Des Iraniens se confient au ToI, entre reconnaissance pour la mort de Khamenei et peur de l’avenir
Recueillis grâce à des militants, ces témoignages remercient Netanyahu et Trump et parlent de la joie ressentie depuis la mort de l'ayatollah - avec toutefois l'expression d'un certain malaise s'agissant du futur de l'Iran
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Cette semaine, les Iraniens ont fait part au Times of Israel de leur gratitude envers le Premier ministre Benjamin Netanyahu et envers le président américain Donald Trump pour avoir été à l’origine de la mort du guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei – non sans cacher leur inquiétude s’agissant de la direction que pourraient prendre les bombardements américano-israéliens.
« Nous baisons les mains de Trump et Netanyahu. Nous leur disons merci. La population est très heureuse », confie Hassan, un homme d’une quarantaine d’années qui est originaire de Shahrud, dans le nord de l’Iran, dans un enregistrement vocal qui a été envoyé au Times of Israel par l’entremise d’un militant opposé à l’actuel régime.
En janvier dernier, lorsque le régime iranien avait brutalement réprimé les manifestations populaires – faisant, selon certains témoignages, des dizaines de milliers de victimes du côté des protestataires – des dissidents iraniens avaient appelé de leurs voeux une intervention militaire américaine et israélienne.
Et samedi dernier, des avions israéliens ont bombardé et tué Khamenei ainsi que d’autres hauts dirigeants, après quoi Netanyahu et Trump ont incité les Iraniens à se soulever contre le régime islamiste. Pour autant, il semble que les autorités iraniennes aient toujours le contrôle, les opposants au régime s’efforçant d’échapper aux frappes aériennes intenses, avec un avenir qui demeure incertain.
Depuis le début de l’offensive, les nouvelles des Iraniens sont rares – et il est difficile de savoir comment ils réagissent, au-delà des seules déclarations faites par le régime. Pour autant, quatre Iraniens sont parvenus à faire passer leurs réponses écrites ou enregistrées aux questions du Times of Israel.
Des questions qui leur ont été envoyées par l’intermédiaire de Gio Esfandeyari, un militant britannico-iranien opposé au régime actuel et membre du conseil d’administration de l’ONG Lotus Advocacy, lequel a ensuite transmis leurs réponses en farsi au Times of Israel. Il n’a pas été possible de vérifier de manière indépendante leur identité ou les faits qu’ils relatent. Ils apparaissent dans cet article sous des pseudonymes.
Malgré tout, ces témoignages donnent un aperçu de la manière dont des civils iraniens vivent la guerre.
Bien que la vérification des faits ou de l’orientation de l’opinion publique reste difficile en Iran en raison de la fermeture d’Internet et de l’absence de contacts avec les médias étrangers, les répondants confient leur joie depuis la mort de Khamenei – une réaction largement documentée par ailleurs – mais aussi leurs craintes des bombardements qui se poursuivent et l’espoir que ces frappes finissent par renverser le régime.
« Quand nous avons appris qu’il était parti en enfer, nous sommes descendus dans la rue », explique Hassan en parlant des démonstrations de liesse qui ont fait leur apparition dans certaines régions de l’Iran lorsque le régime a annoncé la mort de Khamenei. « De la rue Shahrbani à la place Azadi à Shahrud — les gens étaient fous de joie et dansaient. »
Ahmad, un trentenaire qui vit à Téhéran, décrit des scènes semblables dans la capitale : « Cette nuit-là, quand cette saleté d’animal est allé en enfer, les gens sont sortis d’un coup dans la rue… Tout le monde était dehors. Il y a eu des danses, des démonstrations de joie et des acclamations. Merci à M. Trump et Netanyahu. Que Dieu les bénisse. Merci. »
En tout début d’année, un autre habitant de Téhéran avait déclaré au Times of Israel que les Iraniens qui avaient pris part aux manifestations de grande ampleur contre le régime, en janvier, espéraient que les États-Unis et Israël leur viendraient en aide en lançant une action militaire pour renverser la République islamique.
À l’époque, ces manifestations avaient été écrasées par le régime au moyen d’une brutale répression qui avait fait des milliers de morts — ce qui, selon le ministre israélien de la Défense, aurait donné un coup d’accélérateur aux projets d’attaque américano-israéliens.
Ceux qui souhaitaient une intervention militaire étrangère ont été exaucés mais cette semaine, les répondants ont paru être mitigés, oscillant entre l’espoir d’un changement de régime et la terrible réalité des bombardements incessants.
Israël et les États-Unis assurent ne s’en prendre qu’à des infrastructures officielles, civiles ou militaires, mais la puissance des explosions fait des victimes du côté des civils.
