Des militants pro-Israël infiltrent un collectif d’universitaires sur le génocide, ouvert aux non-experts
Après que l'International Association of Genocide Scholars a défrayé la chronique en accusant Israël, des opposants l'ont infiltrée sous les noms d'emprunt "Adolf Hitler" ou de personnages de Star Wars
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Mercredi, des militants pro-Israël sont parvenus à infiltrer l’International Association of Genocide Scholars [Association internationale des spécialistes du génocide] quelques jours après que cette dernière a accusé Israël de « génocide », mettant ainsi en avant le fait que les non-universitaires peuvent tout à fait intégrer le groupe.
Lundi, l’association a accusé Israël de « génocide », affirmant dans une résolution que « les politiques et actions d’Israël à Gaza répondaient à la définition légale du génocide ». Cette annonce a été amplement relayée par les médias qui ont présenté le groupe comme un collectif d’éminents experts.
« Israël commet un génocide à Gaza, selon les plus grands experts du monde », a titré la BBC. « Israël commet un génocide à Gaza, selon une association d’universitaires de tout premier plan », a rapporté le Washington Post.
Le New York Times a, pour sa part, dit qu’il s’agissait d’« un groupe d’experts universitaires de tout premier plan » et le porte-parole du Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres, en a parlé comme d’« une organisation très sérieuse et des plus importantes ».
Les militants pro-Israël ont en fait découvert que n’importe qui peut intégrer le groupe à condition de verser 30 dollars.
Le site Internet du groupe explique qu’il est ouvert à tous, activistes et artistes compris, ainsi qu’aux universitaires d’autres domaines, comme par exemple le cinéma ou la littérature.
Un certain nombre de militants pro-Israël ont déclaré avoir intégré le groupe, certains en ouvrant un compte sous des noms d’emprunt fantaisistes. Ainsi, une militante s’est inscrite sous le nom « Adolf Hitler » et a pu intégrer le groupe des femmes et celui des autochtones. D’autres se sont inscrits sous le nom de personnage de Star Wars, comme l’empereur Palpatine, Cookie Monster, ou ont créé des comptes au nom de leur chien.
L’un des commentateurs pro-Israël à avoir adhéré à l’association, Elliot Malin, est lui expert en droit : selon lui, l’association a révoqué son adhésion sans explication. Malin est avocat et président du Conseil consultatif du gouverneur du Nevada sur l’éducation liée à la Shoah.
Get in, loser. https://t.co/NVHOFUTtTL pic.twitter.com/ui67erlpbl
— Eitan Fischberger (@EFischberger) September 3, 2025
Les nouveaux profils de membres, initialement présentés comme « actifs », ont été désactivés.
Interrogé sur les conditions d’adhésion et le nombre d’universitaires accrédités, un membre du service de communication de l’association a déclaré lundi au Times of Israel que « notre organisation a toujours été ouverte aux universitaires ainsi qu’aux praticiens de la société civile, aux décideurs politiques ainsi qu’à toutes les personnes investies dans la recherche, la compréhension et la prévention du génocide. »
Contacté mercredi, le responsable de la communication a renvoyé le Times of Israel à d’autres représentants de l’association, qui n’ont pas répondu aux questions posées.
Les informations données par les médias à propos de cette résolution ne précisent pas qu’il n’y a aucune condition pour adhérer à l’association.
Il semble que l’association ait désactivé, mercredi, l’annuaire de ses membres normalement accessible sur son site Internet et son profil sur X.
Des militants pro-palestiniens étaient membres du groupe.
Nidal Jboor, fondateur du groupe militant Doctors Against Genocide, est membre de l’association : c’est d’ailleurs lui qui a déclaré lors d’une conférence anti-Israël, le week-end dernier, que le mouvement anti-Israël devait « éliminer » et « neutraliser » ses opposants « meurtriers d’enfants », tout en rendant hommage aux « combattants de la liberté » de Gaza, en lesquels il voit des « héros ».
Avant le vote sur le génocide d’Israël, l’association comptait près de 500 membres, dont 129 seulement ont effectivement voté, un chiffre que le groupe a qualifié de normal. Les votants ont à 89 % voté en faveur de la résolution.
L’association n’a pas donné de précisions sur le vote ayant abouti à accuser Israël de génocide, de sorte que l’on ignore le nombre d’experts accrédités qui y ont pris part.
La direction de l’association est composée d’universitaires spécialistes de la question.
https://t.co/vLiFjpmXCi pic.twitter.com/lKsi46Dj3M
— Mark Zlochin – מארק זלוצ'ין༝ (@MarkZlochin) September 3, 2025
Après le vote, une membre de longue date de l’association, Sara Brown, a déclaré que l’association, initialement composée d’universitaires, s’était ouverte à des non-experts, dont des militants.
Elle a ajouté que l’élargissement de la base des membres pouvait être une force en permettant une grande diversité de points de vue, tout en « permettant que quelque chose comme cela se produise », en évoquant la résolution sur Gaza.
Brown a précisé que la direction de l’association avait refusé de débattre en interne sur la résolution.
Selon des courriels communiqués au Times of Israel, la direction de l’association a annoncé fin juillet la tenue d’une réunion publique pour discuter de la résolution sur Israël, « comme pour les autres résolutions », avant de faire volte face quelques jours plus tard sur la foi d’un vote de son conseil exécutif.
Toujours selon ces courriels, l’association n’a pas autorisé la publication d’opinions dissidentes sur sa liste de diffusion, affirmant que la liste de diffusion n’était pas un forum destiné à abriter de telles discussions et refusant de révéler le nom des membres à l’origine de la résolution.
Selon des captures d’écran communiquées au Times of Israel mercredi, la liste de diffusion est très peu lue. Le message rappelant aux membres le vote de la résolution sur Gaza n’a, par exemple, été lu que 14 fois.
Le responsable de la communication de l’association est venu contredire la version de Brown en déclarant au Times of Israel que le groupe avait organisé le vote conformément à ses procédures et statuts.
Le communiqué de presse de l’association annonçant la résolution, lundi, explique que la mesure a fait l’objet d’un examen par les pairs ayant conclu qu’elle était conforme aux règlements du groupe et remplissait les conditions prévues pour l’adoption des résolutions au sein du groupe.
La présidente de l’association, Melanie O’Brien, a déclaré lundi dans un communiqué que la résolution confirmait « que la majorité des experts du génocide et de sa prévention s’accordaient à dire que les politiques et actions d’Israël à Gaza équivalaient à un génocide ».
La résolution a noté que l’invasion d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023 « relevait des crimes internationaux ».
Brown a déclaré mercredi que l’association n’avait fait aucune déclaration à ses membres au sujet de cette polémique.
Les critiques ont soulevé d’autres défauts présumés de cette résolution.
A LIRE : La notion de génocide redéfinie par certaines organisations pour viser Israël
La résolution de l’association cite comme preuves des rapports de groupes comme Amnesty International, lesquels ont réinterprété la définition juridique internationale du génocide pour accuser Israël.
La résolution cite également l’enquêteuse spéciale de l’ONU pour les Palestiniens, Francesca Albanese, dont l’antisémitisme et les propos extrémistes – comme le déni du droit d’Israël à l’autodéfense – sont connus de tous.
La résolution affirme que la Cour internationale de justice a statué sur le caractère « plausible » du génocide, une interprétation des conclusions de la Cour que son ex-président, qui a présidé les audiences, a qualifiée d’erronée.
la Communauté du Times of Israël !







