Rachlin, vice-président des relations gouvernementales et directeur du projet Nexus à Washington, a quant à lui critiqué la tentative de l’administration Trump de réduire le Bureau des droits civils.
« En fermant ces bureaux, en supprimant ces effectifs, en réduisant ces ressources, vous avez effectivement paralysé l’organisation même qui se consacre à la protection non seulement des étudiants juifs, mais de tous les étudiants », a déclaré Rachlin.
Comme ses camarades qui ont témoigné ces deux derniers jours, Sultan-Reisler a relaté des actes antisémites précis.
Elle a rappelé qu’en novembre 2023, les mots « Holocauste 2.0 » avaient été écrits à la craie sur le trottoir du campus et que, lors d’une manifestation sur le campus, un étudiant avait brandi un drapeau du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah. Elle a toutefois précisé qu’elle ne pensait pas que la réponse de l’administration Trump aux allégations d’antisémitisme sur le campus l’avait mise davantage en sécurité.
I never thought I’d see this @UofMaryland, my alma mater.
Students chanting “there is only one solution – intifada revolution.”
“Holocaust 2.0” written on campus.
A university with the 4th largest Jewish student population in the country—over 6,000 students (20% of campus). pic.twitter.com/7hVVwkxPjq
— Jonathan Allen ✡️ (@jonathanallen44) November 10, 2023
Parmi les autres étudiants qui ont témoigné il y avait Tova Kaplan, de Harvard, qui faisait partie des dix étudiants ayant rédigé un éditorial l’an dernier dans lequel ils affirmaient que la réponse de Donald Trump à l’antisémitisme avait nui à la recherche et à la liberté académique sans aider les étudiants juifs.
D’autres témoins, dont beaucoup n’étaient pas étudiants et étaient des adultes plus âgés, ont déclaré qu’ils estimaient que l’administration Biden avait été trop réservée dans sa lutte contre l’antisémitisme sur les campus et qu’elle aurait dû prendre des mesures plus sévères, à l’image de l’administration Trump.
« Malgré la suppression des campements et d’autres résultats de la menace de retirer le financement fédéral aux établissements qui n’ont pas protégé les étudiants juifs, la haine sous-jacente qui a conduit à la création de ces campements est toujours bien vivante et pourrait exploser à nouveau à tout moment », a déclaré Me Leonard Gold, avocat à la retraite et producteur exécutif de « Blind Spot », un documentaire sur l’antisémitisme sur les campus, réalisé après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Depuis 2025, l’administration Trump a retiré des milliards de dollars de subventions de recherche au ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) destinées à des universités telles que Columbia, Harvard et Princeton, afin de les contraindre à se conformer à certaines exigences, notamment en matière de recrutement, d’admission et de modification des supports de cours. Harvard a défendu sa gestion de l’antisémitisme sur le campus et a décidé de ne pas se conformer à ces exigences.
L’USCCR accepte les témoignages écrits jusqu’au 20 mars.
Le rapport final, attendu au plus tard à la fin de l’exercice 2026, pourrait contenir davantage d’informations provenant des agences fédérales. Au cours d’un échange tendu, Mondaire Jones, démocrate et ancien membre du Congrès de l’État de New York, qui est l’un des présidents de l’enquête, a demandé au procureur général adjoint chargé des droits civils, Greg Dolin, pourquoi le ministère de la Justice n’avait pas encore remis les documents demandés par la commission.
« Vous avez l’obligation légale de vous conformer », a déclaré Jones.
« C’est très clair dans la loi fédérale. »
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