Jeudi, les autorités américaines ont déclaré à Reuters qu’il était possible que des bombes américaines soient accidentellement tombées sur une école dans le sud de l’Iran, ce qui aurait fait 175 morts, selon les autorités iraniennes.
Hassan assure avoir entendu plusieurs frappes près de chez lui, à Shahrud, notamment sur un dépôt de munitions. « C’était assez loin », ajoute-t-il en affirmant qu’« aucun civil n’a été blessé. »
Zahra, qui vit dans le nord de Téhéran, dit entendre « régulièrement » des explosions et ajoute que, dans sa ville, « tout est fermé ou presque ». Nombre d’habitants sont « inquiets » et tentent de se mettre à l’abri « mais ils sont pour », explique-t-elle en évoquant l’offensive militaire.
« Nous attendons la victoire », s’exclame-t-elle tout en demandant au monde de « garder un œil sur nous. De faire attention à ce qui nous arrive. »
Saeed, un jeune homme de 23 ans originaire de Téhéran, dit avoir été témoin de frappes dans le quartier d’Evin — là où se trouve la redoutable prison d’Evin, où le régime enferme ses prisonniers politiques et qui avait été frappée par Israël en juin dernier.
Selon lui, « les inquiétudes envers cette guerre n’ont rien à voir avec la précédente » – une allusion à la campagne militaire du mois de juin dernier à laquelle les États-Unis avaient fini par se joindre.
« Psychologiquement parlant, les gens étaient bien mieux préparés », estime-t-il.
Le bilan humain de la guerre est difficile à vérifier. Les autorités iraniennes font état de plusieurs centaines de morts, sans distinguer civils, soldats et membres du régime.
Selon des organisations de défense des droits humains, plus de 1 100 civils auraient trouvé la mort depuis le début de la guerre. Un officier de l’Armée de l’air israélienne a parlé de milliers de soldats iraniens tués par les frappes israéliennes..
La vie quotidienne est très perturbée à Téhéran, ont déclaré cette semaine les habitants de la ville à la BBC, indiquant que les commerces étaient fermés, les rues vides, le prix des aliments très élevé et les forces de sécurité omniprésentes, avec des points de contrôle dans toute la capitale et l’interdiction de manifester.
Au-delà de la joie liée à la chute de Khamenei, l’avenir du régime demeure incertain pour les quatre répondants.
Selon Washington et Jérusalem, leur opération vise à « instaurer les conditions » propices à un changement de régime mais ni l’un ni l’autre n’a fait part de projets concrets concernant un nouveau dirigeant ou un nouvel organe dirigeant, même s’ils encouragent les Iraniens à « descendre dans la rue » et à reprendre leur pays en main. De leur côté, les autorités iraniennes ont annoncé la mise en place d’un organe de direction temporaire le temps que les mollahs nomment un successeur permanent.
Saeed dit n’avoir « aucune information » au sujet de civils qui tenteraient de renverser le régime avant d’ajouter que les déplacements sont très limités.
« On a l’impression de revivre comme au moment du ‘coronavirus’», allusion à la pandémie mondiale qui avait confiné chez elle une grande partie de l’humanité.
Hassan, qui est membre du camp monarchiste iranien, milite en faveur du retour au pouvoir du fils du dernier shah d’Iran, Reza Pahlavi.
Pahlavi s’est positionné comme possible dirigeant en cas de chute de la République islamique, mais il ne vit plus en Iran depuis 1978 et on ignore l’ampleur du soutien dont il bénéficie à l’intérieur du pays.
« Nos cœurs lourds se sont un peu allégés [depuis la disparition de Khamenei] et nous espérons qu’au final, notre Shah reviendra en Iran ; et ce jour-là, nous organiserons une grande fête de la liberté », explique Hassan avant d’ajouter que « cette saleté de régime de la République islamique s’est effondré. […] Vous, les Iraniens de l’étranger, sachez que très bientôt, vous pourrez revenir dans votre pays. »
Au sujet de l’avenir, il explique : « Les gens auront à nouveau le goût de vivre. De ressentir les choses simples, du quotidien. De rêver. De développer le potentiel et les talents que nous avons dans ce pays. »
« Le pays sera meilleur que jamais à tous les points de vue : culturel, éducatif, sécuritaire, économique, de santé, etc. Ce pays pourra se développer, si on lui en laisse l’opportunité. »
Il remercie « tous ceux qui, depuis l’étranger », défendent le peuple iranien et se mobilisent en sa faveur.
« Toutes les victimes ont laissé un grand vide », conclut-il en parlant des civils tués par le régime.
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