Des Israéliens travaillent à éliminer le CO2 atmosphérique en imitant l’altération des roches
Des experts de l'Université hébraïque poursuivent les travaux d'un chercheur sur un réacteur spécial permettant d'injecter du CO2 et de l'eau de mer dans la roche, décédé prématurément d'un cancer
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Des chercheurs israéliens travaillent à capturer le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère en accélérant le processus naturel d’érosion par lequel la pluie dissout la roche.
Dans la nature, la pluie absorbe le CO2 de l’atmosphère qui se transforme alors en acide carbonique, une substance qui réagit avec les roches. Dans le cas du calcaire, le carbonate de calcium, principal composant de la roche, se divise en calcium et en bicarbonate, tous deux solubles dans l’eau. Ces matériaux retournent dans les cours d’eau puis dans la mer, dans le cadre du cycle du carbone. Là, entre autres, ils sont utilisés par les créatures marines pour construire des coquilles et des squelettes. Lorsque ces créatures meurent et que leurs coquilles et squelettes coulent au fond de la mer, ils se fossilisent lentement, devenant un composant de la roche et, ainsi, le cycle se poursuit.
Les combustibles fossiles, lorsqu’ils brûlent, libèrent du CO2 dans l’atmosphère, perturbant le fragile équilibre naturel entre le CO2 émis et recapturé par la planète. Cet excès de CO2 dans l’atmosphère empêche aujourd’hui la chaleur de s’échapper (effet de serre) et provoque des changements climatiques : sécheresses plus importantes, tempêtes violentes et inondations.
Malgré les accords internationaux visant à réduire les émissions de CO2 d’origine humaine, celles-ci continuent d’augmenter.
Les scientifiques tentent désormais de mettre au point des méthodes qui permettraient d’éliminer artificiellement une partie du CO2 présent dans l’atmosphère.
Il y a deux ans, Eyal Wargaft, océanographe géochimiste de l’Université ouverte d’Israël, aujourd’hui décédé, a lancé un projet visant à faire circuler de l’eau de mer et du CO2 à travers la roche afin d’accélérer le processus naturel d’érosion – qui peut prendre des milliers, voire des millions d’années. À cette fin, il a construit un réacteur dit « ouvert ».
Wargaft, atteint d’un cancer, est malheureusement décédé six mois après le lancement du projet. Il avait 43 ans.
Le Dr Yonaton Goldsmith, géochimiste et maître de conférences à l’Université hébraïque et Noga Moran, alors étudiante en master, ont décidé de poursuivre ces travaux. Ils ont publié leur premier article scientifique ce mois-ci dans Environmental Science & Technology, une revue de référence de l’American Chemical Society.
À l’aide d’un réacteur dit « ouvert », composé de colonnes transparentes remplies de roches et dans lesquelles circulent du dioxyde de carbone et de l’eau de mer, ils ont fait progresser la réflexion scientifique, découvrant notamment que la dolomite absorbe mieux le CO2 que le calcaire, et que les grains plus fins permettent de dissoudre davantage de carbone, tandis que les grains plus gros accélèrent la réaction chimique. Ils ont également identifié le ratio optimal CO2-eau de mer pour cette méthode d’érosion accélérée.
Selon Goldsmith, ce projet pourra permettre d’éliminer le CO2 hautement concentré des cheminées des centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles, produisant une grande quantité d’eau acide pour alimenter un réacteur rempli de roches. En Israël, les centrales électriques sont situées à proximité de roches dolomitiques.
Cependant, lorsque le réacteur fonctionne, la majeure partie du CO2 s’échappe toujours dans l’atmosphère. Le calcaire absorbe 10 à 15 % du gaz ; la dolomite en absorbe 20 à 30 %.
« Nous nous intéressons à la science fondamentale », a-t-il ajouté, « et à un ensemble de paramètres permettant d’optimiser le rendement de la réaction avec cette méthode particulière. Notre objectif est que d’autres puissent s’appuyer sur nos conclusions pour, à terme, mettre au point un système plus performant. »
Il faudrait faire appel à des ingénieurs pour agrandir le réacteur et créer quelque chose d’applicable en conditions réelles, a-t-il poursuivi.
Toutefois, a-t-il souligné, tant qu’Israël n’appliquera pas de taxe carbone pour obliger les industriels à payer pour leurs émissions, l’élimination du carbone des centrales électriques ne présentera pas d’intérêt économique. « Je pourrais m’adresser à la Compagnie israélienne d’électricité et lui dire que je vais réduire son empreinte carbone, mais elle me répondrait : ‘Pourquoi ? Cela ne me coûte rien' », a déploré Goldsmith.
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