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L’IAGS a condamné Israël pour génocide sans tenir de débat, selon une de ses membres

Une association internationale de spécialistes de la question a statué, par un vote, qu'Israël se rendait coupable de génocide ; Sara Brown, elle-même chercheuse, déplore un manque de transparence

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

De la fumée s'élève après une frappe israélienne dans le camp d'Al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 29 août 2025 (Crédit : Eyad Baba/AFP)
De la fumée s'élève après une frappe israélienne dans le camp d'Al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 29 août 2025 (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Une membre de l’Association internationale des spécialistes du génocide (IAGS) a fait savoir, dans la journée de lundi, que le groupe avait fait adopter une résolution accusant Israël de génocide sans tenir de débat, comme le veut habituellement la pratique.

Pour sa part, le groupe a affirmé que le vote s’était déroulé conformément à ses procédures standard et conformément à à ses statuts.

Sara Brown, experte sur la question du génocide, a indiqué qu’elle était membre de cette association depuis plus d’une décennie. Elle a ajouté avoir siégé au Conseil consultatif de l’association pendant deux mandats de quatre ans.

Brown est également directrice régionale de l’American Jewish Committee à San Diego.

Elle a expliqué que l’association discutait généralement des résolutions controversées dans le cadre d’une assemblée publique virtuelle qui permettait aux membres de débattre. Dans le cas de la résolution sur Israël, la direction de l’association a refusé d’organiser une discussion, a-t-elle noté.

« Le contenu de la résolution et la manière dont elle a été imposée témoignent d’un manque embarrassant de professionnalisme », a-t-elle estimé. Évoquant ses réserves à l’égard de la résolution, elle a fait remarquer que cette dernière mentionnait des organisations qui ont réinterprété la définition du génocide afin qu’elle s’applique à Israël- comme cela a été le cas, par exemple, d’Amnesty International. Le groupe a également cité l’enquêteuse spéciale des Nations unies pour les Palestiniens, Francesca Albanese, qui a des antécédents d’antisémitisme et de discours extrémistes – elle a notamment nié, dans le passé, le droit à l’autodéfense d’Israël.

Des courriels qui ont été partagés avec le Times of Israel ont montré que la direction de l’association avait déclaré, à la fin du mois de juillet, qu’il y aurait une discussion publique pour débattre de la résolution sur Israël, « comme pour les résolutions précédentes », mais qu’elle était revenue sur sa décision quelques jours plus tard, invoquant un vote du conseil d’administration de l’association.

L’association n’a pas non plus autorisé la parution d’opinions dissidentes sur sa liste de diffusion, affirmant que celle-ci n’était pas une tribune pour de telles discussions, et elle a refusé de divulguer les noms des membres qui ont rédigé la résolution, comme le révèlent les courriels.

Brown a précisé que seuls 129 membres de l’association avaient voté sur la résolution, sur un nombre total qui est estimé à environ 500 personnes. Les membres de l’association avaient été informés du vote au préalable, mais un grand nombre ont choisi de ne pas se prononcer, probablement parce qu’ils ne se sentaient pas qualifiés pour traiter cette question, a ajouté la chercheuse.

« Ce qui a favorisé les militants qui cherchent à promouvoir un discours mensonger sur Israël « , a déclaré Brown. « Tout n’a pas été précipité, mais tout simplement imposé et ce sans la transparence habituelle ».

Sara Brown, directrice exécutive de Chhange, le Centre pour l’éducation sur l’Holocauste, les droits de l’Homme et le génocide. (Autorisation)

Elle a ajouté qu’il y avait peu de conditions à remplir pour devenir membre de l’association. Si cette dernière était initialement composée d’universitaires, elle compte désormais des personnalités venues d’autres horizons, comme des militants et des artistes, a-t-elle fait remarquer.

Elle a expliqué que cet élargissement du nombre de membres pouvait être un atout en apportant une diversité de points de vue – mais qu’il « ouvrait également la porte à ce genre de situation ».

« En apparence, ce vote a été unanime au nom de l’ensemble de l’association. Cela n’a pas été le cas et il y a eu un refus d’avoir une discussion transparente et critique », a dit Brown. « À mon avis, la direction avait son propre agenda ».

Selon elle, le public « va voir que les experts en génocide sont d’accord : Non, nous ne sommes pas d’accord, et nous avons été délibérément réduits au silence ».

Emily Sample, responsable de la communication de l’association, a rejeté les propos de Brown sur le déroulement du processus.

Les discussions publiques ne sont pas requises par les statuts de l’association et elles n’ont pas lieu pour toutes les résolutions, a-t-elle indiqué, ajoutant que les débats ouverts sur la liste de diffusion de l’association étaient trop difficiles à modérer et que les membres avaient peu demandé de discussions sur la résolution contre Israël concernant la guerre l’opposant au Hamas à Gaza.

« Nous avons estimé, tout comme les auteurs de la résolution, qu’il y avait suffisamment d’informations contextuelles pour que tous les universitaires de la communauté puissent prendre leur propre décision éclairée avant le vote », a-t-elle dit. « L’espace de discussion s’est fait par le biais d’articles et autres publications ».

Sample a fait savoir que la proportion de membres qui ont voté — une proportion inférieure à 30 % — était « tout à fait normale » et qu’elle « a représenté un nombre beaucoup plus important de membres de l’organisation qui apportaient leur soutien à cette résolution ».

Le vote a été conforme aux statuts de l’association, qui exigent un quorum de 20 % pour une résolution et, parmi ce groupe de votants, un soutien des-deux tiers pour qu’elle soit adoptée, a-t-elle précisé. La résolution a été approuvée avec 86 % des voix.

Elle a confirmé que l’association était ouverte aux non-universitaires – décisionnaires politiques, membres de la société civile sensibilisés à la question du génocide – mais elle a fait remarquer que « nous n’acceptons pas les groupes importants d’activistes anti-israéliens ».

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