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IAGS : Tsahal commet un génocide à Gaza ; Israël : une décision basée sur les mensonges du Hamas

Un groupe de 500 universitaires adopte à 86 % des voix une résolution rejetée par le ministère des Affaires étrangères, qui la qualifie d'embarrassante pour la profession juridique

De la fumée s'élève dans le ciel à la suite d'une frappe militaire israélienne dans le nord de la bande de Gaza, vue depuis le sud d'Israël, le 30 août 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)
De la fumée s'élève dans le ciel à la suite d'une frappe militaire israélienne dans le nord de la bande de Gaza, vue depuis le sud d'Israël, le 30 août 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

La principale association mondiale de spécialistes du génocide a adopté une résolution selon laquelle les critères juridiques permettant d’établir qu’Israël commettait un génocide à Gaza sont désormais remplis, a annoncé lundi son président.

« Les politiques menées par Israël à Gaza et ses agissements dans l’enclave répondent à la définition juridique du génocide », ainsi qu’à celles des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, selon la résolution qui a été adoptée par l’International Association of Genocide Scholars (IAGS).

Quatre-vingt-six pour cent des 500 membres de cette association ont voté en faveur d’une résolution de trois pages établissant que « les politiques et les agissements d’Israël à Gaza sont conformes à la définition juridique du génocide » figurant dans la Convention des Nations Unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG).

L’organisation n’a toutefois pas divulgué les détails du vote.

Le ministère des Affaires étrangères a rejeté cette déclaration, qu’il a qualifiée de « scandaleuse » et de « honte pour la profession juridique et pour toute norme académique ».

« Tout cela repose entièrement sur la propagande mensongère du Hamas et sur le blanchiment de ces mensonges par d’autres », a fait savoir le ministère dans un communiqué, ajoutant que ces accusations de génocide devraient plutôt viser le Hamas pour son attaque du 7 octobre 2023.

Des Palestiniens déplacés fuyant le nord de la bande de Gaza se déplacent avec leurs biens le long de la route côtière, près de Wadi Gaza, le 30 août 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

« Pour la première fois, l’IAGS accuse la victime même d’un génocide, et ce malgré la tentative de génocide du Hamas contre le peuple juif, assassinant 1 200 personnes, violant des femmes, brûlant vives des familles entières, et déclarant explicitement son objectif de tuer tous les Juifs », a poursuivi le ministère.

Le ministère a en outre accusé l’organisation de ne pas avoir vérifié ses informations avant de prendre sa décision.

La résolution affirme qu’Israël mène « des attaques délibérées visant des civils – incluant des enfants – et les tue, provoque la famine, prive la population d’aide humanitaire, d’eau, de carburant et d’autres biens essentiels à sa survie, commet des violences sexuelles, et procède au déplacement forcé de la population ».

À Gaza, le Hamas a salué cette résolution. « Cette prise de position d’une organisation prestigieuse renforce les preuves documentées et les faits présentés devant les tribunaux internationaux », a souligné Ismail Al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement de Gaza dirigé par le Hamas.

Cette résolution « impose à la communauté internationale l’obligation légale et morale de prendre urgemment des mesures visant à mettre fin aux crimes, à protéger les civils et à demander des comptes aux dirigeants de l’occupation », a-t-il ajouté.

Le Hamas fait également l’objet de critiques dans la résolution adoptée lundi, qui n’accuse toutefois pas le groupe terroriste de génocide, affirmant que le pogrom du 7 octobre, qui a déclenché la guerre en cours, constituait un « crime international ».

Au cours de cette attaque, les terroristes dirigés par le Hamas ont tué environ 1 200 personnes, principalement des civils, et en ont enlevé 251 autres. Quarante-huit otages sont encore retenus à Gaza. Une vingtaine seraient encore en vie.

Destructions causées par les terroristes du Hamas dans le kibboutz Nirim le 7 octobre 2023, près de la frontière entre Israël et la bande de Gaza, dans le sud d’Israël, vues le 21 janvier 2024. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, à ce jour, plus de 63 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats. Ces chiffres sont toutefois invérifiables et ne font aucune distinction entre les civils et les hommes armés. D’après le Hamas, les femmes et les enfants représentent environ la moitié des morts.

Israël a insisté sur le fait qu’il mettait tout en œuvre pour éviter de nuire aux civils et accuse le Hamas d’être responsable de leur mort. Le groupe terroriste attaque depuis des zones densément peuplées. Selon l’État juif, le Hamas prolonge délibérément la guerre en refusant de se rendre et de relâcher les otages.

Israël affirme avoir tué plus de 22 000 hommes armés au combat jusqu’au mois d’août, ainsi que 1 600 autres terroristes sur le sol d’Israël lors de l’attaque du 7 octobre.

La conclusion du groupe de chercheurs de l’IAGS selon laquelle Israël est coupable de génocide pourrait contribuer à isoler davantage l’État juif dans l’opinion publique mondiale. Elle vient en outre s’ajouter au nombre croissant d’organisations ayant utilisé ce terme pour qualifier les agissements d’Israël à Gaza.

« Les spécialistes des génocides sont capables d’envisager la situation telle qu’elle est réellement », a confié Melanie O’Brien, présidente de l’organisation et professeure de droit international à l’Université d’Australie occidentale.

Melanie O’Brien, présidente de l’International Association of Genocide Scholars et professeure de droit international à l’Université d’Australie occidentale, est interviewée par Middle East Eye le 5 juin 2025. (Crédit : Capture d’écran/Youtube)

En juillet, deux importantes organisations israéliennes de défense des droits humains, Btselem et Physicians for Human Rights-Israel, ont publié des déclarations selon lesquelles Israël commettait un génocide à Gaza. Ces organisations ne reflètent pas l’opinion dominante en Israël. Il s’agissait toutefois de la première fois que des organisations israéliennes dirigées par des Juifs portaient de telles accusations.

En août, le romancier israélien David Grossman a affirmé qu’Israël se rendait coupable de « génocide » à Gaza, précisant dans une interview accordée au journal italien La Repubblica qu’il portait ce constat avec « une douleur intense et le cœur brisé ».

L’auteur David Grossman prend la parole lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le gouvernement israélien actuel et pour la libération des Israéliens retenus en otages dans la bande de Gaza, à Jérusalem, le 29 juin 2024. (Crédit : Photo de Yossi Zamir/Flash90)

Le génocide a été codifié en 1948, dans une convention rédigée à la suite des horreurs de la Shoah, qui le définit comme des actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

Ce n’est pas la première fois que ce groupe d’universitaires fondé en 1994 porte des accusations de génocide ces dernières années. Il a déjà estimé que le traitement réservé par la Chine à sa minorité musulmane ouïghoure, ainsi que la répression brutale menée par le Myanmar contre les musulmans rohingyas, répondaient aux critères du génocide.

En 2006, l’organisation avait estimé que les propos tenus par Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien de l’époque, dans lesquels il appelait à « rayer Israël de la carte », relevaient d’une « intention génocidaire ». Elle avait alors exhorté à prendre des mesures urgentes.

Pour les Nations Unies et de nombreux pays occidentaux, seul un tribunal est compétent pour statuer sur la question de savoir si ce crime a effectivement été commis. L’Afrique du Sud a accusé Israël d’avoir violé la Convention sur le génocide devant la Cour internationale de justice, une accusation qu’Israël rejette. Une décision finale pourrait n’intervenir que dans des années.

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